Santé

Les consultations de psy à distance sont-elles moins efficaces?

Temps de lecture : 4 min

Les psys ont beau ne pas intervenir sur le corps, celui-ci est extrêmement important.

L'obligation de prendre le temps de s'y rendre est une place accordée à la cure. | Adam Satria via Unsplash
L'obligation de prendre le temps de s'y rendre est une place accordée à la cure. | Adam Satria via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

Avec l'arrivée d'une pandémie dans nos vies, c'est la question que beaucoup se posent depuis quelques années. De toute évidence, le Covid-19 nous a obligés à repenser nos pratiques. Il ne s'agissait plus d'être pour ou contre le distanciel, les consultations visio ou par téléphone; le réel s'est imposé sans concessions ces derniers mois.

Au-delà de l'épidémie, ce problème de distance frappe aussi certaines zones rurales: quand vous n'êtes pas véhiculé et que les transports en commun sont quasi inexistants, comment faire? N'oublions pas non plus les personnes à mobilité réduite.

Délicat de généraliser une réponse à cette question avec les contraintes mentionnées en introduction. D'autant que je ne sais pas si c'est l'efficacité qui est à remettre en cause dans le distanciel, mais plutôt l'incarnation, l'engagement et l'espace-temps de la cure.

Un esprit dans un corps

Il a souvent été reproché à la psychanalyse de faire fi du corps, de l'oublier, d'être une théorie clinique du pur esprit. Procès d'intention idiot quand on sait que c'est bien par le corps et ses productions symptomatiques que Freud est poussé à la réflexion. Ce corps qui hurle, angoisse, panique, s'effondre et qui, par la parole, a la possibilité de retrouver un équilibre certes précaire mais viable.

Alors, oui, le psy n'intervient pas sur le corps; s'il peut faire un geste en de rares occasions, celui-ci prend une valeur encore plus inestimable, une poignée de main (quand c'était encore nos coutumes) plus longue ou une main sur l'épaule pouvant être significatives. Outre ces démonstrations épisodiques, le corps, le vôtre surtout, est présent. Vous le bougez pour vous rendre à votre séance, le chemin aller puis retour peut être un moment d'introspection. L'obligation de prendre le temps de s'y rendre est une place accordée à la cure. C'est ici que ça se passe et non ailleurs. Pour certains c'est un vrai repoussoir: se soigner et réfléchir oui, mais quand je veux et où je veux.

Comment parler de ces amis qui vous emmerdent avec des souvenirs photos sous les yeux, de cette personne qui ne vous rappelle plus avec l'odeur de votre dernière nuit d'amour dans le nez.

Pour ma part, j'ai le souvenir des trajets. Du café pris en bas du cabinet quand j'étais trop en avance, de la course sur les derniers mètres quand j'étais en retard, du retour à pied pour rêver éveillée de ce qui a été dit, pour pleurer le temps de rentrer, ou même rire seule avec cet air un peu fou. Ou au contraire du rendez-vous pris dans le quartier avec une copine pour ne surtout plus y penser, du coup de téléphone en détresse quand, dans les premières années, encore aux prises avec ma phobie, je ne parvenais pas à monter le voir et qu'il négociait ma venue, patiemment.

Car oui, on n'y songe pas assez, mais pour quelqu'un qui souffre d'angoisse, c'est aussi une sacrée aventure que de sortir parfois. Le distanciel ici conforterait cet état qui, bien souvent, m'encourageait à rester chez moi. Pourtant, la psychanalyse n'est pas une thérapie comportementale, sauf qu'ici elle en devenait une, en creux, de surcroît pourrait-on dire. Elle est, pour pas mal de patients, l'unique rendez-vous hebdomadaire, et rien que ça, ça produit des effets.

Enfin, et c'est sans doute le plus important, je n'étais pas chez moi. La censure peut parfois être maximale, même dans un lieu neutre. Comment parler de ces amis qui vous emmerdent avec des photos souvenirs sous les yeux, de cette personne qui ne vous rappelle plus avec l'odeur de votre dernière nuit d'amour dans le nez.

Comment justement, puisque c'est le thème de cet article, mettre de la distance avec le réel de notre vie et réussir à produire ce petit décalage qui soulage. Et surtout comment vivre ce silence, chez soi, une fois le rendez-vous terminé. J'imagine que pour certains patients ça n'a pas d'importance, qu'ils ont la flexibilité requise à portée de mains.

Forcément différent

Les consultations à distance dépannent et elles sont, dans certains cas, obligatoires ou bien indiquées. Être loin de tout, travailler avec des horaires pas possible, empêche bien souvent les gens de voir un psy. C'est donc sans doute mieux que rien, et loin de moi l'idée de penser que c'est inefficace. Cependant, je pense que c'est forcément différent. Différent ne signifie pas moins bien.

Le déploiement de ces pratiques s'inscrit d'une part dans une démarche inclusive, prenant en compte la diversité des publics, pour le mieux; et d'autre part dans une démarche contemporaine se traduisant par le manque de temps, le refus de le prendre, une tolérance à la frustration assez basse, pour le pire.

La crise sanitaire nous a dévoilé que ce dispositif s'était déployé dans l'urgence. Pourtant, l'offre de soins psy en téléconsultation ne date pas de 2020: elle est en pleine expansion depuis une bonne décennie, et s'inscrit dans un monde où nous pouvons faire presque tout de chez nous –ses courses, son boulot, son yoga, son sport, des visites de musée, aller au cinéma (ça résiste encore mais ça viendra).

Je ne jette pas tout ça à la poubelle, je ne suis pas dans une vision purement réac qui enverrait valser toutes ces avancées. Seulement, je m'interroge sur la dimension consumériste, à moindre coût, l'incidence néfaste que cela aura sur les services publics à terme, et la paupérisation du métier par le développement de ces dispositifs s'ils ne sont pas pensés en profondeur par la profession.

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