Politique

Comment est choisi le Premier ministre?

Temps de lecture : 3 min

[L'Explication #57] Désignation, élections législatives et cohabitation: on vous explique tout.

Comme l'indique l'article 8 de la Constitution, «la nomination du Premier ministre est un pouvoir propre au président de la République». | Joel Saget / AFP
Comme l'indique l'article 8 de la Constitution, «la nomination du Premier ministre est un pouvoir propre au président de la République». | Joel Saget / AFP

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Pays fracturé, économie au ralenti, popularité en berne... La réélection d'Emmanuel Macron à la tête de l'État laisse place à de nombreux doutes. Dans ce marasme politique, une chose est en revanche certaine: le président va s'appuyer en partie sur un nouveau gouvernement et, notamment, sur un nouveau Premier ministre. Jean Castex va laisser sa place, et la sentence est irrévocable.

Le jeu des chaises musicales et des spéculations va désormais bon train pour deviner le nom de son successeur. Qui sera le nouveau pensionnaire de Matignon? Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, s'y verrait bien. Le député des Bouches-du-Rhône a même publiquement demandé aux Français de «l'élire» Premier ministre lors des législatives de juin prochain. Devenir le chef du gouvernement est pourtant légèrement plus compliqué que ça et, même si les élections législatives auront leur importance, le peuple français n'a pas totalement son mot à dire dans l'histoire.

Macron a le dernier mot

«Élire.» La formule de celui qui est arrivé troisième à l'élection présidentielle n'est, par définition, pas correcte. En effet, la désignation du Premier ministre ne revient pas directement au peuple, mais rentre dans les prérogatives du chef de l'État. Comme l'indique l'article 8 de la Constitution, «la nomination du Premier ministre est un pouvoir propre au président de la République». Clair, net, précis: c'est à Emmanuel Macron, et à lui seul, que revient la charge de trouver le remplaçant de Jean Castex. Un choix qu'il devrait, selon toute vraisemblance, faire dans les prochains jours.

Si le président a bien, quoi qu'il arrive, l'entière latitude dans son choix, les législatives qui arrivent à grands pas pourraient bien bouleverser ses plans. En matière de chef de gouvernement, il pourrait en effet y avoir un avant et un après 12 et 19 juin.

En fonction du résultat des élections législatives, deux situations sont envisageables. Si la majorité élue à l'Assemblée nationale correspond à la majorité présidentielle, comme ce fut le cas lors du premier mandat d'Emmanuel Macron, celui-ci aura la voie entièrement dégagée pour conserver son champion, c'est-à-dire celui ou celle qu'il choisira dans les prochains jours.

Si, en revanche, la majorité à l'Assemblée change au profit de l'opposition, les choses risquent de se corser pour le président fraîchement réélu. Ce dernier serait alors amené, comme le veut l'usage, à choisir un Premier ministre au sein du groupe majoritaire dans l'hémicycle. C'est ce que l'on appelle une cohabitation, et qui est notamment dans le viseur de Jean-Luc Mélenchon.

Une cohabitation à l'horizon?

Même en cas de cohabitation, c'est là encore le président qui a le dernier mot. Il n'a pas d'obligation formelle à aller piocher son Premier ministre au sein de la nouvelle majorité. Pour autant, l'esprit de la Constitution telle qu'elle est rédigée aujourd'hui rend presque inévitable ce choix. Si le chef de l'État venait en effet à faire fi de la couleur politique majoritaire à l'Assemblée, ses projets de loi s'y verraient bloqués, ses réformes entravées et, pire encore, le gouvernement pourrait tout simplement tomber. Une hypothèse assez dissuasive pour se pencher avec sérieux sur les candidatures de l'opposition.

Dans l'opposition justement, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en tête, on appelle à la mobilisation dans l'espoir de jouer les trouble-fêtes lors des législatives des 12 et 19 juin prochains. En misant sur une hypothétique coalition des partis de gauche, Mélenchon espère notamment faire de l'Union populaire le mouvement politique majoritaire dans l'hémicycle pour pousser Emmanuel Macron à le choisir comme Premier ministre. Mais la partie est loin d'être jouée d'avance.

Si une coalition venait à s'imposer d'elle-même au sortir des élections, ce serait alors la quatrième de l'histoire de la Ve République. La France a d'abord connu le tandem François Mitterrand (PS) et son Premier ministre Jacques Chirac (RPR) en 1986, qui fut finalement remplacé en 1993 par Édouard Balladur (RPR) à la tête du gouvernement. Une troisième cohabitation, la dernière en date, avait également été instaurée à peine deux ans après le début du septennat présidentiel de Jacques Chirac, en 1997. Lionel Jospin, figure du Parti socialiste, était alors à ses côtés pour tenir les rênes du pays.

En attendant la fin des élections législatives, Emmanuel Macron dispose toujours de la majorité à l'Assemblée. Pourtant, même avec les mains libres pour quelques semaines encore, trouver un remplaçant à Jean Castex est un vrai casse-tête. Le choix du Premier ministre est un acte important, qui détermine à la fois la direction que le président souhaite donner à son quinquennat, tout en envoyant un message fort au peuple français. Et quand on a une cote de popularité qui dégringole et des défis grands comme une montagne à relever, mieux vaut ne pas se tromper.

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