Santé

Pourquoi ne pourrait-on pas avoir le même psy que son mec, ses parents, ses potes?

Temps de lecture : 3 min

Rien n'empêche de partager, mais on a aussi le droit de ne pas le vouloir.

On peut partager son psy avec ses proches, si le psy est d'accord déjà et surtout si tout le monde l'est. | Paul G via Unsplash
On peut partager son psy avec ses proches, si le psy est d'accord déjà et surtout si tout le monde l'est. | Paul G via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

En voilà une idée reçue bien tenace! Moi-même, il y a une quinzaine d'années, je me souviens avoir été choquée d'apprendre qu'une de mes nouvelles connaissances avait le même psy que sa mère et que son frère. Je trouvais ça dégueu et j'imaginais je ne sais quelle partouze psychique.

Aujourd'hui c'est une de mes meilleures amies, et j'ai même piqué son psychanalyste (qui est également psychiatre) pendant quelques séances pour avoir une ordonnance de médicaments à un moment où j'en avais besoin. J'y avais aussi envoyé mon mec de l'époque pour qu'il puisse enfin me quitter. Certes, je n'avais pas complètement anticipé cette chute, mais c'était bien mon désir inconscient le plus cher.

Ma seconde psychanalyste, je la partageais avec une copine. De mon côté, je n'avais pas tellement envie de comparer nos séances: il était très clair qu'elle était ma psy et l'idée qu'elle soit aussi celle de cette autre femme n'effleurait que rarement mon esprit.

J'avais écrit dans un épisode précédent que sa grossesse m'avait été spoilée par cette pote, mais hormis cet incident –qui s'avéra d'ailleurs particulièrement intéressant dans mon analyse– rien ne venait perturber l'idylle exclusive que je vivais avec elle.

La même, mais pas la même

Ma copine se plaignait parfois qu'elle la trouvait dure et surtout s'énervait que notre psy remette souvent la responsabilité des malheurs que nous vivions sur nous-mêmes. Je m'étais alors rendu compte que si sa psy faisait cela, ce n'était pas le cas de la mienne. Pourtant, c'était bien la même.

Nous n'avions donc pas la même psy, au même titre qu'une fratrie n'a pas les mêmes parents.

Comme j'inclinais à l'auto-accusation, à la culpabilité et à une croyance un peu délirante que tout était de ma faute (et que je contrôlais quasiment les corps et les esprits de mes congénères), ma psy avait tendance à alléger le poids que je portais en m'invitant à parler des intentions des autres. Non pas pour que je me sente persécutée; plutôt pour me faire admettre qu'un autre est un autre et que bien souvent les décisions d'autrui ne sont justement pas toujours prises en fonction de moi, de mes paroles, de mes actes. Ma copine jouait sur la pente inverse et incriminait souvent ses pairs; de ce fait, sa psy interrogeait plus souvent qu'avec moi le rôle qu'elle avait occupé dans ces dissensions.

Nous n'avions donc pas la même psy, au même titre qu'une fratrie n'a pas les mêmes parents. Les désirs et les places des uns et des autres sont différents et interagissent de façon diverse. Il faut bien comprendre que le lieu d'une cure est proprement singulier, un espace irréductible à celui d'un autre. En société, nous avons ce plaisir à se reconnaître, s'identifier, s'illusionner parfois que nous sommes les mêmes, dans de grands moments de fusion, de collectivité, d'amour à deux ou à plusieurs, mais la scène psychique, elle, est la différence par excellence.

Aucun sujet n'est le même qu'un autre. C'est d'ailleurs assez surprenant à observer depuis ma place de psy. C'est quelque chose qu'on nous apprend; nous le savons théoriquement, mais la pratique de l'entretien vient confirmer cette assertion. C'en est presque émouvant.

Le droit de compartimenter

Donc on peut partager son psy avec ses proches, si le psy est d'accord, déjà, et surtout si tout le monde l'est. Est-ce qu'on veut le partager, ça, en revanche c'est une vraie question à se poser. Parce que justement le fait de ne pas avoir le même psy, réellement, je veux dire, en avoir des différents pour de vrai, appuie ce que je viens de décrire au-dessus, cette idée que les espaces sont bien séparés, que nous sommes bien l'autre de l'autre. Cette règle imagine ou met en scène, si vous préférez, les différences de chacun. Et s'appuyer dessus peut être utile.

Si vous avez le sentiment que votre mec ou votre sœur veut le même psy que vous pour vous en parler à longueur de journée, ou que cette amie veut absolument que vous alliez voir son psy super génial pour ensuite utiliser cette info comme la preuve que vous partagez vraiment tout... Eh bien, faites ce que vous voulez de votre argent, mais réfléchissez un peu!

Vous avez le droit d'affirmer l'exclusivité de cet endroit et de vous éviter de fantasmer vos proches en séances avec la personne à laquelle vous confiez votre intimité. Cependant, gardez aussi en tête que le monde est petit, et si d'aventure vous croisez une connaissance en salle d'attente et que cela vous bouleverse, c'est peut-être le début d'une grande avancée dans votre compréhension du monde et de l'altérité.

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