Politique

Le fantôme d'Aglaé

Temps de lecture : 13 min

[Épisode 17] Ghislain et Najwa doivent gérer la nouvelle du décès du tout premier Totem, la chanteuse Aglaé. Les circonstances étranges de sa mort donnent lieu à différentes interprétations.

Ghislain ne cesse de penser à la mort d'Aglaé. Les Oradars avait raison: le couperet s'est mis à tomber. | Nicolas Balas 
Ghislain ne cesse de penser à la mort d'Aglaé. Les Oradars avait raison: le couperet s'est mis à tomber. | Nicolas Balas 

Résumé des épisodes précédents:
Après les révélations des Oradars sur les dérives de Pivi, Najwa et Ghislain ne savent s'ils peuvent continuer à collaborer avec le système. Ce serait immoral, pense Najwa, et dangereux pour leur sécurité, ajoute Ghislain. Dans le train pour Lyon, en plein atermoiement, alors qu'ils doivent gérer des journalistes de plus en plus pressants, ils apprennent le décès étrange de la chanteuse Aglaé, tout premier Totem.

«À titre personnel, j'aime mieux lorsque les gens s'expriment par eux-mêmes. Ça peut donner de bonnes nouvelles.»
— Joann Sfar, Sfar, c'est arabe? (2018)

Les trois journalistes invités dans le wagon lâchent Ghislain pour se ruer sur leurs portables: la nouvelle du décès d'Aglaé s'est répandue en quelques secondes. Sur les réseaux, les principaux comptes d'actualité relaient l'info sans plus de précisions pour l'instant: la chanteuse s'est effondrée à l'aéroport Orly-Jacques-Chirac, victime d'une crise cardiaque. D'aucuns accusent le portique de sécurité de l'avoir électrocutée, d'autres expliquent que c'est impossible… Dans la confusion, Ghislain met fin à l'entretien et demande aux journalistes de quitter le compartiment réservé au Totem. Victor Arojo ne se laisse pas éconduire aussi facilement:

Victor On n'a même pas parlé de ce wagon privatisé! Vous comptez prendre l'habitude de ces dépenses somptuaires?
Ghislain Somptuaires? Je suis en train, calmez-vous mon vieux. Nos anciens prenaient le jet.
Victor Ça reste une dépense inutile. Nos lecteurs ne comprennent pas, un jour vous parlez d'abattre le système, le surlendemain vous en profitez ouvertement…
Ghislain Vos lecteurs ont d'autres chats à fouetter, croyez-moi. Présentement, je parie qu'ils veulent tout savoir sur la mort étrange d'Aglaé. Alors, pour le wagon, dites-vous qu'avoir un humain à qui parler coûte forcément un peu…

Macha et Alexis ont déjà été poussés dehors, Victor résiste de son grand corps au milieu de l'allée mais Ghislain insiste: le train arrivera à Lyon dans une heure, le discours pour l'inauguration de la Biennale n'est toujours pas écrit, le Totem a besoin de calme. Najwa, blême, sort du compartiment avec Victor, l'agent de sécurité lui ménage un passage à travers les journalistes, elle atteint les toilettes et s'y verrouille. Ghislain se retrouve seul avec vingt-huit sièges. Il devine la cohue, dehors, sur la plateforme, à travers le verre dépoli de la porte qui se referme. Il pianote nerveusement pour en savoir plus sur la mort d'Aglaé. Alors qu'elle partait enregistrer un album anti-Pivi, un brûlot, claironnait-elle partout…

Ghislain ne croit pas aux coïncidences, surtout pas en politique. Les Oradars ont raison, réalise-t-il dans un frisson: le couperet s'est mis à tomber. Il s'allumerait volontiers une cigarette, mais privatiser un wagon n'arroge pas le droit d'y fumer. Les capteurs de fumée auraient vite fait de le moucharder. Dehors, par la fenêtre, des champs, quelques rares troupeaux de vaches, des villages déserts… Que Najwa soit enfermée dans les toilettes rend Ghislain parano. Si elle s'isole, c'est forcément qu'elle gère avec Van Buiten la suite des événements. Elle l'a trahi. Lui, son père. Il est sans doute le prochain sur la liste. Il s'enfonce dans son siège. Peut-être devrait-il rappeler Victor, rester entouré de journalistes en permanence: Pivi n'osera pas l'exécuter en public. Quoi que… Aglaé est tombée en plein aéroport. Et Najwa qui ne sort pas des toilettes... Ghislain lisse ses cheveux en arrière à plusieurs reprises sans y trouver l'effet apaisant escompté.

Dans l'escalier, Victor Arojo doit pousser les journalistes massés en mêlée compacte. Progresser vers l'étage supérieur du TGV, là où l'attend sa place, relève du rugby. Ses collègues ne l'aident pas. Ils le regardent de travers, lui qui a eu accès au Totem, alors qu'eux doivent expliquer à leur chef qu'ils ont échoué à glaner la moindre réaction officielle. Victor n'en sait pourtant guère plus qu'eux. Lui non plus n'a aucune citation à envoyer à sa rédaction à propos du décès d'Aglaé. Coup de coude. Il sait que la jalousie n'est jamais rationnelle, alors à quoi bon s'expliquer. Coup de micro dans l'arcade. Encore deux béquilles et le voilà à l'étage. Le couloir est lui aussi engorgé par la presse, mais il parvient à rejoindre sa place. Le petit Alexis Pratin l'a suivi: son siège est juste à côté de celui de Victor. Sur sa page Whuzz, Pratinfos, il appelle les techniciens des aéroports à témoigner. Il bloque sur cette histoire de portique.

Alexis Comment un équipement de sécurité pourrait-il électrocuter quelqu'un? C'est impossible, nous sommes d'accord?
Victor A priori, oui... À moins que quelqu'un ne détourne son utilisation. Ou balance un coup de taser au moment précis où Aglaé passe sous le portique… J'ai lu «crise cardiaque», ils ont trouvé des traces de brûlures pour parler d'électrocution?
Alexis Il y a une seule vidéo qui circule pour l'instant, mais la meuf filmait sa valise, on ne voit Aglaé qu'au second plan. Regarde, elle sursaute en passant sous le portique, se tient le bras, convulse une seconde et tombe. Après on ne la voit plus, un groupe passe et cache tout.
Victor Chelou…

Les salons de l'Hôtel de Ville lyonnais embaument si fort la cire à bois que le champagne y prend un goût de savon au propolis. L'odeur vient-elle du parquet marqueté, des meubles baroques, des frises, des cadres sur les murs? Le décor est chargé, Najwa se croirait dans un Disney de Noël, tout y dégouline et englue les narines. Elle se sent mal. Quand s'arrête le bois ciré vient le brillant des dorures, surplombés par des lustres gros comme des arbres en feu, racines au plafond, qui éclairent des bas-reliefs mélodramatiques où se tordent des personnages mythiques dont les noms échappent à Najwa. Elle constate pourtant que les artistes de l'époque maîtrisaient ce que le XXIe siècle appelle le storytelling: un fait-divers, un brin de drama, de solennité, hop, ils en faisaient un symbole républicain. L'ancêtre mural et figé des éditos vidéo.

Najwa veut rentrer à l'hôtel. Blême, elle se répète qu'il n'y a plus personne de vraiment important, de toute façon, dans une mairie. Les roitelets locaux sont passés à l'échafaud. À leur place, ce soir, dans les salons en enfilade: le conservateur du musée d'art moderne –costume jaune déstructuré, afin d'exposer clairement au monde sa folie créative–, d'autres conservateurs d'autres musées lyonnais apparemment plus classiques, des galeristes qui s'évaluent les uns les autres en plissant les yeux comme devant un tableau, quelques artistes encerclés de curieux les pressant de questions stupides, une poignée d'hommes d'affaires dont les rires font comme une tache de gras sur la soirée, un artisan fourreur et deux dentistes se piquant d'être mécènes à leurs heures perdues.

En retrait, près des portes, un prof d'arts plastiques de Vaulx-en-Velin et sa classe de banlieusards intimidés par l'apparat. Najwa se garde bien de leur dire qu'elle vient de chez eux, elle ne voudrait pas que les autres convives la cataloguent. Et puis elle manque trop d'enthousiasme pour les ronds de jambes. Près du buffet, rôdent enfin quelques responsables techniques de la mairie, geeks embarrassés de n'avoir rien à dire au sujet de l'art contemporain, par force concentrés sur le pâté-croûte et autres merveilles du traiteur. Rien de bien méchant, se rassure Najwa. Personne, en tout cas, susceptible de lui péter un scandale national parce qu'elle va zapper le cocktail de bienvenue.

Ghislain la voit se défiler. Lui, depuis le premier toast, se demande qui va sortir un flingue et l'assassiner. Il n'a pas touché à sa coupe possiblement empoisonnée. Il glisse d'un air contrit qu'il n'avait pas prévu ce pince-fesse et doit s'éclipser. Les élèves de Vaulx-en-Velin choisissent ce moment pour oser l'approcher et lui demander des selfies. Ghislain, sourire éteint, se prend deux ou trois flashes dans la face tout en partant à reculons vers la sortie, lentement mais inexorablement. Le voilà dehors.

Sur le parvis, Najwa commande un taxi. Ghislain l'invite plutôt à profiter avec lui du chauffeur que la Biennale met à la disposition du Totem. Les deux connaissent l'adage: «Toujours garder ses ennemis près de soi.» Elle annule sa course et monte dans la berline. L'organisation leur avait proposé des suites dans le complexe d'art contemporain de l'Hôtel-Dieu rénové, Ghislain avait catégoriquement refusé de dormir «là où s'étaient déversés des torrents de pus durant des siècles, où des millions de malades avaient exhalé leur dernier souffle vicié». Les chambres avaient l'air tellement classe sur les photos, Najwa aurait fait abstraction des bubons, mais Ghislain avait exigé le Sofitel. C'était l'époque où il jouait encore la diva, avant qu'il flippe, avant les Oradars et la mort d'Aglaé... Il surveille Najwa du coin de l'œil, elle regarde ostensiblement par la fenêtre pour ne pas avoir à lui parler.

La voiture descend les quais du Rhône. À leur gauche, le fleuve, qui scintille en contrebas. Sur leur droite, l'imposante façade de l'Hôtel-Dieu, qui leur cache le soleil qui décline. «Temple magnifique élevé à la fièvre, avait dit je ne sais plus quel empereur d'Autriche», renseigne le chauffeur à qui l'organisation a dû demander de faire guide touristique au passage. Bzz bzz. Le téléphone de Ghislain vibre, il le range prestement dans sa poche en voyant le nom de l'appelant. Najwa n'y prête pas attention, concentrée sur un genre de Big Ben coiffé d'un dôme orthodoxe qui surveille l'entrée de la place Bellecour. «Le clocher-tour de l'ancien hôpital de la Charité», renseigne fièrement le chauffeur.

Elle ne l'avait jamais remarqué, il se découpe pourtant nettement, dominant l'espace de sa hauteur flamboyante. Ils ont dû changer l'éclairage... Bzz bzz. Le vibreur de Ghislain insiste, il l'étouffe dans sa poche comme une mouche. Les yeux de Najwa passent de l'opulence du XVIIIe siècle à un immeuble de style soviétique, long comme un hiver russe, puis une courbe, la voiture avance encore dans le temps via une rampe d'accès très années 1970 qui permet aux hôtes du Sofitel de garer leur véhicule quasiment dans le hall d'entrée. Devant le guichet. Bzz bzz. Najwa n'a jamais été fan de l'architecture du lieu. Vouloir déguiser une tour HLM en palace de Las Vegas, quelle idée... Bzz bzz. Dans l'immense hall se côtoient différents éléments de décoration, différents styles picorés à travers les âges, pour un résultat étonnamment répugnant. Un employé leur tend leurs cartes magnétiques pour accéder à leurs suites respectives. Najwa et Ghislain prennent l'ascenseur ensemble sans que leurs regards ne se croisent, malgré les miroirs.

Ghislain On fait quoi des papiers d'Askip?
Najwa Je ne sais toujours pas. Et vous êtes la dernière personne avec qui je veux en discuter.
Ghislain Peut-être, ma petite, mais on se retrouve embarqués dans cette histoire tous les deux et…
Najwa Pas de «ma petite».
Ghislain Écoute, je ne t'impose rien, je ne déciderai rien sans toi. Les papiers sont en sécurité, on fera comme tu le voudras, quand tu le voudras.

Najwa relève un peu la tête, son regard méfiant croise enfin celui, cerné, de Ghislain.

Ghislain Quand tu seras prête.

La fatigue donne au vieux bonimenteur un air sincère. Najwa est toujours touchée quand on lui témoigne de la confiance, c'est plus fort qu'elle. Elle sait en tout cas gré à Ghislain de ne pas ajouter à la pression ambiante. Elle le remercierait presque à haute voix… Heureusement les portes de l'ascenseur s'ouvrent dans un tintement de clochette suranné. Sans plus un mot, ils bifurquent chacun dans un couloir différent.

Les derniers fêtards ont quitté le Dandy's il y a un quart d'heure, Boris finit de ranger les chaises, éteint la salle et débranche à l'entrée le portique de sécurité. Après ce qui est arrivé à Aglaé, ce soir certains clients ont refusé de passer dessous. Boris a dû leur expliquer que c'était obligatoire, ça a fait toute une histoire. Ghislain avait prévenu: les gens deviennent tendus sous cet Algorithme. Se sentir espionné par un truc pas humain, ça rend agressif. Et ce n'est pas bon pour les affaires, tous les barmen de Châtelet le disent.

Une fois sorti, sous l'œil amusé des soulards de la rue des Lombards, ceux qui parviennent encore à ouvrir un œil, Boris baisse le rideau métallique et y ajoute un gros cadenas dont il glisse la clé dans sa poche. Sa collègue a le double, elle pourra rouvrir le Dandy's dès 6 heures du matin. Pour rentrer chez lui, Boris n'emprunte que des rues pavées, d'ordinaire assez jolies, beaucoup moins romantiques depuis que les gens y traînent, de plus en plus en tard, même en semaine. Pas par grappes festives et joyeuses, plutôt des individus esseulés, paumés, qui ne savent pas trop ce qu'ils sont venus chercher dans le quartier. Le chômage explose à cause des économies faites par Pivi. Pas mal de profs, par exemple, sont venus boire leur dernière paye à son comptoir. Boris les voit encore le soir errer dans le coin, mais ils ne consomment plus en salle. Direct à la bouteille, dans la rue, pour une cuite au meilleur prix. Ces gens savent compter.

De plus en plus de clients demandent à Boris comment devenir barman. Même sa mère, qui a toujours désapprouvé cette carrière de dépravé nocturne, en fait aujourd'hui une fierté. Son fils a senti le vent venir, toujours un coup d'avance celui-là, fin stratège, limite prophète… Tout cela depuis qu'une émission sur Whuzz a organisé un «grand concours des métiers qui resteront tenus par des humains». Barman l'avait emporté.

Boris n'est pas certain de la fiabilité de leurs calculs, mais leur démonstration était assez convaincante. Le fantasme du bar du futur entièrement automatisé, avec des tapis roulants comme pour les sushis dans les restaurants japonais qui passeraient au milieu des tables et vous apporteraient votre boisson cahin-caha, c'est mort. Le robot capable de servir ces boissons devait maîtriser toutes les recettes de cocktails, les réaliser assez vite pour tenir le rythme des commandes, les distribuer sans se tromper ni renverser: rien qu'à l'achat, cette machine coûterait plus cher que trois générations de barmen. Ajoutez sa maintenance, assurée par un technicien spécialisé, donc hors de prix. Un autre pour approvisionner quotidiennement le robot en différents alcools. Ajoutez encore celui qui va assurer la sécurité du local, un minimum de surveillance. Manque encore l'entretien, un coup de chiffon sur les tables et de serpillère par terre. Bilan: le serveur humain a encore de beaux jours devant lui. L'homme l'a emporté sur la machine. Enfin, l'homme... L'étudiant cumulant trois petits boulots pour survivre l'a emporté sur la machine.

Il tire le loquet à fond avant de pousser de l'épaule la porte pour entrer dans le studio sans qu'elle ne grince: c'est sa technique pour ne pas réveiller son copain qui dort profondément à cette heure avancée. Boris faufile sa carcasse massive dans le noir jusqu'à la cuisine, en évitant de mémoire l'emplacement du guéridon, et n'allume qu'une fois la porte refermée. Il a encore toute une liste de questions de Pivi auxquelles répondre avant midi s'il veut toucher ses 80 euros d'aide au logement. Ce doit être un détail qui échappe à sa mère et à tous les admirateurs du Grand concours des métiers humains. Malgré l'engouement qui entoure soudain la profession, le salaire de barman reste une misère. «Ou plutôt à cause de l'engouement», soupçonne Boris… Trop de candidats pour avoir des exigences pécuniaires. Il allume l'appli avec une certaine appréhension.

La teneur des questionnaires a déjà fait renoncer aux aides sociales pas mal des amis de Boris. La dernière fois, il a eu droit à une inspection de «la fréquence et la consistance de ses selles» et autres joyeux détails «en rapport avec sa consommation d'energy drinks». Fuck. Boris est un baromètre derrière son comptoir. De l'avis général, le système devient beaucoup trop intrusif. Trop de questionnaires obligatoires, auxquels il faut répondre de plus en plus vite, sur des sujets de plus en plus intimes, pour des aides de plus en plus modiques… Il clique. Cette fois, on lui demande s'il allume des bougies chez lui. «Au moins, c'est pas scabreux.»

Suivent des questions sur les profs qui bloquent Paris avec leurs manifestations quotidiennes. Non, ça n'embête pas Boris plus que ça, il part travailler à pied. Son téléphone vibre. Par SMS, Ghislain lui demande: «Est-ce fait?» Non, ce n'est pas fait, Boris a oublié. Les papiers sont dans son sac, il les y a glissés en fin d'après-midi, après les avoir exhumés de la cave dès que Ghislain l'a contacté. Mais Boris n'a pas eu l'occasion d'aller au bout de la mission. Les clients du Dandy's auraient trouvé ça louche. «Des papiers, de nos jours, attirent déjà l'attention, alors y foutre le feu…» Boris se demande d'ailleurs comment il va faire, même seul dans cette cuisine. S'il fait flamber le dossier dans l'évier, le meuble au-dessus va cramer avec. Il fouille les placards en mettant un temps fou: il prend mille précautions pour que rien ne claque ni ne couine. Il finit par sortir la cocotte-minute rangée sous l'évier, la pose au milieu de la table, ouvre grand la fenêtre, prend un briquet et commence à brûler page après page dans la cocotte. L'une après l'autre, elles lâchent un panache de fumée qui embrume la cuisine avant de sortir en longeant la façade de l'immeuble. Boris prie pour que les voisins n'appellent pas les pompiers. Il jette un œil à ce combustible: des lignes et des lignes de codes.

Il pourrait peut-être, en prenant le temps, déchiffrer ce qu'on y raconte, son copain en tous cas le pourrait à coup sûr, mais Boris s'en fout. Il fait peut-être une bêtise en ce moment, quelque chose de moralement répréhensible. Il s'en fout aussi. Il n'aide pas Ghislain parce qu'il pense que c'est quelqu'un de bien. Il aide Ghislain parce que Pivi va beaucoup trop loin. Il est temps de mettre fin à cette expérience. «Est-ce fait?» Qui envoie des textos pareils? Quel pédant, ce vieux Neuville! Boris vérifie l'heure d'envoi du message d'avant, celui qui disait: «Je suis dans le train pour Lyon, je ne peux pas m'en occuper personnellement mais brûle tout. Brûle tout. Vite.»

C'était une heure après la mort de la petite chanteuse. Il n'a pas fait le lien sur le coup, la coïncidence est tout de même étrange… Boris aime croire à la poésie du hasard, mais avec Ghislain, il se méfie. Encore une dizaine de feuilles à brûler. Chacune leur tour, filant au plafond, elles dessinent à grosses volutes des contours spectraux.

Plane ici comme ailleurs le fantôme d'Aglaé.

Dans le prochain épisode:
Pour inaugurer la Biennale d'art contemporain, Ghislain prépare un discours mi-figue, mi-raisin (la presse dira «contradictoire»): un algorithme comme curateur, est-ce la «fin de l'élitisme gonflant» ou «la mort du dernier refuge du pur génie humain»? Najwa, hésitant toujours à révéler à la presse les dérives totalitaires de Pivi, finit par trancher.

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