Sans diplôme ni emploi: la jeunesse invisible cherche sa place
Société

Sans diplôme ni emploi: la jeunesse invisible cherche sa place

Temps de lecture : 14 min
Léa Polverini Léa Polverini

En Occitanie, les ​Écoles de la 2e Chance​ de Toulouse et Rodez offrent aux jeunes en décrochage un espace pour se reconstruire.

Union is Strength est un concours de journalisme européen organisé par Slate.fr en partenariat avec la Commission européenne. Quarante journalistes, français et européens, ont été sélectionnés pour rédiger en équipe des articles sur des projets financés par l'Union européenne en Europe. Un regard croisé sur ce que peut faire l'UE dans ses régions.

À Toulouse et Rodez (France).

«De mon parcours, je suis fier. D'en être arrivé là, et de ne pas avoir fini sous un pont à pleurer, en prison, en psychiatrie ou à la rue, c'est quelque chose.» Pendant des années, Valentin a enchaîné les petits boulots et les galères. Placé à la DDASS à l'âge de 6 ans, déscolarisé et ballotté entre le foyer et une famille d'accueil peu scrupuleuse, il entre dans la vie d'adulte, encore adolescent, par la petite porte des choix qui n'en sont pas: «J'étais à la campagne, dans le Gers, il n'y avait pas beaucoup de débouchés à part le bâtiment ou les canards, donc j'ai choisi le bâtiment, mais je ne voulais pas faire ça, je l'ai fait par nécessité.»

Un jour, sa conseillère Pôle emploi lui parle de l'École de la 2e Chance (E2C), à Toulouse. Cet établissement, qui a ouvert ses portes en 2004, accompagne les jeunes en décrochage et œuvre à leur réinsertion socio-professionnelle. En quelques mois, Valentin suit un parcours de remise à niveau, obtient plusieurs stages, et se retrouve à travailler à l'Institut des Jeunes Aveugles de Toulouse. «Depuis longtemps j'avais comme projet de devenir moniteur-éducateur, mais je ne savais pas comment faire les démarches. Plus tard, j'aimerais travailler dans une Maison d'Enfants à Caractère Social, mais je pense que c'est trop tôt, je n'ai pas encore la maturité pour ça», explique celui qui a désormais 26 ans, et semble enfin avoir trouvé sa place.

Il faut remonter au milieu des années 1990 pour voir l'émergence, en France et en Europe, d'un projet de réinsertion des jeunes sortis du système scolaire sans formation. C'est un livre blanc de la Commission européenne, Enseigner et apprendre: Vers la société cognitive, présenté par Édith Cresson en 1995, qui lance les bases d'actions futures. «L'idée était de créer des Écoles de la 2e Chance qui seraient des dispositifs partant du terrain, de volontés politiques locales, fédérant autour d'elles des initiatives, des réseaux d'acteurs, de partenaires et d'entreprises, pour proposer des prises en charge différenciées et accompagner ces jeunes pour qui l'école n'a pas été une solution, de manière à ce qu'ils puissent s'insérer dans la société de la connaissance», résume Marc Martin, le directeur de l'E2C Toulouse. Elles sont aujourd'hui 135 sur le territoire français, portées par les collectivités territoriales.

En sortant du foyer pour mineurs où il avait été placé, Mathieu, 19 ans, a intégré l'E2C Toulouse, et a commencé à s'orienter vers le secteur de l'animation. Le 16 mars 2022. | Léa Polverini

Ces écoles permettent de réparer les torts causés par un système scolaire imparfait qui, sous couvert de méritocratie et d'égalité des chances, ne conduit en réalité qu'à l'exclusion différée des élèves les plus précaires. Dans Les Héritiers, Pierre Bourdieu notait déjà que l'école reproduit les inégalités sociales sous forme d'inégalités scolaires. L'École de la 2e Chance rattrape ces exclus: «On passe notre temps à péter la gueule aux plafonds de verre», assure Marc Martin.

Si la précarité étudiante s'est peu à peu imposée dans le débat public au début de la pandémie de Covid-19 à mesure que l'on voyait les files d'attente s'allonger devant les points d'aide alimentaire, une autre partie de la jeunesse restait sous les radars, invisible. Une jeunesse sans accès ni aux formations, ni à l'emploi, et qui se débat dans le labyrinthe administratif, quand encore elle s'y retrouve: ce sont celles et ceux que l'on appelle les NEET, de l'anglais «Neither in Employment nor in Education or Training».

En 2019, ils représentaient 12,9% de la population des 15-29 ans en France hors Mayotte, soit environ 1,5 million de jeunes, dont une majorité de femmes, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne européenne (12,5%), mais loin derrière les Pays-Bas, (seulement 5,7%).

«Nos darons savaient qu'ils pourraient entrer dans une entreprise et y rester toute leur vie. Nous, maintenant, on vit dans l'incertitude: il y a le Covid, la guerre... Le monde entier stresse, lance Valentin. Pour moi, le foyer c'était la jungle. Ça te fait grandir vite, mais ça te détraque. Heureusement, il y a des gens qui nous ont fait croire que c'était possible de s'en sortir. C'est ces gens-là qui t'aident, en te disant que t'es pas si différent des autres.»

Nicolas Guibal (au centre) transmet le planning du lendemain à Athénaïs (à droite), qui effectue son service civique à l'E2C Rodez. Dans la salle des formateurs, l'ambiance est à la fois électrique et détendue, rythmée par les allées et venues de chacun, et les coups de fil aux entreprises et aux élèves. Le 15 mars 2022. | Léa Polverini

Trouver une stabilité

À l'E2C, tout est fait pour permettre aux jeunes de choisir la voie qu'ils veulent emprunter: l'orientation n'est plus vécue comme une sanction, ce qui conduit à de meilleurs résultats. La découverte des métiers et la multiplication des expériences y est favorisée via des ateliers, des rencontres, des stages, des formations ou des alternances, manière de faire tomber les barrières de l'autocensure, ou de la simple méconnaissance de ce qui existe. C'est qu'avant de pouvoir bâtir un avenir, il faut travailler à abattre les obstacles qui ont pu s'élever sur le parcours de chacun, et qui représentent des blocages tant matériels que psychologiques.

Âgés de 16 à 30 ans, les élèves qui arrivent à l'E2C sont pour la plupart engoncés dans la précarité, et éprouvés par des histoires difficiles: déscolarisation précoce, explosion de la structure familiale, violences physiques, sexuelles, isolement, handicap, addictions, surendettement, exil… «Rien n'est stable dans l'environnement des jeunes qu'on accompagne. Ici, ils trouvent un lieu, des repères, on va les prendre en considération», explique Béatrice Daunay, responsable des formations et des relations avec les entreprises à l'E2C Toulouse. «Notre plus-value, c'est de pouvoir les suivre, en créant une relation de proximité, de confiance. Le parcours à l'École, c'est du tricotage individuel. On est un sas d'adaptation et de préparation à une vie professionnelle stabilisée», résume-t-elle.

De fait, les premiers mois passés à l'École permettent de mettre à plat le profil et les difficultés de chaque jeune, pour jeter les bases d'un nouveau départ. «On commence par un diagnostic social: il faut s'assurer que tous leurs droits sont ouverts, réaliser un bilan de santé, et identifier les problèmes personnels et sociaux auxquels ils peuvent faire face. On dresse également un diagnostic pédagogique, pour voir où ils en sont au niveau des savoirs de base en français, communication, mathématiques et informatique. Expliquer aux élèves qu'il existe différents types d'intelligence, ça les déculpabilise de leur échec scolaire», relève Béatrice Daunay. Marc Martin abonde dans son sens: «J'ai tendance à dire que l'échec scolaire, ils l'ont vécu mais n'en sont pas responsables: c'étaient des enfants, et le système n'a pas su faire.»

Valentin a désormais son propre appartement avec son chat au centre de Toulouse. Il a reconstruit autour de lui un environnement apaisé, et a retrouvé sa mère, qu'il voit régulièrement et tâche de rendre fière en préparant son diplôme de moniteur-éducateur. Le 17 mars 2022. | Léa Polverini

Cet échec du système représente aussi un coût considérable pour la société, rappelle Marc Martin: «C'est un coût économique, puisque c'est autant de compétences et de main d'œuvre non-disponibles pour les entreprises; c'est aussi un coût social, qui a été chiffré à 230.000 euros par jeune, en termes de compensations, de réparations etc.; et c'est surtout un coût humain, pour ceux qui le vivent.»

S'engager dans le temps

À l'E2C Toulouse comme à Rodez, où une seconde branche occitane a ouvert en 2017, les équipes pédagogiques prennent soin de ne jamais dévaloriser les élèves, pour travailler à reconstruire une estime de soi qui bien souvent manque à ces derniers. Tous ont été formés à la méthode ADVP (Activation du Développement Vocationnel et Personnel), développée au Québec dans les années 1970, et qui repose principalement sur une éducation au choix, visant à terme une orientation professionnelle et personnelle. Bien qu'ils relativisent certains présupposés de la méthode, les formateurs s'en servent comme point de départ pour aider leurs élèves à s'émanciper des déterminismes sociaux qui les brident.

Embauché à l'E2C Rodez en 2020 pour assurer le lien entre les élèves et les entreprises, Nicolas Guibal, un ancien commercial, a vite constaté l'écart entre l'idée qu'il se faisait de l'insertion professionnelle et sa mise en œuvre pratique: «Je ne m'attendais pas du tout à ça. Dans ma tête, j'imaginais des jeunes un peu perdus, en galère, et je me disais “on va recadrer tout ça, ça va être vite fait bien fait…” Avec le temps, je me suis aperçu qu'on va tous à des vitesses très différentes sur la compréhension, l'acceptation de la situation et notre capacité à avancer.»

Les salles de l'E2C Rodez ont été aménagées pour casser la disposition classique des salles de cours. Ici, des élèves en début de parcours se préparent à entamer leur premier stage. Titouan (deuxième en partant de la gauche), le plus jeune élève de l’École, envisage à 16 ans de devenir couvreur, après avoir longtemps aidé à la ferme son père agriculteur. Le 15 mars 2022. | Léa Polverini

De fait, la question du rythme est au centre des préoccupations des E2C occitanes, qui visent une insertion durable. Le programme y dure en théorie neuf mois, et en pratique autant de temps qu'il en faut pour que chacun puisse voir son projet aboutir. «On individualise chacun des parcours. Le programme change toutes les semaines pour un jeune, on l'ajuste en permanence à sa situation. Au bout de neuf mois, si on les laisse seuls, tout le travail effectué peut tomber à la poubelle, donc on garde un suivi sur le long terme», précise Béatrice Daunay.

Ludovic peut en témoigner, lui qui avait quitté l'École de Toulouse en moins de trois mois pour poursuivre une formation d'électricien entre Enedis et le Centre de formation d'apprentis (CFA) de Toulouse, et qui est retourné à l'E2C récemment après un incident ayant mis en péril sa formation. À quelques mois de l'obtention de son BTS, des camarades de promo obtiennent son renvoi à la suite d'une altercation sur fond de racisme. Son employeur le soutient, mais ce n'est pas suffisant:

«On m'a catégorisé violent. Ça fait cinq ans que je suis dans ce CFA, je n'ai même pas essayé de me défendre. Ces deux dernières années c'était très compliqué, j'y allais la boule au ventre, c'était fatiguant, et moralement épuisant. Des élèves se sont plaints que je mettais une mauvaise ambiance dans la classe parce que je n'étais pas intégré, il y a eu une forme de harcèlement, on m'a traité d'animal… Quelqu'un de plus faible aurait sauté d'un pont, je pense», raconte ce Guyanais de 30 ans, qui se souvient avoir découvert le racisme en arrivant en métropole. «Je ne savais pas ce que ça voulait dire avant. J'ai vite compris que je n'étais pas chez moi, même si je suis chez moi. Il y a toujours des petits regards. Quand on me voit au premier abord, je ne suis pas Français mais “Africain”. On me prend pour un ogre. Moi je sais que j'ai le droit d'être là, je refuse de me mettre des barrières, mais si j'avais su ce qui m'attendait, j'aurais tout fait pour ne pas venir.»

L'E2C Toulouse laisse une salle à disposition de Ludovic pour qu'il puisse préparer son BTS électrotechnique. Quand il a besoin d'un coup de main en maths, il peut compter sur ses anciens formateurs. Le 14 mars 2022. | Léa Polverini

En dépit de ses derniers déboires, Ludovic reste optimiste pour la suite: «Je travaille en autonomie pour finir mon BTS, et si j'y arrive, ce sera par moi-même. J'aurai réussi quelque chose d'assez grand. Maintenant quand je me réveille, je suis tout content de venir à l'École. Finalement, ça m'a donné encore plus de force. Je me dis que si autant de monde me veut du mal, et que d'autres sont prêts à me soutenir, c'est que je vaux quelque chose.»

Un souffle européen

Les jeunes qui passent par l'E2C sont nombreux à avoir fait l'expérience d'un déracinement, qu'il s'agisse d'enfants placés, de Français d'outre-mer venus en métropole, d'immigrés ou d'exilés qui viennent d'arriver en France ou peinent depuis plusieurs années à y trouver une place. Hamida, elle, est arrivée en France il y a cinq ans. Après son mariage, elle est passée de Relizane, au nord de l'Algérie, aux tours de Bagatelle, dans la périphérie de Toulouse. «Je ne parle pas bien français, s'excuse-t-elle d'emblée. J'aimerais bien découvrir des endroits à Toulouse, apprendre la langue… Mon mari est assez strict, avant je ne sortais pas, je restais à la maison, je m'ennuyais.»

Depuis qu'elle a intégré l'E2C sur les conseils d'une amie, elle a ouvert un compte en banque, et convaincu son époux de la laisser sortir. Mais celle qui était coiffeuse-maquilleuse en Algérie n'a essuyé que des refus de la part des salons d'esthétique où elle s'est présentée, et a dû se tourner vers les ménages. À terme, Hamida voudrait travailler dans des crèches, avec les enfants, mais pour l'heure, elle s'inquiète de savoir si elle peut demander lors des entretiens d'embauche à garder son voile qu'elle n'ose nommer pour travailler.

L'École de la 2e Chance permet aussi de réduire l'écart entre les enfants de parents nés en France métropolitaine et les autres, qui réussissent moins bien à l'école notamment à cause des difficultés d'apprentissage de la langue, de leurs conditions de vie, et du fait que leur famille ne maîtrise pas les arcanes du système scolaire. Le problème des NEET ne peut donc être appréhendé à la seule échelle de la France, quoiqu'elle se distingue en Europe par l'élitisme de son système scolaire accroissant les inégalités entre les élèves, comme le révèle tous les trois ans le programme PISA.

En préparant leur venue au salon Travail-Avenir-Formation (TAF) de Toulouse avec la formatrice Sarah Degove, les élèves apprennent à se présenter lors d'un entretien d'embauche. Le 16 mars 2022. | Léa Polverini

En 1998, la première École de la 2e Chance ouvre ses portes à Marseille, et à partir des années 2000, l'Europe se met à financer des écoles dans toute l'UE. Chacune fonctionne selon son propre système, mais toutes s'attachent à monter des projets en commun, parfois tournés sur une mobilité internationale. En Occitanie, les E2C de Toulouse et Rodez reçoivent la majorité de leurs subventions de la région, du Fonds Social Européen (FSE) et de l'État.

De fait, le FSE a massivement investi dans l'insertion socio-professionnelle des NEET, notamment via l'Initiative pour l'Emploi des Jeunes (IEJ). Entre 2014 et 2020, c'est au total 781 millions d'euros qui ont été dévolus à la lutte contre le chômage des moins de 30 ans en France. Une somme conséquente, mais qui ne permet encore à ce jour que de soutenir environ 20% des NEET sur le territoire, quand près de 40% de ces jeunes, échappant au service public de l'emploi, ne sont pas même atteints par ces programmes.

Hors les murs

La force de l'E2C et de ses équipes, c'est aussi son intégration dans le tissu institutionnel et associatif de proximité, comme les missions locales, le Planning familial ou les ONG d'aide aux personnes migrantes. Angélina Plassant, formatrice chargée des relations entreprises à Rodez, a bien conscience des implications et des limites de son rôle auprès des jeunes qu'elle accompagne:

«Mon objectif, c'est de travailler avec des personnes pour leur apprendre à développer leur autonomie. C'est un métier de cœur, qui évidemment est usant, parce qu'on entend beaucoup d'histoires qu'il faut pouvoir porter, sans jugement, et qu'il faut faire en sorte de trouver un équilibre. L'idée, c'est de se dire qu'on a suffisamment de partenaires autour de nous pour pouvoir orienter les élèves sur des choses qui ne sont pas de notre ressort. On n'est pas médecins, pas psychologues, pas assistantes sociales, on est formatrices et coachs. Si on se laisse déborder par des choses qui ne nous incombent pas et qu'on n'est pas en capacité de tenir une situation, on peut aussi mettre un jeune en danger.»

Cela n'empêche pas pour autant les équipes de sortir du cadre de fonctionnement posé par l'École quand il le faut, et de donner un coup de main après 17h à celles et ceux qui en ont besoin. Ce fut le cas pour Nafida, Mahoraise d'origine comorienne de 23 ans, arrivée en métropole à l'été 2021, qui a atterri avec son époux et ses deux enfants dans un logement insalubre de Bellefontaine.

Originaire des Comores, Nafida a grandi chez sa tante, à Mayotte, où elle a subi des maltraitances et le racisme. Depuis son arrivée en métropole, elle cherche à reprendre une formation pour travailler dans le secteur de la petite enfance. Le 17 mars 2022. | Léa Polverini

En bas de sa barre d'immeuble, quelques jeunes traînent en attendant que le vent d'autan se couche et que les dealers viennent. On les retrouve dans la cage d'escalier, qui jettent un coup d'œil suspicieux à Nafida, avant qu'elle ne s'engouffre dans son appartement et referme la porte sur la forte odeur de cannabis. «Un jour, deux individus se sont présentés à ma porte et m'ont demandé si j'étais une squatteuse ou une locataire», raconte-t-elle. Le temps qu'elle aille chercher une facture pour prouver son statut, ils étaient repartis avec les clefs qui traînaient sur la commode à l'entrée. Passent alors les mois où des inconnus la harcèlent en sonnant à toute heure du jour et de la nuit, et s'introduisent chez elle en son absence, jusqu'à ce qu'une descente de police dans son appartement lui apprenne que l'ancien locataire était un trafiquant.

«J'avais porté plainte deux fois, ils n'avaient rien fait. Mon mari est militaire, il est rarement là, et moi j'étais toute seule avec mes deux enfants, j'avais peur tout le temps. Une fois ils ont défoncé la porte avec un marteau.» Alors qu'elle réclamait en vain un changement de serrure à son agence, ce n'est qu'au moment où l'E2C s'en mêle que de nouveaux verrous sont aussitôt posés. «On vit des choses terribles, on veut le dire, mais on a peur, et on nous écoute pas», se désole Nafida, qui se débat désormais avec les champignons qui ont recouvert les murs trop humides de l'appartement, et contre lesquels l'agence ne fait rien non plus. «Ils doivent penser: “La dame est petite, elle est noire, donc on peut faire ce qu'on veut.” C'est raciste, parce que quand des blancs ont un problème, ils ne restent pas en difficulté comme ça», constate-t-elle.

L'E2C est devenue pour Nafida une sorte de refuge, qui lui permet d'échapper quelques heures dans la journée aux blessures toujours vives d'un passé douloureux, et d'un présent trop anxiogène: «On nous traite tous de la même façon là-bas, et on nous accepte comme on est, personne ne fait jamais de blague sur nos origines. On nous dit que c'est possible de faire différents métiers, pour que tu puisses réaliser ton rêve.» Plus tard, elle voudrait travailler dans la petite enfance, et a déjà décroché deux stages en ce sens.

Pour la plupart des élèves de l'École de la 2e Chance, le chemin de la réinsertion socio-professionnelle est long et tortueux, tant ils partent de loin. Pour autant, l'École se félicite d'un taux de sorties positives de 70%, la majorité des élèves partant avec une formation professionnelle ou contrat de plus de six mois en poche, et la promesse d'un accompagnement durable de leurs anciens formateurs.

Cet article a été réalisé dans le cadre du concours Union is Strength qui a reçu le soutien financier de l'Union européenne. L'article reflète le point de vue de son auteur et la Commission européenne ne peut être tenue responsable de son contenu ou usage.

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