Santé

Qu'est-ce que mon psy prend en notes pendant ma séance?

Temps de lecture : 2 min

La question suppose qu'il le fasse, ce qui est très loin d'être répandu.

La figuration typique du psychanalyste: dans un fauteuil, un calepin sur les genoux. | Kate Hliznitsova via Unsplash
La figuration typique du psychanalyste: dans un fauteuil, un calepin sur les genoux. | Kate Hliznitsova via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

La figuration typique du psychanalyste est le plus souvent représentée par un homme d'âge mûr, dans un fauteuil, avec un calepin sur les genoux dans lequel il écrit ce que lui livre son patient. Pourtant, Freud ne prenait pas de notes. Du moins pendant les séances. Selon lui, c'est même une bonne part de la technique psychanalytique.

Pourquoi, de manière générale, prenons-nous des notes? Pour se souvenir, pour mémoriser, et pour ce faire nous discriminons ce qui est entendu afin de retenir ce qui nous semble être le plus important. Rien ne flotte dans une prise de notes, c'est un acte de pure concentration dans lequel nous n'écoutons plus vraiment: nous sommes déjà dans la construction, dans l'organisation. Or, rien n'empêche de faire ce travail dans l'après-coup d'une séance et rien n'oblige de s'y soustraire pour chacune d'elles. Il faut parfois plusieurs semaines, mois avant que se dessinent les contours d'un sujet.

La prise de notes, une réponse plus qu'une question

Dans Conseils au médecin dans le traitement psychanalytique, Freud interpelle le lecteur sur les capacités de mémoire des psychanalystes et déconseille la prise de notes. La technique «consiste à ne vouloir porter son attention sur rien de particulier et à accorder à tout ce qu'il nous est donné d'entendre la même attention en égal suspens». Il ajoute que c'est même la condition nécessaire si les psychanalystes souhaitent garder leur concentration quotidienne, sans quoi ce serait extrêmement difficile, voire impossible.

De plus, cela épargne le psy d'une «attention intentionnelle» qui inciterait le psy à écrire ce qu'il sait déjà, à sélectionner ce qui l'arrange, à attendre que son hypothèse soit validée. Cela laisse peu de place à la surprise et donne peu de chances au reste du matériel psychique que le patient apporte.

Et là, vous êtes en train de lire l'article et vous vous rendez compte que votre psy prend des notes. Ça y est, le doute s'empare de vous: m'écoute-t-il vraiment? Discrimine-t-il mes pensées? Au secours!

Pas de panique.

Mon premier psy, avec qui je suis restée neuf années, prenait des notes. Moi aussi j'ai vécu cet affront et je vais très bien. Mais comme questionné par le titre, je me demandais ce qu'il pouvait bien noter. Je ne vais pas cracher dans la soupe, cet homme m'a énormément aidée. Mais il est vrai que je sentais parfois là où il voulait m'emmener. Il balisait autant qu'il le pouvait, dans tous les sens du terme. Les notes sont des balises, une manière de se protéger, une contenance, un savoir qui se sait déjà.

Ma deuxième psy, elle, ne prenait pas de notes. Elle se faisait les ongles ou fumait ou vapotait ou triait des Lego (des l'ego?). Aussi étonnant que cela puisse paraître, je me sentais écoutée ou plus précisément, j'étais entendue. Parce que le premier m'écoutait, ça oui, c'est indéniable; mais entendait-il l'éventail des possibles qui s'offrait à lui? Sa technique cherchait plus du côté de la réponse que de la question. Et la prise de notes est déjà une réponse, une résolution.

C'est pourquoi je suis plutôt de celles qui instinctivement ne prennent pas de notes au cours des séances. J'apprécie les rêveries quelques heures après celles-ci, quand elles me reviennent en mémoire et que j'entends différemment ce qui m'a été dit, que de nouveaux liens s'établissent et que j'ai hâte d'être à la séance d'après pour en savoir plus et renouveler cet état d'inconfort suprême à la frontière de la maîtrise et de la surprise. Je crois que c'est ainsi qu'un cas s'écrit: quand il ne contribue pas à l'inventaire des psychopathologies, mais qu'il vient soulever une nouvelle question et contribue ainsi au savoir universel. Il ne s'agit plus ici de prise de notes, mais d'écriture.

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