Parlons des règles sans se pincer le nez

Illustration: Margot de balasy

Illustration: Margot de balasy

«Douze fois par an régulièrement

Elle se tord de douleur

Se mord les doigts dans son lit

Étouffant ses cris

Elle a mal

Ce mal vif et lourd la tient nuit et jour

C’est ça être une femme

Un être de chair et de sang

C’est beau et pourtant

Ca fait mal

Que faut-il donc faire

Pour que de ses fers

de ce joug qui d’elle se joue

Elle se délivre»

 

Ce sont les premières paroles de «Douze fois par an» de Jeanne Cherhal, l'une des rares chansons qui parle des menstruations sans s'embarrasser des litotes habituelles. Précautions de langage d'autant plus absurdes que les règles sont riches de questionnements et de faits souvent crus. Syndrome prémenstruel, choc toxique, endométriose, taxe rose, ... Bienvenue dans le monde merveilleux du sang des femmes. Comme pour Voldemort, on ne prononce généralement pas leur nom, et on pouffe parfois en disant «j'ai mes coquelicots». Et si on parlait enfin de nos menstruations sans rougir et qu'on appelait une chatte une vulve? 

Car parler de règles est un acte militant. Les phénomènes utérins concernent bien sûr en premier chef les femmes. Celles qui souffrent de SPM, les adolescentes dont les premières règles restent un moment d'une rare intensité, mais aussi celles qui ont fait la paix avec leur utérus. Certains films ou livres décrivent la scène d'une femme assise jambes écartées face à son miroir pour observer son sexe. On sait qu'il est en effet essentiel de connaitre notre intimé. On devrait sûrement faire tout comme les filles dans ces films. Mais comme pour beaucoup d'injonctions ou de conseils a priori bienveillants adressés aux femmes, c'est facile à dire et pas toujours aisé à mettre en pratique. D'autant que les publicités pour tampons dans lesquelles on voit le sempiternel filet bleu fluo et les filles qui font des rollers encouragent à jeter un voile pudique sur nos règles, nos utérus, nos vagins, nos vulves.

La bonne nouvelle, c'est que les lignes bougent. Des femmes mettent des gros coups de lattes à tous les euphémismes et en parlent en détail.

Cluny, invitée pour ce podcast, tient le journal de sa chatte et parle, face caméra tampons, éponge, spéculum, sécrétions...

Il existe même un jeu de plateau pour expliquer les règles aux petites filles.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'on n'en est pas encore au stade où l'on parle de menstruations sans se pincer le nez. On entend encore des «t'as tes règles ou quoi?». On continue à claquer un fric fou en tampons, serviettes et autres cup. SPM et vie professionnelle ou sociale restent parfois difficiles à concilier. Et surtout, comme l'a théorisé Alain Testart, les règles, c'est le pèché originel de la division du travail: le sang des femmes les a assignées à certaines activités.

Ce sont les sujets qu'on l'on a abordés avec Cluny, avec des tas de digression sur le sexe pendant les règles, la pilule en continu et une sombre histoire d'amputation des deux jambes.

Le tumblr de Cluny est à retrouver ici, et pour s'inscrire à sa newsletter, c'est par .

Nadia Daam
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