Politique

L'anonymat des animaux

Temps de lecture : 14 min

[Épisode 19] Devenue la principale cible de Pivi, Najwa doit trouver un refuge au plus vite. Ghislain prend la mesure de sa trahison et tente d'en minimiser les conséquences.

Najwa l'avoue, lyonnaise de banlieue seulement, elle n'avait jamais pris de traboule. | Nicolas Balas 
Najwa l'avoue, lyonnaise de banlieue seulement, elle n'avait jamais pris de traboule. | Nicolas Balas 

Résumé des épisodes précédents:
À Lyon, Askip s'introduit dans la chambre d'hôtel de Najwa pour lui apprendre que son père l'a trahie. Ghislain complote un grand reboot avec Van Buiten. Pour faire passer la manœuvre auprès du grand public, les deux comptent accuser Najwa d'avoir piraté et perverti Pivi, avec l'aide des Oradars. Cette fois, elle doit fuir au plus vite.

«Nous sommes les derniers. Presque les après-derniers. Aussitôt après nous commence un autre âge, un tout autre monde, le monde de ceux qui ne croient plus à rien, qui s'en font gloire et orgueil.»
Charles Péguy, La mystique républicaine (1910)

Najwa se lève du lit et prend la mignonnette de whisky des mains d'Askip. Elle en prélève une gorgée, tousse, lui rend la petite bouteille et se met à scruter le visage du hacker qui s'est introduit dans sa suite. Elle cherche à y jauger la gravité de la menace.

Najwa Si tu t'inquiètes tant que ça pour moi, ça veut dire que… C'est Pivi qui a tué Aglaé?
Askip Possible. Aucune preuve pour l'instant. Les données des aéroports sont spécialement bien protégées. Mon espoir, c'est de les intercepter, messagerie interne et vidéos de surveillance, quand elles seront transférées sur les serveurs d'archivage, dans cinq jours. On verra. Mais je te parle de toi, pas d'Aglaé. Il faut que tu te planques, dès ce soir.

Au tour d'Askip de l'observer intensément, comme s'il espérait deviner ainsi les pensées de Najwa. Mais il ne lit rien dans ses iris noirs. Elle tire sur sa queue de cheval pour plaquer sa chevelure.

Askip C'est nouveau ce tic de te lisser les cheveux?
Najwa Je crois pas, non. S'il faut que je quitte l'hôtel, ma mère habite pas loin, je pourrais…
Askip Non, pas la famille. Pivi va te retrouver direct. Je ne peux pas te ramener non plus avec moi au moulin du Mans, les gendarmes risquent de faire une descente à tout moment: Neuville va nous accuser d'avoir piraté Pivi. C'est ce qu'on a entendu, au téléphone. Neuville et Van Buiten sont tombés d'accord pour dire que tu as perverti Pivi, et que nous sommes ton bras armé. Les hackers qui exécutent tes basses œuvres. On tombe, les gens nous huent, Neuville et Van Buiten rebootent et s'offrent une seconde chance.
Najwa Merde... Je dors où, du coup?
Askip Ce soir chez un contact à la Croix-Rousse, demain on trouvera à t'exfiltrer dans un camp Oradar quelque part. Je cherche à joindre Balazuc, en Ardèche mais sans téléphone, c'est pas simple.
Najwa En Ardèche, moi?

Elle regarde les trois paires de talons hauts posées côte à côte dans l'entrée. Elle et son dressing, délocalisés dans la pampa? Askip doit plaisanter. Elle croit entendre la voix de Ghislain qui lui souffle: «Mais si, ma fille. Il fait chaud en Ardèche. Ils se baignent, ils élèvent des chèvres, ils jouent du djembé… Ça te rappellera le Maroc.» Faute de comprendre ce qu'il se passe dans la tête de Najwa, Askip n'ose rien répondre quand elle lâche soudain à haute voix: «Je n'ai jamais vécu au Maroc, abruti. Et on n'y joue pas de djembé.»

Van Buiten est injoignable. Depuis que Ghislain est descendu du bar panoramique, il lui a déjà envoyé trois SMS. Il en rédige un nouveau en tournant en rond dans sa suite, puisque la secrétaire le filtre, puisque tout le ministère semble s'être donné le mot pour l'esquiver: «Urgent, rapport à Najwa. Gros changement. Rappelez-moi dès que possible. Merci.» Ghislain, impuissant, pose son téléphone sur la table de chevet, s'écroule sur le lit et se lisse les cheveux en arrière.

Le plafond: blanc. Les tableaux: impersonnels. Le remords en Ghislain: immense. S'il arrivait quelque chose à Najwa, il ne se le pardonnerait jamais. À la télé, une reportrice tatouée explique qu'elle a passé trois jours et trois nuits dans le campement des Oradars sous les échangeurs du périphérique parisien, dans les friches qu'on appelait la «colline du crack». La communauté déconnectée s'agrandit chaque jour. Deux familles y campent à temps plein mais ce sont surtout des jeunes et tout ce que la capitale compte d'alternatifs qui entassent ici leurs duvets dans un joyeux bordel encore mal défini.

La reporter montre du doigt la source de l'ambiance musicale. Un homme au sourire sans dents, perché sur une palette, reprend les White Stripes à la guitare sèche. Tous n'habitent pas sur place, les profs par exemple ne sont que de passage, ils en ont fait la base arrière de leurs manifs, viennent y débattre stratégie, se reposer, bander leurs blessures ou manger un bout avant de repartir. La caméra s'attarde sur de grandes fresques dont l'auteure, drapée dans une sorte de toge en papier alu, a précisé sur un panneau:

«Photos interdites.
Ne pas partager sur les réseaux sociaux.
Art à voir ici et maintenant
OU JAMAIS.»

Dans des crissements d'aluminium, la créatrice agite les bras devant la caméra et conjure la journaliste de dégager. Au second plan, Ghislain croit reconnaître Birgit, la Hollandaise qui était au moulin des Oradars, accroupie derrière un pilon, préparant des pigments naturels pour l'artiste. Il n'a pas le temps de l'identifier avec certitude, des enfants crasseux courent devant l'objectif et empêchent de bien voir. Plus loin, une grande bâche bleue tendue entre trois arbres maigrelets ployant sous l'effort abrite la rédaction d'Humanoïde, le «journal papier de tout ce qui ne buzze pas». La reportrice cherche la ou le rédacteur en chef.

Un homme, en laine polaire malgré la chaleur étouffante qui semble régner là-dessous, lui répond qu'il n'y a pas de chef. Règne ici un «comité éditorial». Il monopolise pourtant la parole pour détailler le contenu de leur publication sporadique. Des poèmes, des manifestes, des collages, des BD, des astuces pour recycler les déchets et vivre sans écran, des pistes de réflexions, des conseils jardinage de subsistance… «Tout, sauf des sudokus et des trucs de chiffres ou d'ordi», résume le moustachu en activant fièrement la manivelle d'une antiquité posée sur un chariot de supermarché retourné.

De sa machine sortent une à une des feuilles dont l'encre violette renvoie instantanément Ghislain à l'odeur entêtante qui s'en dégageait, à l'école, lorsque la maîtresse lui distribuait les mêmes. Le parfum des ronéos. Ghislain croyait l'avoir oublié depuis le cours élémentaire, il le sent comme si la chambre en était pleine. Le moustachu en polaire explique justement que ce n'est pas une ronéotypeuse mais un duplicateur à alcool. L'erreur est assez commune, à cause de leurs tambours en rotation leur donnant des formes similaires, mais le duplicateur, plus communément appelé polycopieur, est beaucoup moins onéreux et plus simple à utiliser. Quand le téléphone se met à sonner, le premier réflexe de Ghislain est de râler, qu'on le laisse suivre les explications de ce sympathique imprimeur.

La réalité de la situation lui revient soudain et avec elle l'angoisse, qui le saisit d'un coup, des orteils aux cheveux gris. «Sentiment exactement inverse à celui éprouvé quand on se réveille d'un cauchemar», pense Ghislain en attrapant son portable. C'est Jean-Jacques Van Buiten qui rappelle enfin. Sa voix est calme et posée, le stress a mué celle de Ghislain en scie musicale.

Van Buiten Hier, pourtant, nous étions tombés d'accord…
Ghislain Hier, je croyais que Najwa m'avait trahi. Qu'elle avait accepté votre deal pour me faire porter le chapeau et m'évincer. Ce n'est pas le cas, vous me faisiez marcher, vous ne l'avez jamais appelée.
Van Buiten Qu'est-ce que je ferais d'elle? C'est de votre talent avec les foules dont Pivi a besoin. De votre humanité, dans tout ce qu'elle a de débordante. Un peu d'huile de coude dans la machine. Vous aviez raison, mon vieux, les calculs ne suffisent pas toujours. Comment disait l'autre chanteur tristoune, déjà? Il faut savoir parler aux… foules sentimentales. Voilà. Après le grand reboot, votre rôle sera précisément de…
Ghislain Attendez. Il doit bien y avoir moyen de rebooter sans sacrifier Najwa. Si je vous donne tous les Oradars, pas seulement Askip? Attention, y avait des gros poissons dans le moulin près du Mans, j'ai tous les noms, j'y retourne même avec un micro si vous voulez! On peut facilement leur coller sur le dos, dire qu'ils ont piraté le système sans l'aide de Najwa, c'est parfaitement crédible.
Van Buiten Maintenant que la procédure est lancée…
Ghislain Quelle procédure? Oh, bordel! Qu'avez-vous ordonné?
Van Buiten Moi? Je n'ai rien ordonné. Najwa a été signalée pour haute trahison, le système en déduit ce qu'il veut.
Ghislain Bordel, vous allez l'électrocuter comme Aglaé? Décrocher son ascenseur? Dérouter du monoxyde de carbone dans sa clim?
Van Buiten Calmez-vous, mon vieux. Hier, vous vous posiez moins de questions.
Ghislain Ne m'appelez pas «mon vieux».
Van Buiten Désolé, Ghislain, ce n'est plus de mon ressort.
Ghislain Ne vous moquez pas de moi. Vous pouvez toujours trifouiller les fiches.
Van Buiten Mais les fiches, c'est vous qui les avez remplies! Vous accusez Pivi, le pauvre est simplement logique. Qui a rempli et signé une déclaration assurant que Najwa n'était rien pour lui? C'est moi, peut-être? Attendez, je vais vous rafraîchir la mémoire, j'ai mon ordi sous la main, je lance la recherche… Voilà. Je cite: «Aucun lien affectif avec cette chieuse de première». Vous plaidez l'amnésie?

Ghislain ne répond rien, seul dans sa suite soudain démesurée. La lumière de la salle de bain court jusqu'à ses pieds qui font ad libitum des cercles réguliers sur l'épaisse moquette.

Van Buiten Je vous le concède, Pivi est un brin premier degré. Il vous a cru, que voulez-vous?
Ghislain Je veux que Najwa s'en sorte indemne.
Van Buiten Je vais voir ce que je peux faire. Vous avez de la chance, le siège de Whuzz a très envie de bosser avec vous, ils feront peut-être un geste. En attendant, Ghislain, ne vous en mêlez pas. Sous aucun prétexte. Ce reboot s'annonce assez compliqué comme ça, laissez Pivi gérer la transition. N'alertez personne, j'insiste. Surtout pas Najwa. Regardez la télé, commandez un bon whisky, demain vous rentrez à Paris. J'aimerais vous avoir à mes côtés d'ailleurs, je reçois Earth/Health à propos des vaccins. Vous savez que l'obligation risque de sauter pour les enfants? Ils sont inquiets… Vous les connaissez, je crois?
Ghislain Oui, mais…
Van Buiten Parfait! À demain alors. À 14 heures, vous serez rentré à Paris? Pas de bêtise, hein? Non, vous n'êtes pas stupide.

Il raccroche soudain, comme se l'autorisent les puissants. Ghislain, démuni, observe ses pieds à moitié mangés par la moquette. Soit c'est un effet d'optique, soit ses jambes flageolent.

Najwa tourne avec Askip dans un escalier étroit taillant un corridor entre deux immeubles typiquement croix-roussiens: ocres et biscornus. Elle avoue, lyonnaise de banlieue seulement, qu'elle n'avait jamais pris de traboule. Askip lui répond que les traboules sont toutes privées désormais et que ceci, malgré ses airs de passage secret, n'est qu'un escalier pas trop fréquenté, comme tous ceux du quartier, trop escarpé pour les flâneurs. Elle est essoufflée, il lui prend sa valise des mains et s'excuse de la faire ainsi grimper, ce sont les seules rues de Lyon où ils ne croiseront aucune caméra de surveillance, les anars des pentes les shootent une à une à chaque nouvelle tentative municipale.

Un chat les observe en haut des marches, les yeux brillants, et prend la fuite à leur approche. Les trois ou quatre derniers oiseaux n'ayant pas trouvé de spot pour dormir tournoient dans la quasi-obscurité. «Je suis en cavale, réalise Najwa, les cuisses douloureuses. Vivre sans laisser de traces. Retrouver l'inexistence originelle. L'anonymat des animaux.» D'excellents titres pour des vidéos de développement personnel, Najwa le concède, mais les appliquer vraiment ne l'enchante en rien.

La télé parle toute seule, Ghislain ne l'entend plus. Le cynisme de Van Buiten l'a scotché, lui qui se croyait maître en la matière se retrouve pantelant comme au bal des débutantes. Son portable vibre, sa fille Yacinthe cherche à le joindre via vidéo Whuzz. Il accepte machinalement et le regrette aussitôt. En contreplongée, le visage de cette gamine le déprime plus encore qu'en vrai. «Elle n'y est pour rien, pauvrette, elle ressemble à sa mère», l'excuse Ghislain. Yacinthe s'enquiert poliment de savoir si elle dérange, elle espère que tout va bien à Lyon. Il grogne en haussant les épaules et lui demande ce qu'elle lui veut.

Yacinthe Je voulais savoir si je devais continuer à poster des trucs anti-Pivi ou pas?
Ghislain Comment ça? Tu publies ce que tu veux.
Yacinthe Depuis ton dernier discours, Lazare et moi, on sait plus trop ce qu'il faut mettre pour t'aider… On est pour Pivi finalement?
Ghislain Mais tu es pour qui tu le décides, ma chérie, voyons! C'est quoi cette question?

Le menton de l'adolescente se met à se plisser comme quand elle était bébé et qu'elle allait pleurer.

Yacinthe Me crie pas dessus! C'est pour t'aider, papa. Nous, on fait tout ce qu'on peut et toi…
Ghislain Je sais, je sais. C'est adorable, pardon. Merci. Mais pense un peu par toi-même, bordel! Inspire-toi de… Je sais pas… Inspire-toi de… Najwa.

S'entendant dire cela, il raccroche au nez de Yacinthe et reste pétrifié sur son lit. C'est sorti tout seul. Ghislain ne sait pas auprès de qui il se justifie, mais il ressent le besoin de se justifier. Que quelqu'un l'interroge à propos de Najwa, qu'il puisse user de sa mauvaise foi! Présentement, son cynisme semble évaporé. Oui, il s'est attaché à Najwa. Là, tout de suite, il pourrait même avouer qu'il l'admire. Pour son tempérament de feu et ses idées bien arrêtées. Régulièrement, il se retrouve en elle. Des étincelles, des détails plus ou moins glorieux mais qui lui pincent chaque fois le cœur. Elle est sa fille, bon sang! Mieux, elle ne demande pas à l'être. Lui qui n'a jamais couru après les responsabilités paternelles trouve forcément charmant ce rejeton qui l'en absout.

Imaginer Van Buiten commanditer la mort de Najwa le rend fou. Il tâte ses poches à la recherche de ses cigarillos, en voulant les sortir il en casse un, trop sec, qu'il jette sur la moquette écrue et écrase d'un pied rageur en cent frisottis bruns. Impossible de rester à la niche comme Van Buiten le lui a intimé. Ghislain va aller prévenir Najwa, la protéger s'il le faut, être un homme. Montjoie! Saint Denis! Il laisse son portable sur la table de nuit, afin que Pivi ne puisse le suivre, réalise devant la porte à carte magnétique que le système saura tout de même qu'il est sorti. Pas grave. Ghislain n'est plus dans l'optique de se couvrir, mais dans celle de sauver la progéniture qu'il a mis en fâcheuse posture. Il se lance sur la moquette du couloir, plus rase et plus sombre que celle des chambres.

Il n'a pas long à parcourir avant de tambouriner à la porte de Najwa qui s'ouvre sur ses gonds. Une femme de ménage penchée derrière son chariot à pistolets de produits ménagers se redresse lentement et lève un sourcil interrogateur. Son badge affiche «Pauline». Ghislain lui demande ce qu'elle fait là. Elle lui demande ce que lui fait là. Il vient voir Najwa Birani, qui occupe cette suite.

Pauline Bah elle est partie, sinon j'ferais pas l'ménage.
Ghislain Comment ça, partie?
Pauline Bah la tablette me dit quand les gens sont partis et moi je viens nettoyer. Et là, voyez, elle est partie.
Ghislain Vous avez trouvé ses affaires quand vous êtes entrée?
Pauline Non, rien. Allez, laissez-moi, vous avez rien à faire là. J'appelle la sécurité, moi, hop hop hop.

Elle semble hésiter avec le jaune puis saisit le pistolet violet, avant qu'elle ne déclenche quelques pschits dans sa direction Ghislain a le temps de se demander si elle a opté pour le produit le plus dangereux. Il retient son souffle, recule hors de portée, prend la direction de sa chambre… Et s'ils avaient déjà buté sa fille? Là, dans sa suite. Si ce que la vieille folle était en train de nettoyer était en fait… le sang de Najwa! Demi-tour. Où cachent-ils les corps à la hâte dans les films avec des meurtres à l'hôtel? Le temps de répondre, Ghislain est à nouveau devant la femme de ménage. Il la bouscule avant qu'elle ne saisisse son pistolet, part vérifier dans la baignoire: rien. Sous le lit: rien. Il se prend un pschit dans l'œil en se relevant. Dans le placard: rien. Pschit, pschit. Sur la moquette, les murs, les draps: pas une goutte de sang. Pschit, pschit, pschit.

Ghislain Pardon madame, je m'en vais. Je ne voulais pas vous faire peur, il fallait que je vérifie. Je crois… Je crois que ma fille est morte.

Il part sans attendre la réaction de Pauline. Ce n'était pas pour se faire plaindre, c'était pour exprimer sa crainte à voix haute. Et réaliser que c'est entièrement de sa faute. Il doit s'y reprendre à trois fois avant de présenter correctement sa carte magnétique et ouvrir sa suite. Il tombe sur le lit, démuni, écrasé par son immense faute.

La télé diffuse toujours ses salades avec entrain, l'écran projette ses couleurs vives en tâches joyeuses dansant sur la moquette. Faute de goût, Ghislain n'est pas surpris, la télé en est coutumière. La reportrice tatouée y annonce entamer sa quatrième nuit avec les Oradars, dans un campement qui n'avait jamais connu telle affluence. Ghislain redoute à tout instant qu'ils interrompent les programmes pour annoncer la mort de Najwa. Car elle est morte, Ghislain en est sûr, il le sent. Un père sent ces choses.

Nouilles japonaises déshydratées pour tout le monde, dans des bols dépareillés servis aux invités en tailleur par terre. Askip a l'air ravi, Najwa renonce à utiliser sa cuillère après y avoir repéré des résidus de sauce tomate séchée. Elle tente d'aspirer le bouillon sans toucher les bords du bol, douteux. Sa valise est posée non loin, les chiens de leur hôte tournent autour, Najwa a peur qu'ils pissent dessus et ruinent ses seules fringues. Les surveiller lui coupe l'appétit, qu'elle n'avait déjà pas grand. Les stores sont baissés sur demande d'Askip, afin qu'aucun voisin n'identifie Najwa par les fenêtres. Le temps de tirer sur sa queue de cheval, elle pose le bol de pâtes sur le sol, trois secondes qui suffisent à ce qu'un chien vienne le laper.

Najwa ne pourra pas vivre cette vie très longtemps. 24 heures, tout au plus. Il lui faut un plan. Un dernier plan. Elle pousse le bol vers le chien pour lui signifier qu'elle le lui offre, maintenant qu'il a bavé dedans. Le maître pousse de hauts cris en la voyant, supplie Najwa d'arrêter. On ne donne pas cela à un chien! Najwa trouve le reproche gonflé de la part de quelqu'un qui nourrit ses potes avec ces mêmes pâtes, mais elle se retient de le souligner. Il lui faut un plan. Une bombe atomique. Elle n'a qu'à contacter Victor Arojo et lui raconter la vérité. Le plan de reboot de Van Buiten. Avec Askip à ses côtés pour étayer tout cela, le journaliste les prendra forcément au sérieux…

Un des Oradars locaux déboule paniqué dans l'appartement avec un message urgent en provenance du Mans: les gendarmes ont débarqué chez Jipé et arrêté tout le monde, Fouinasse, Maxime, jusqu'au dernier campeur. Il n'y avait que très peu de matériel informatique à saisir, les gendarmes ont tout pris. Le chien regarde inquiet, oreilles basses, l'étrange personne sans cœur qui donne des pâtes et les reprend. Étrange personne qui s'agite et cherche son portable jusqu'à ce qu'elle se souvienne être chez un Oradar. Coupée du monde. Najwa voudrait appeler Victor Arojo tout de suite et tout faire péter.

Dans l'ultime épisode:
Nous découvrirons le dénouement de l'intrigue puisque ce sera la fin. Merci pour votre fidélité au fil des mois, ne ratez pas le dernier rendez-vous!

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