Boire & manger / Santé

Que risque-t-on à manger un être humain?

Temps de lecture : 4 min

[L'Explication #45] La prison déjà, mais pas que.

Tout n'est pas bon dans l'humain. | Kyle Mackie via Unsplash
Tout n'est pas bon dans l'humain. | Kyle Mackie via Unsplash

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

L'anthropophagie, cette pratique qui consiste à consommer de la chair humaine, est plus connue grâce au cinéma et à la littérature qu'à travers la science. Et avec le film sur Hannibal Lecter en tête de gondole, difficile d'avoir une image réjouissante de la chose. Pourtant, le cannibalisme –soit le fait de manger sa propre espèce– n'est pas l'apanage des forcenés sanguinaires dénués de toute morale.

Que ce soit Homo Erectus, Néandertalensis ou Sapiens, nos ancêtres avaient bel et bien pour habitude de se faire des casse-croûtes à base de bras ou de jambes de leurs congénères. Jusqu'à très récemment encore, la pratique n'avait rien de barbare dans certaines sociétés, et pouvait revêtir diverses fonctions sociales. Sans compter les innombrables cas où, poussé par la faim et le désespoir, telle ou tel malheureux a dû s'y résigner pour survivre. Famine en Chine et en Corée du Nord, siège de Leningrad... Parfois, la faim justifie les moyens.

Manger de la chair humaine n'est pourtant pas sans conséquences et, si vous avez un petit creux, mieux vaut se tourner vers autre chose que votre collègue de bureau.

L'homme ne nourrit pas son homme

Aujourd'hui, une chose est sûre: pratiquer le cannibalisme vous emmènera tout droit à la case prison. Si l'acte n'est pas associé à un meurtre ou à une intention de tuer, il faudra compter quinze ans derrière les barreaux pour torture et acte de barbarie. En cas d'homicide, l'anthropophagie est considérée comme une circonstance aggravante relevant de la dégradation du corps de la victime. De quoi rallonger les années au trou.

Et ce n'est pas tout! Autant vous prévenir, si l'objectif derrière cet acte inhumain est de vous remplir l'estomac, manger l'un de vos congénères n'est pas stratégique: d'un point de vue nutritionnel, la viande humaine n'est vraiment pas intéressante.

Une fois cuite, elle reste bel et bien comestible.

James Cole, archéologue à l'université de Brighton, s'est prêté au drôle de jeu d'évaluer l'apport calorique que pourrait avoir l'un ou l'une d'entre nous, découpé en petites rondelles, dans l'assiette. Résultat, notre viande ne représente que 1.300 kilocalories par kilogramme. Une broutille, par comparaison avec un sanglier (4.000 kcal par kg) ou même un oiseau (2.500 kcal par kg). Sans oublier que notre poids, qui représente en moyenne 66kg (dont moins de 25kg de muscles), ne peut pas rivaliser avec celui d'un cerf par exemple, qui grimpe à 160kg, ajoute Futura Sciences. Il y a donc fort à parier que vous resterez sur votre faim. Et le goût ne sera pas forcément au rendez-vous.

Les principaux retours que l'on peut avoir sur le goût de la viande humaine proviennent évidemment de celles et ceux qui l'ont essayée. Derrière les barreaux, Armin Meiwes, un informaticien allemand condamné à la prison à vie pour avoir tué en 2001 puis mangé une victime consentante (oui oui, consentante), avait tenté de décrire son repas de l'époque. Un repas fait de viande un peu dure avec «un goût de porc, en un peu plus amer, plus fort». Zéro pointé sur Tripadvisor.

Dans la famille des meurtriers anthropophages, tous ne sont pas pour autant d'accord. Fort de son expérience, Nicolas Cocaign, surnommé «le cannibale de Rouen», reconnu coupable d'avoir tué en 2007 son codétenu et de lui avoir mangé une partie de poumon (qu'il a fait cuire), n'est en effet pas tout à fait du même avis. Face à un psychologue, celui qui purge actuellement une peine de trente ans de réclusion criminelle avait alors trouvé que son bout de barbaque avait un goût de cerf et qu'il était particulièrement… bon.

Scientifiquement parlant, l’homme pourrait bel et bien avoir un goût de porc, explique Le Monde. Le cochon partage en effet avec nous de nombreuses similitudes, notamment au niveau de l'alimentation et des organes internes. Rien d'étonnant donc, à ce que Karl Denke et Fritz Haarmann, deux tueurs en série vivant en Allemagne dans les années 1920, aient réussi à faire passer et à vendre de la viande humaine (issue de leurs crimes préalables) pour du porc.

Sanitairement (presque) sûr

Une question demeure: cette pratique est-elle sans conséquence pour la santé? Oui et non. Si de la viande d'humains infectés pourrait transmettre diverses maladies, il n'empêche qu'une fois cuite, elle reste considérée comme comestible. Elle s'apparente alors à n'importe quelle viande rouge. Pour autant, tout n'est pas bon dans l'humain, loin de là! Un morceau en particulier peut vous être fatal: le cerveau.

Manger un cerveau humain, que ce soit à la poêle, en gratin ou en carpaccio, peut provoquer le kuru, une maladie neurodégénérative semblable à celle de la vache folle. Ce type d'encéphalopathie spongiforme est provoquée par l'accumulation d'une protéine prion, un agent pathogène transmissible par ingestion d'organes contaminés. Cette accumulation va littéralement ramollir le cerveau, jusqu'à le rendre spongieux, précise Science et Avenir. Les symptômes? Des tremblements, puis la mort.

Une tribu aborigène anthropophage de Papouasie-Nouvelle-Guinée en a fait les frais au milieu du XXe siècle. Les femmes et enfants de la tribu avaient pour habitude de manger le cerveau et le système nerveux central des défunts, répandant ainsi le kuru dans cette tranche de la population. En l'espace de quinze ans, ce rite anthropophagique mortuaire entraînera la mort de 2.500 d'entre eux.

De ce drame est pourtant né une merveilleuse nouvelle scientifique: les femmes de la tribu aborigène qui ont survécu à l'épidémie de kuru ont développé une mutation génétique capable de les protéger contre les prions pathogènes. Une découverte que n'ont pas manqué d'exploiter des chercheurs britanniques de l'Institut de neurologie de Londres. Ces derniers ont réussi à appliquer cette modification génétique sur des souris et les résultats, publiés en 2015, sont prometteurs. Les rongeurs modifiés se sont en effet révélés résistants à la fois au kuru, et à d'autres maladies neurodégénératives, comme celle de Creutzfeldt-Jakob ou de la vache folle. Finalement, le cannibalisme peut aussi s'avérer utile.

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