Santé

«Je suis une personne introvertie, en décalage avec la société. Vais-je trouver ma place?»

Temps de lecture : 4 min

Cette semaine, Mardi Noir conseille une internaute anonyme qui n'arrive pas à se plier aux normes de la société pour trouver un emploi et s'émanciper financièrement de sa famille.

«Vous avez toujours été en décalage avec la société, introvertie, et peut-être qu'au fond de vous, vous espériez de la psychanalyse qu'elle vous rende conforme.» | Dan Meyers via Unsplash
«Vous avez toujours été en décalage avec la société, introvertie, et peut-être qu'au fond de vous, vous espériez de la psychanalyse qu'elle vous rende conforme.» | Dan Meyers via Unsplash

Chaque jeudi, dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, répond aux questions que vous lui posez. Quelles que soient vos interrogations, dans votre rapport aux autres, au monde ou à vous-même, écrivez à [email protected], tous vos mails seront lus.

Chère Mardi Noir,

Déjà, je suis en analyse depuis plusieurs années. Mais il y a quelque chose que je n'arrive pas à juger et qui a toujours existé en moi.

Je pense que je suis une personne assez introvertie, qui a toujours été en décalage avec la société... C'est toujours le cas, ce décalage me rend intéressante pour beaucoup de personnes, pour mes amis qui croient en moi et voient en moi beaucoup de potentiel, que je manifeste dans plusieurs domaines artistiques et intellectuels surtout. Cependant, je ne m'accorde pas avec les institutions, je n'arrive pas à avoir un boulot. Je sais que je n'ai pas énormément de désir de travailler dans une institution, mais je dois le faire pour me dégager financièrement de ma famille. Néanmoins, je n'arrive pas à jouer le jeu, je vais aux entretiens d'embauche et je parle avec beaucoup d'ouverture et d'honnêteté, de mes points forts comme de mes points faibles, je réalise que ce n'est pas ce qui est demandé, qu'il faut leur donner à entendre ce qu'ils veulent pour être embauché. Mais quand j'y pense, ça me dégoûte et me désespère...

Donc je me demande si ce progrès dans mon analyse, le fait de me sentir quelque part plus confiante en moi-même, le fait que je me connaisse mieux, ne serait pas un point faible dans un monde où tout le monde joue et porte des masques et où tout le monde est au courant de ce qui se fait... Et je me demande si je vais jamais pouvoir trouver ma place dans un tel monde, ça me désespère vraiment.

Chère anonyme,

Votre question est fondamentale et révèle ce que peut et ne peut pas le travail psychanalytique. Avant d'entrer dans le vif du sujet, laissez-moi relever cette très jolie formulation de votre confiance en vous: «un point faible». C'est presque poétique et cela marque certainement la division qui vous occupe actuellement. À savoir, comment prendre sa place quand celle-ci s'écarte des normes?

Comme la plupart des personnes qui m'écrivent, vous dites déjà beaucoup de choses vous-même. Vous avez toujours été en décalage avec la société, introvertie et peut-être qu'au fond de vous, vous espériez de la psychanalyse qu'elle vous rende conforme, au moins un minimum, pas grand-chose, juste trouver un boulot, pour «vous dégager financièrement de vos parents». Le but présenté ici n'est pas de bosser, d'ailleurs j'ai l'impression que vous bossez déjà pas mal, seulement cela n'engrange pas d'argent. L'objectif mis en avant n'est pas de subvenir à vos besoins, mais de vous «dégager de votre famille» matériellement. Pourquoi?

Qui vous a dit qu'il fallait avoir un job pour que votre famille cesse de vous aider? C'est le désir de qui? Le vôtre? Celui de vos parents? Si oui, comment est-il formulé? Chantage? Inquiétudes? Ou au contraire, ça ne les dérange pas, vous pouvez compter sur eux? Est-ce le désir supposé de la société? Une sorte de norme qui dirait: à partir d'un certain âge, c'est anormal de vivre aux crochets de sa famille.

J'avais la sensation que pour entretenir une relation, je devais jouer à un jeu que je jugeais nul et auquel j'étais assez mauvaise.

Cela m'évoque les raisons d'entrée dans ma deuxième tranche d'analyse. Je me disais: maintenant je vais construire une famille, je vais trouver un homme, m'installer et avoir des enfants. Ceux qui me connaissent depuis longtemps devaient bien rire à l'époque. Je ne suis pas sûre que la société en tant que telle ait des désirs pour nous. La société, c'est personne et tout le monde. Mais c'est vrai qu'il m'était insupportable d'assumer d'être en décalage vis-à-vis de cette configuration normée du couple. Je préférais alors vivre des histoires pas terribles. Comme si, même en échouant à me conformer, je me démontrais que j'essayais. Regardez! Je veux! Seulement, ça ne fonctionne pas mais je vous jure, si, si, je le veux!

Et c'est amusant, avant, la vision des couples me renvoyait systématiquement à mon échec, en leur présence je me sentais amoindrie, inadaptée. Je finissais toujours par chouiner que j'étais seule, et qu'ils avaient de la chance de s'être trouvés. C'est gênant pour tout le monde, ça finit vite par des banalités en mode «t'inquiète, chaque pot a son couvercle» ou encore «tu devrais rendre plus attractif ton profil Tinder, là c'est trop toi». Personne ne veut entendre ça. J'avais la sensation que pour entretenir une relation, je devais jouer à un jeu que je jugeais nul et auquel j'étais assez mauvaise. Ce que je refusais de voir, c'était mon désir d'être célibataire.

Ce que j'entends dans votre récit, c'est une impossibilité à jouer le jeu de trouver un boulot, alors que vous n'avez aucune raison concrète de vous imposer cette activité. En plus, vous savez comment en trouver un, vous avez les clés, mais cela «vous dégoûte et vous désespère». Votre famille vous finance, c'est un fait. Si vous vous sentez redevable de cette aide, j'entends que ça puisse vous empoisonner l'existence, mais vous n'en faites pas mention. Évidemment, c'est vous qui savez, mais dans ce que vous écrivez, j'ai le sentiment que votre motivation à décrocher un job relève plutôt d'une norme admise par tous. Pourquoi faudrait-il avoir un travail si vous n'y êtes pas contrainte matériellement? Pour faire comme tout le monde?

Par ailleurs, rien ne dit que vous ne gagnerez jamais d'argent par vous-même. Vous avez peut-être juste la chance de prendre encore quelques années pour que cette attente sociétale devienne un désir qui vous est propre. Ou pas!

Vous vous demandez si vous trouverez un jour votre place dans un tel monde, en fait vous l'avez déjà trouvée ou êtes en passe de le faire, c'est bien ça qui vous préoccupe et ce sur quoi il faut continuer de travailler. Vous ne serez jamais les autres, sont-ils eux-mêmes ces autres que vous fantasmez?

Vous êtes à côté.

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