Santé

«Depuis toujours, je suis attirée par des hommes que je ne peux pas avoir. Comment sortir de ce schéma?»

Temps de lecture : 4 min

Cette semaine, Mardi Noir conseille Julie, qui, grâce à une analyse, a identifié les répétitions de son comportement, sans parvenir à passer à l'étape suivante.

À 41 ans, Julie a passé sa vie à fantasmer des histoires avec des hommes qu'elle ne pouvait pas avoir (marié, vivant à l'étranger, pas intéressé, amoureux de sa meilleure amie, etc.). | Ali Karimiboroujeni via Unsplash 
À 41 ans, Julie a passé sa vie à fantasmer des histoires avec des hommes qu'elle ne pouvait pas avoir (marié, vivant à l'étranger, pas intéressé, amoureux de sa meilleure amie, etc.). | Ali Karimiboroujeni via Unsplash 

Chaque jeudi, dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, répond aux questions que vous lui posez. Quelles que soient vos interrogations, dans votre rapport aux autres, au monde ou à vous-même, écrivez à [email protected], tous vos mails seront lus.

Chère Mardi Noir,

Je vous suis depuis toujours et j'ai une question insoluble pour le moment, je me dis que peut-être vous pourriez me donner une piste. Je suis en psychanalyse depuis trois ans et même si on a bien compris que j'étais en plein dans la répétition, pour le moment zéro piste sur comment en sortir.

J'ai 41 ans, et à part une belle histoire amoureuse de sept ans, j'ai passé ma vie à fantasmer des histoires avec des hommes que je ne pouvais pas avoir (marié, vivant à l'étranger, pas intéressé, amoureux de ma meilleure amie, trop beau, etc.), quitte à pleurer, vivre des mois de désespoir. Tout en continuant sans cesse à rejeter les gentils qui ne me font pas rêver et n'obtiennent pas mes faveurs. Ceux-là je les méprise, je les juge, je les ignore.

Au final, je ne suis pas mariée, je n'ai pas d'enfant, je suis en psychanalyse après avoir pensé du fond du cœur que j'avais raté ma vie, je suis célibataire depuis dix ans mis à part deux histoires évidemment impossibles qui m'ont encore lessivée. Et je pense que même à la maternelle j'étais déjà dans ce schéma, car je me rappelle bien avoir été folle amoureuse d'un Jérôme qui en aimait une autre. J'avais 4 ans. Si vous avez une piste, je suis preneuse.

Merci et bravo pour tout!

Julie

Chère Julie,

Au fond, l'état qui vous traverse est celui de la jouissance, au sens psychanalytique du terme. La jouissance n'est pas le plaisir, elle est double, elle porte en elle et la satisfaction libidinale et la pulsion de mort, elle fait souffrir. Elle n'est pas binaire et c'est pour ça qu'elle nous gonfle autant! Pour moi, c'est un peu comme un os à ronger: on cherche encore les restes de chair tendre dessus mais la plupart du temps, ça nous pète juste les dents.

Comment stopper quelque chose qui nous fait quand même un peu de bien, quelque chose qui nous est familier et qui, en même temps, nous «lessive» comme vous le dites si bien? C'est très certainement pour cette raison que vous êtes entrée en analyse et j'entends qu'à certains moments on s'impatiente!

Vous repérez la répétition, vous vous souvenez de ce petit «Jérôme qui en aimait une autre» et pourtant, vous vous sentez bloquée dans l'impasse. Même sans côtoyer ces hommes impossibles, le souvenir de cette jouissance vous hante, elle rôde, elle menace. Parce qu'elle est toujours présente, c'est votre fond d'écran, même si elle ne s'incarne actuellement dans rien. Je compatis.

Comment stopper quelque chose qui nous fait quand même un peu de bien, quelque chose qui nous est familier et qui, en même temps, nous «lessive» comme vous le dites si bien?

Le fait que vous mentionnez avoir le sentiment «d'avoir raté votre vie» est très intéressant. Ça peut être un très bon point de départ! Cela m'évoque l'époque où je faisais encore des vidéos sur YouTube; j'avais abordé la question de la répétition et je lui avais donné pour titre «Devenir une merde plutôt que de la répéter». C'était une façon de dire qu'il me semblait nécessaire de céder un peu sur l'idéal que je m'étais fixé, parce que le fait était que je ne répétais que des situations merdiques.

Au fond, il s'agissait de passer de l'avoir à l'être. Je préférais être une merde plutôt que de la trimballer toute ma vie. Parce que plus je cherchais à atteindre mon objectif, de la meilleure des façons possibles, en étant vertueuse, ou du moins en me faisant croire que je l'étais, plus je me retrouvais dans des histoires impossibles, des ruptures, des mésaventures et je me rongeais de désespoir.

J'étais même pas très loin de me sentir préjudiciée. Un truc du style «mais enfin, c'est pas possible que les choses aillent si mal alors que je sais ce que je veux!». En fait, je n'en savais rien. Je cherchais à atteindre l'objet de tous mes désirs, comme si un tel objet existait. Au fond, j'essayais d'atteindre la mort. Ou un truc dans le style. Une chose qui me comblerait tellement que ça me permettrait de m'endormir.

Je ne connais pas votre représentation du couple, le fantasme qui traverse cette situation. Mais dans mon cas, c'était vraiment un apaisement, la fin des complications. J'imagine que ça peut prêter à sourire quand on sait à quel point le couple est un travail de longue haleine.

Vous me semblez en très bonne voie. Vous admettez mépriser les hommes gentils, libres et qui vous courtisent. C'est déjà un très grand pas! Le pas d'après, je ne peux pas le connaître à votre place. Mon seul conseil est de continuer gaillardement votre analyse!

Et peut-être qu'il faut réinterroger en vous le petit Jérôme de vos 4 ans. Il s'est passé quoi cette année-là? Ou bien, comment l'avez-vous vécu? Vous en aviez parlé? Qui vous a dit quoi? Et puis, peut-être penser votre rapport au manque? Êtes-vous déjà en couple fantasmé avec quelqu'un de votre entourage? Un ami, un parent, un animal? Une chose? Un travail? Vous-même? Et peut-être qu'elle est là, la relation à entendre, à envisager, à construire. Vous finirez par dépister cette jouissance qui vous tracasse.

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