Parents & enfants / Santé

Pourquoi chez le psy, c'est toujours la faute des parents?

Temps de lecture : 3 min

Dire que nos malheurs sont la faute de nos parents est presque toujours un passage obligé. Mais est-ce vraiment justifié?

Attaquer le joli vernis qui recouvre les parents est une façon de se séparer. | Nienke Burgers via Unsplash 
Attaquer le joli vernis qui recouvre les parents est une façon de se séparer. | Nienke Burgers via Unsplash 

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

J'ai souvent raconté que j'avais eu la phobie de vomir de longues années durant. Elle a pris naissance l'année de mes 13 ans quand j'ai demandé à mes parents d'acheter un hamster et que mon père a refusé. Ma mère a fini par céder à mes lamentations en m'intimant de taire cette acquisition et de cacher l'objet de la transgression dans ma chambre.

Quelques mois après j'interrogeais ma mère: «Est-ce que tu as déjà trompé papa?» Ce qu'elle a avoué avoir fait après mon insistance sur le sujet. «Papa le sait?», «Non, et tais-toi». Puis des années plus tard, j'y retournais: «Est-ce que papa est vraiment mon papa?», «Non», «Le sait-il?», «Non...». Ce non-là, je n'ai pas pu le garder pour moi et mon père a été mis au courant. Un peu comme un: «Hey papa, tu voudrais venir participer à ta vie, à la mienne et à celle de ta femme?»

Attaquer le joli vernis

Dire que nos malheurs sont la faute de nos parents, c'est presque toujours un passage obligé. Déjà parce que cela permet à certains de les désidéaliser. C'était mon cas. Tout allait merveilleusement bien dans le meilleur des mondes, seulement je n'arrivais pas à sortir de ma chambre sans suffoquer d'angoisse, mais j'affirmais: «Mes parents n'ont rien fait, d'ailleurs ils se demandent bien ce que j'ai, comme c'est bizarre d'aller aussi mal! Alors là vraiment, notre fille, si on savait comment la soulager, on le ferait mais là on ne voit pas!»

Attaquer le joli vernis qui recouvre les parents est une façon de se séparer, d'entreprendre une expérience de désaliénation qui peut s'avérer mouvementée. On craint le retour de bâton, réel ou fantasmé. Dans les deux cas, c'est désagréable. Pour d'autres, quand les souvenirs sont plus nets et douloureux, passer par l'inventaire des souffrances subies vaut pour présentation du sujet et ces dommages réels viennent parfois saturer l'espace psychique. Ils imposent leur présence. La faute est tellement tangible qu'elle peut devenir préjudiciable, et il est alors difficile de s'en dégager.

Une chose est sûre, les parents sont toujours discordants quant à leur fonction. C'est donc forcément de leur faute si ça ne va pas, mais est-ce soulageant de le constater? On peut faire état des carences, des excès, des violences, des non-dits, des absences, de l'obscénité, du désordre ou au contraire de l'éducation militaire qu'on a reçue.

Représentations imaginaires

Nous sommes soumis à des représentations imaginaires, collectives, mythologiques de la famille. Du rôle de mère comme fusionnant avec son enfant, lui donnant confiance et intégrité corporelle, du rôle de père comme faisant barrage à ce duo quand l'exclusivité du lien devient gênante, laissant penser qu'il y aurait plus qu'une fonction maternante, qu'une éviction du père serait en marche.

La vérité est que le père de la vraie vie est souvent très éloigné de cette histoire et se contrefiche que sa femme et son gosse soit toujours fourrés ensemble, il est ravi de sortir avec ses potes, de passer des heures devant la télé avec sa bière ou juste de n'avoir tout simplement pas à se mêler de cette affaire qui l'embarrasse. Ou alors il prend son rôle très à cœur et caricature l'idée qu'il est le tiers séparateur. Parfois il n'existe plus, il a déserté. Ou il est plus maternant que sa femme. La mère peut être déprimée voire agressive, collante, inquiète, trop dynamique, isolée, paranoïaque. Les mères peuvent être deux. Les pères aussi. Avec toutes les qualités et défauts mentionnés ci-dessus. Parfois il y a une belle-mère gentille, un beau-père pervers, ou l'inverse.

Bref vous l'aurez compris, le schéma type n'existe pas. Cette triangulation classique du papa et de la maman avec l'enfant est un mythe. Oui, sur la photo de famille c'est bel et bien ce qu'on voit: une famille totale, figée, parfaite. Croire en cette représentation est un leurre. Au quotidien, il y a toujours un trop ou un pas assez. Se focaliser dessus s'avère, à terme, une impasse.

L'idée n'est pas de savoir si votre éducation a été normale ou non, la plupart du temps elle est pathogène. La belle affaire. Mais, qu'est-ce qui, à votre mesure, dramatise votre névrose? Elle est là, la question pertinente. De construire une narration, de s'intéresser à son histoire, à celle de ses parents ou de ses tuteurs, de leur rencontre, bonne ou mauvaise, de leur mésaventure, de leur divorce... S'aiment-ils? Comment? Pourquoi? Qu'est-ce qui entoure votre venue au monde? Quels discours? Quelles douleurs? Quels abandons?

C'est dans les détails, dans des paroles qui semblent anodines mais dont vous vous souvenez, dans les plus petits méandres individuels des uns et des autres que votre énigme, à votre échelle (et c'est déjà beaucoup) peut se résoudre en petite partie. Ne plus trop subir cette place que vous ne comprenez pas mais que vous occupez quand même. Il s'agit de l'habiter avec un peu plus de connaissance et de dignité. Et comprendre comment un dommage inévitable peut devenir dramaturgie.

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