Santé

Faut-il avoir un problème pour aller voir un psy?

Temps de lecture : 3 min

C'est mieux. Même deux ou trois, ne soyons pas radins.

Si vous pensez que la consultation va vous mener vers un petit nuage de bonheur dans lequel vous flotterez pour l'éternité, vous vous méprenez. | Ryan McGuire via Pixabay
Si vous pensez que la consultation va vous mener vers un petit nuage de bonheur dans lequel vous flotterez pour l'éternité, vous vous méprenez. | Ryan McGuire via Pixabay

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

C'est une question amusante qui sous-entend qu'on irait voir un psy comme ça, pour le plaisir de se connaître, qu'on dépenserait cet argent par pure démarche philosophique. Cela fait écho avec ces personnes qui assènent que tout le monde devrait consulter, comme si elles étaient dégoûtées d'êtres les seules à mettre leur fric dans cette activité.

Un peu comme ces jeunes mères en jogging licorne du lundi au dimanche, rempli du caca de leur progéniture, que tu croises à 10 heures du matin en revenant d'une super soirée, et qui t'expliquent avec leur tête de trois kilomètres de long que tu mériterais toi aussi de connaître cet amour incomparable que leur procure Nestor. Ledit Nestor bavant et n'alignant pas encore deux mots.

Ok il n'a que trois mois. Mais je sais pas, assume ta vie, pourquoi veux-tu que MOI AUSSI j'achète des pilou-pilou confortables et un tire-lait ? Pour les psys c'est pareil, arrêtez de vouloir que tout le monde y aille, et si vous n'avez pas de problème n'y allez pas: en plus d'encombrer le système de soins, vous ne tiendrez pas longtemps.

La scène particulière que constitue le cabinet d'un psy n'est pas toujours propice à l'acte de parler.

Parce qu'il faut bien l'avouer, même quand on a un problème, aller chez le psy s'avère parfois une épreuve de force. Avoir un problème ne signifie pas forcément de savoir le faire dialoguer avec des souvenirs ou des actions actuelles ou passées. Cette difficulté peut décourager, donner jour à la flemme comme symptôme de résistance. L'argent devient le problème saturant tous les autres. Puis viennent les «je ne sais que vous dire aujourd'hui, rien ne vient». Bref, il faut en avoir sacrément envie pour tenir dans le temps!

Pourtant, des choses à dire, ce n'est pas ce qui manque à ces patients. Seulement, la scène particulière que constitue le cabinet d'un psy n'est pas toujours propice à l'acte de parler. Car rien n'est blabla ici, il s'agit bien d'un acte de parole et celui-ci requiert engagement et courage.

«Je ne comprends pas, quand je le dis dans ma tête c'est très clair, mais ça ne sort pas comme je veux», me dit un patient. Il sait que sa parole va le bousculer, le bouleverser, produire des effets. S'y confronter crée de la jubilation, certes, mais aussi de l'épuisement. Ces effets se prolongent en semaine, entre les séances, ça revient en rêve, dans les discussions avec les autres, dans les moments de solitude. C'est un travail ardu, pour lequel, en plus, on paye.

Devenir fonctionnels, pas plus

Freud parlait d'urgence à consulter un psychanalyste, de dernier espoir, comme si les sujets avaient tout essayé, tout envisagé avant de se résoudre à s'orienter vers cette technique. Une sorte de plus rien à perdre qui permet de libérer sa parole. Et encore, comme précédemment dit, même dans ces cas, les résistances ont la vie dure, les blancs de pensée que génèrent l'angoisse inévitables, les vertiges ressentis à l'aube d'une compréhension profonde de son être sont courants.

Freud rappelait aussi régulièrement qu'un tel travail n'avait pas vocation à produire des sur-humains mais des personnes qui fonctionnent normalement, à savoir comme ceux qui se débrouillent à peu près, comme ceux qui n'ont pas besoin d'un psy et dont les problèmes ne se fixent pas dans le temps. Si vous pensez que la consultation va vous mener vers un petit nuage de bonheur dans lequel vous flotterez pour l'éternité, vous vous méprenez. Vivre n'est simple pour personne, seulement certains s'en sortent mieux que d'autres, c'est ainsi.

Autre écueil: aller voir un psy avec en ligne de mire le but de devenir des êtres au-dessus de la mêlée. Si c'est votre désir, tournez-vous plutôt vers une formation de ninja, faites du krav maga, devenez gourou ou lisez du développement personnel, puis ouvrez une chaîne YouTube pour prodiguer au monde vos conseils. Je ne compte plus le nombre de fois où, en soirée, quand j'ai eu le malheur de dire que j'étais psy, on m'a enjointe de lire Les quatre accords toltèques ou Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même, avec cette promesse un brin flippante que j'allais enfin me diriger vers la lumière. Je les ai lus, et le monde est toujours aussi sombre.

Je n'ai rien contre toutes ces illusions, on peut être un sur-homme bodybuildé tout fêlé et aller voir un psy. Mais le travail que vous mènerez dans cet espace n'a rien d'une sur-humanité. Au contraire, l'idée est d'y déceler ses manques, ses angoisses, ses ratés. Le but n'est pas de devenir une meilleure personne ou une meilleure version de vous-même, mais bien d'y attraper furtivement ce qui nous cause, c'est-à-dire ce qui nous parle au sens large, et ce qui cause notre désir. Ce n'est que ça et c'est déjà énorme.

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