Santé

Je n'arrive pas à regarder mon psy quand je lui parle, c'est grave?

Temps de lecture : 3 min

Mince! Vous êtes à ce point un déchet peu sûr de vous? Ou bien vous vous êtes cru dans une télé-réalité?

En psychothérapie, vous allez baisser les yeux et regarder dans le vague pour trouver comment exprimer ce que vous voulez énoncer. | Sigmund via Unsplash
En psychothérapie, vous allez baisser les yeux et regarder dans le vague pour trouver comment exprimer ce que vous voulez énoncer. | Sigmund via Unsplash

Dans Ça tourne pas rond, Mardi Noir, psychologue et psychanalyste, revient chaque semaine sur une question ou problématique psychologique.

À l'heure du développement personnel, de l'empowerment, de l'estime de soi et de la confiance en soi comme nouveaux buts de vie vantés sur les réseaux sociaux et dans une certaine presse (d'ailleurs, qui souhaite réellement tout ça comme objectifs? Est-ce vraiment si important?), on peut se demander si ce n'est pas bizarre de ne pas réussir à regarder son psy quand on parle.

Mince! Vous êtes à ce point un déchet peu sûr de vous? Vous ne regardez pas la réalité en face? Vous ne parvenez pas à prendre vos problèmes de front? Vous ne voulez pas vous allonger sur un lit, dos au psy, tant que vous y êtes? Oh!? Mais ne serait-ce pas là la définition du divan?

Sans aller jusqu'au divan, il y a dans ce regard fuyant du patient une première définition du travail mené en psychothérapie, très très loin d'un «regarde-moi quand je te parle» persécutant et intrusif. C'est à l'opposé de ce qu'on voit dans les émissions grand public qui convoquent des «psys» enclins à mettre des participants face à leur colère, leur régime, leur père, leur enfant, eux-mêmes, à les forcer à relever la tête pour se regarder dans un miroir. Ça crée des larmes, de la honte et puis à la fin, toujours un sourire et une promesse de se répéter que nos faiblesses sont des forces qui peuvent détruire la couche d'ozone pour aller toucher les étoiles. Oui, c'est sûr, ce n'est pas du tout ce que vous allez faire en psychothérapie classique.

Une séance chez le psy n'a rien d'une discussion entre amis

Vous allez baisser les yeux comme tout le monde et regarder dans le vague, parfois en silence, pour trouver comment exprimer ce que vous voulez énoncer. Ça s'appelle être un sujet et non un archétype de télé-réalité. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est l'inverse, à savoir toujours regarder son psy quand on parle, qui serait étrange. Mais il y aurait peut-être là à se demander si cet excès de confiance, cette capture par le regard du thérapeute ne viendrait pas masquer justement les reliefs de l'inconscient. Rester à la surface de l'échange, et même croire qu'il y a un échange égalitaire entre deux amis à la table d'un bistrot, pour ne surtout pas aborder ce que vous êtes venu chercher.

Or, ce n'est pas ça le travail thérapeutique, et cette qualité d'échange entrave même le processus d'association libre qui est au cœur de la cure. Difficile de passer du coq à l'âne, de sauter d'un souvenir à un autre, d'une idée à une autre quand vous regardez quelqu'un. Le regard peut persécuter et/ou faire communauté. Dans les deux cas, il ne permet pas de se libérer du jugement.

Combien de fois rions-nous en regardant l'autre sans réellement comprendre pourquoi nous rions? Combien de fois acquiesçons-nous avec l'autre sans avoir écouté ce qu'il disait, sans avoir la référence, parce que c'est confortable de ne pas se sentir, d'être confondu avec l'autre dans cette illusion, de s'entendre sur tout sans même rien y comprendre, l'important étant de faire semblant? C'est ce genre de moment que vous tentez d'éviter en ne regardant pas votre psy et c'est plutôt une très bonne chose. Vous avez la bonne intuition qu'il ne va rien piger et qu'il va falloir répéter de façon diverses et variées, au gré des séances, vos pensées. Le psy, lui, se retient de trop en dire pour ne pas vous empêcher de parler. Cela n'a rien d'une conversation entre amis ou en famille.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a aucun regard, aucun moment de connivence, nous sommes humains. Cependant, si votre psy ne répond pas à vos «comment ça va aujourd'hui?» ou qu'il le fait une fois sur cinq, c'est pour ne pas tomber dans l'écueil d'une discussion voire d'une relation trop familière qui, fatalement, empêcherait de déposer ce qui vous traverse. On sait tous qu'à «ça va?», quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent nous répondons «ça va». Et puis quoi après, vous voulez faire un point météo? S'il y a bien un lieu où l'on peut éviter cette mascarade sociale, c'est chez le psy.

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