Santé

Pourquoi mon psy a-t-il un divan sur lequel je ne m'allonge jamais?

Temps de lecture : 3 min

Le travail en face-à-face n'est pas que le préquel d'une grande histoire qui ne pourrait se vivre qu'en position allongée.

Un patient peut se retrouver sur le divan au bout de trois séances, un autre jamais. Mais cela ne veut pas dire que l'un est meilleur élève que l'autre. | Alex Green via Pexels
Un patient peut se retrouver sur le divan au bout de trois séances, un autre jamais. Mais cela ne veut pas dire que l'un est meilleur élève que l'autre. | Alex Green via Pexels

​​

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

C'est la question que je me suis posée durant une bonne partie de ma seconde cure. Enfin, pas de façon obsessionnelle, mais j'abordais ce sujet avec mes amis, eux-mêmes en psychanalyse, certains allongés, d'autres non.

D'autant que pendant mes premières années de travail analytique avec mon premier psy, j'étais sur le divan. Pour être tout à fait honnête, je me souviens n'avoir pas tellement compris pourquoi il m'y mettait, j'avais la sensation qu'il le faisait surtout pour son confort à lui et non comme une véritable étape de cure. Si bien que je me retournais tout le temps, je cherchais à le regarder, je lui posais encore plus de questions pour qu'il intervienne le plus souvent possible.

Le divan comme image d'Épinal

Malgré mes questionnements, je n'ai pas frontalement soumis l'aventure du divan à ma deuxième psy. Aventure, du latin adventura, «ce qui doit arriver». J'étais trop occupée à travailler mes souvenirs, mes actions, à interroger mon désir, mes choix, mes loupés.

Le divan revenait de temps en temps en dehors, comme une image d'Épinal. Si vous voulez mettre en scène une psychanalyse au cinéma, en photo, en dessin, vous vous figurez l'analysant sur le divan et le psy derrière lui. S'ensuit l'idée fausse qu'une analyse n'arrive que sur le divan, que le travail en face-à-face n'est que le préquel de la grande histoire qui attend le novice de l'inconscient.

Enfin si, une fois, je lui ai demandé pourquoi je n'y étais pas et elle a répondu tout simplement: «Pourquoi voudriez-vous y aller?» Et en effet, je n'en avais aucune idée, si ce n'est une projection imaginaire d'une démarche psychanalytique qui se produisait déjà en face-à-face. M'allonger n'aurait rien changé. De toute façon, je la regardais très peu, les séances étaient régulièrement surprenantes, je m'autorisais à commencer avec un truc en tête et à dévier vers des thèmes, non pas nouveaux, mais abordés de manière inédite.

Une simple règle commune?

Il est vrai que Freud recommandait, voire obligeait, l'usage du divan pour une cure psychanalytique. L'intérêt, selon lui, résidait dans la coupure visuelle que le divan instaurait. Ce n'est pas le seul standard qu'il imposait. Les séances duraient une heure, il devait y en avoir un nombre prédéfini par semaine (le même pour tous), les créneaux horaires étaient figés. Une cure type invariable.

Sauf qu'à bien y réfléchir, si le divan n'est pas proposé au bon moment, ou s'il est en trop pour quelqu'un qui effectue déjà une analyse en face-à-face, quel est le but d'allonger le patient si ce n'est répondre un brin bêtement à une règle commune qui, pourtant, ne fait alors pas sens pour chacun?

Pour tout dire, mon premier psy me gardait quarante-cinq minutes, mais je ne compte pas le nombre de fois où les séances auraient pu être beaucoup plus courtes. Je me souviens qu'il m'incitait à en dire plus, comme pour remplir le temps qui m'était octroyé. Il a fini par céder, quand j'ai commencé à scander moi-même la fin des séances, parfois au bout de vingt minutes. Ça l'étonnait. Mais il s'est laissé faire. Ça aussi, c'est une règle commune qui ne fait sens que pour une doxa théorique et non pour la pratique.

Ce que Lacan a reconsidéré en profondeur, c'est la cure type. Il a établi qu'il ne pouvait y avoir de standard, de règle. Que l'analyse se faisait un par un, au cas par cas. Un patient peut se retrouver sur le divan au bout de trois séances, un autre au bout d'un an ou deux, et encore un autre jamais. Ce n'est pas parce que le premier est meilleur élève. C'est parce que pour elle ou lui, ça aura une utilité.

Au fond, Lacan prolonge ce qu'avait découvert Freud en son temps comme écoute singulière. Il fait de l'espace de la cure un dispositif singulier. Mon superviseur m'a dit un jour: «Vous devez avoir un divan dans votre cabinet, au cas où.»

Ça tourne pas rond
Risque-t-on de divorcer après une psychanalyse?

Épisode 35

Risque-t-on de divorcer après une psychanalyse?

Pourquoi les psychanalystes donnent-ils leur avis sur le monde (et doit-on les écouter)?

Épisode 37

Pourquoi les psychanalystes donnent-ils leur avis sur le monde (et doit-on les écouter)?

Newsletters

Marcher à reculons est (très) bénéfique pour la santé

Marcher à reculons est (très) bénéfique pour la santé

Il faudra juste passer outre les regards interrogateurs.

Faire du sport avec un rhume est-il déconseillé?

Faire du sport avec un rhume est-il déconseillé?

Tout dépend de votre état: il y a rhume et rhume.

C'est comme vous le santé

C'est comme vous le santé

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio