Santé

Les psys psychanalysent-ils leur entourage?

Temps de lecture : 3 min

La relation avec un patient n'est jamais la même que celle que l'on entretient avec ses amis: il en va de même pour les analyses, qui n'ont pas la même valeur selon qu'elles sont faites dans un cabinet ou dans un bar.

«Moi? Jamais de la vie.» | Houcine Ncib via Unsplash
«Moi? Jamais de la vie.» | Houcine Ncib via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Totalement. Enfin… Oui et non. Plutôt non. Mais parfois oui. Je profite d'ailleurs de cet article pour présenter mes excuses à toutes ces personnes inquiètes qui m'ont demandé en soirée si j'allais les analyser et à qui j'ai répondu: «Moi? Jamais de la vie.»

Cela ne signifie pas pour autant que l'analyse soit valable ou de qualité, j'aurais même tendance à dire: au contraire! Déjà, parce qu'il n'est pas fait dans le cadre d'une thérapie ou d'un quelconque dispositif de cure, ce type d'analyse tient plus du hobby, et il est très difficile de s'empêcher de le pratiquer. Imaginez un chef cuisto invité à manger chez des amis: il peut bien s'empêcher d'intervenir dans la préparation du repas, garder ses remarques pour lui et être poli; mais ne va-t-il pas se dire qu'il aurait ajouté telle épice, ou fait cuire les mets moins longtemps?

Analysez-moi

De toute façon, les gens ne s'y trompent pas. Quand vous dites que vous êtes psy lors de nouvelles rencontres, il se produit souvent deux réactions. La première est le rejet, le sentiment de trahison, voire la persécution: «Tu aurais pu me le dire avant que je déblatère tel ou tel truc sur ma vie, maintenant dès que je parle j'ai l'impression que tu analyses tout ce que je dis.»

La seconde, presque plus embarrassante que la première, est l'intérêt pour la profession, mais qui se traduit par le grand déballage: «Ah! Tu vas peut-être pouvoir m'éclairer sur pourquoi je ne reste jamais plus de deux mois avec un mec, attends je te donne un exemple, tout a commencé quand j'avais 12 ans et j'en ai aujourd'hui 43, tu as le temps? Tu me dis hein si ça te dérange, je ne voudrais pas abuser mais quand même je pense que mon cas est super intéressant... Est-ce que je vais voir un psy? Non, pourquoi?»

Il y en a une troisième, celle qui est la plus logique et qui est celle de nos proches véritables, amis et famille: nous devenons la référence dans cette matière. Quelqu'un cherche un psy, je demande à la psy du groupe un nom. J'ai un souci avec mon enfant, mon père, ma pote, ma copine, j'en parle à tout le monde, mais j'attends un avis parfois plus analytique de la part de mon ami psy. Est-ce pourtant une bonne chose? Oui et non.

Des cadres et des attentes différents

Honnêtement, j'ai du mal à retenir mes réflexions sur certaines situations psychiques que traverse mon entourage familier. C'est ainsi, mon esprit est entièrement parasité par mes lectures à ce sujet. Je n'ai pas seulement connaissance de concepts et théories, ces derniers se sont imbriqués à ma façon de penser la psyché humaine. Pas le monde. Pour ça, j'ai d'autres références: politiques, sociologiques, philosophiques et historiques.

Mais pour ce qui occupe les questions de masochisme, répétitions de souffrance, agressivité, excitation, désir, fantasme, morale et tutti quanti, oui, je pense avec le référentiel psychanalytique. C'est intrinsèque à ma personne, je ne peux pas l'oublier.

En revanche, comme mentionné en début d'article, la valeur de ces analyses est à prendre avec des pincettes, voire même de très grosses pinces. Quand je les partage, je ne suis pas dans le désir d'analyser: celui-ci est réservé à mes patients, mes analysants, pour qui je suis la psy (et peut-être plein d'autres choses, mais ça les concerne).

Avec mes amis, mes amours et ma famille, je suis avant tout Emmanuelle, la fille, la petite amie, la copine, la tante. Absolument rien ne placerait ma qualité de psy avant tous ces rôles. Ce sont eux qui priment. Je suis prise dans mon désir d'être l'amie, l'amante, la sœur. Et ces rôles induisent de dire pas mal de conneries, de se laisser happer avec délectation dans l'illusion, le narcissisme.

Ces analyses, en somme, ne valent vraiment pas grand-chose, puisqu'à aucun moment mon écoute ne se situe uniquement sur ce que dit l'autre, mais plutôt sur ce que produisent ses paroles sur moi, l'empathie qui en découle, l'énervement, le plaisir, la frustration et autres sentiments desquels je ne peux ni ne veux me départir.

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