Politique / Sciences

Mon Europe à moi: «L'UE doit poursuivre ses efforts pour lutter contre la perte de biodiversité»

Temps de lecture : 5 min

L'Union européenne semble se focaliser sur la réduction des émissions de dioxyde de carbone. Quitte à oublier la perte de biodiversité massive.

«Protéger et restaurer la nature ne consiste pas seulement à sauver la faune.» | Marcos Paulo Prado via Unsplash
«Protéger et restaurer la nature ne consiste pas seulement à sauver la faune.» | Marcos Paulo Prado via Unsplash

Dans le cadre de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, où les citoyens de l'Union européenne (UE) étaient invités à imaginer et à bâtir le futur du bloc, Slate a lancé le projet «Mon Europe à moi». L'objectif: donner la parole aux jeunes Français et Européens, recenser leurs attentes et leurs demandes, et y faire réagir des spécialistes et des membres du Parlement.

La sixième excitation de masse est là, selon les scientifiques. Souvent laissée de côté face à la lutte contre le réchauffement climatique, la question de la préservation de la biodiversité n'en est pas moins capitale pour le futur de notre planète. Au moins un million d'espèces sont actuellement menacées d'extinction, selon le groupe international d'experts sur la biodiversité IPBES.

Surexploitation des ressources, changement climatique, pollution... les explications sont nombreuses et recouvrent de nombreux sujets dont l'Union européenne (UE) est en charge. La question intéresse fortement Joséphine, étudiante en commerce à Lyon, qui rêve «d'une Europe fédéraliste». La jeune femme, pro-européenne convaincue mais «désabusée», notamment «à cause du Brexit», attend des Vingt-Sept «une politique environnementale ambitieuse».

Sur la question de la biodiversité, «les animaux et les plantes ne s'arrêtant pas aux frontières, le cadre européen est tout indiqué comme champ d'action», explique Joséphine à Slate.fr. L'étudiante regarde d'un œil positif les politiques européennes à ce sujet, notamment les zones de protection Natura 2000, mises en place en 2002, ou encore «les programmes de réintroduction des espèces qui se font dans un cadre européen» et «qui fonctionnent».

«Il faut que l'UE poursuive ses efforts pour préserver la biodiversité.»
Joséphine

Pour en savoir plus sur la politique européenne de préservation de la biodiversité, Slate.fr s'est tourné vers Sabien Leemans, spécialiste des questions de biodiversité au WWF Europe, basé à Bruxelles en Belgique.

Slate.fr: Quelle est la gravité de la crise actuelle de la biodiversité à laquelle l'UE est confrontée?

Sabien Leemans: La situation est grave et ne fera qu'empirer, à moins que nous n'agissions réellement. Par exemple, plus de 80% des plantes cultivées en Europe dépendent de la pollinisation par les insectes, mais dans certains États membres, la population de pollinisateurs sauvages a diminué de 75% au cours des trois dernières décennies seulement.

Les espaces naturels protégés ne s'en sortent pas mieux. Quatre habitats naturels sur cinq et près de deux espèces sur trois couverts par la directive européenne sur les habitats sont en mauvais ou en très mauvais état. Par exemple, plus de la moitié des tourbières et des marais, qui ont la capacité de stocker beaucoup de carbone, sont en mauvais état. La crise de la biodiversité de l'UE est due en grande partie à la perte et à la fragmentation des habitats, à l'agriculture non durable et au changement climatique.

«La protection de nos espaces naturels restants ne suffira pas –nous devons aussi investir à grande échelle la restauration de la nature.»
Sabien Leemans, spécialiste des questions de biodiversité au WWF Europe

Pour inverser la tendance, nous devons non seulement faire un meilleur travail de protection de la nature, mais nous devons également la ramener sur de nombreux espaces... Qu'il s'agisse de réhumidifier les zones humides drainées, de supprimer les blocages de rivières ou d'assurer un espace suffisant pour la faune dans les fermes, la restauration de la nature à grande échelle peut changer la donne.

Quelles sont les prérogatives de l'UE en matière de politique de biodiversité?

En mars 2020, l'UE a adopté un plan décennal visant à remettre la biodiversité de l'Europe sur la voie du rétablissement d'ici à 2030. La stratégie de l'UE en matière de biodiversité pour 2030 contient des engagements sur des sujets tels que les zones protégées, l'agriculture biologique, la réduction des produits chimiques agricoles, l'arrêt du déclin des pollinisateurs... Il contient également l'engagement de fixer des objectifs juridiquement contraignants pour restaurer la nature dans toute l'UE.

Le programme Natura 2000, emblématique de l'UE, a été lancé il y a vingt ans. Comment évalueriez-vous son impact?

Les directives «Oiseaux» et «Habitats» de l'UE sont les pierres angulaires de la politique de protection de la nature de l'UE et ont entraîné la création de Natura 2000, le plus grand réseau mondial de zones protégées. Grâce aux directives «Nature», les grands carnivores, par exemple, font un retour remarqué dans les paysages européens. Leur retour est une étape importante dans la conservation et cela montre que les investissements dans la conservation et la coopération entre de nombreuses parties prenantes portent leurs fruits.

Cependant, trop de sites Natura 2000 en Europe sont encore utilisés pour l'agriculture intensive et la sylviculture commerciale et pour la pêche intensive, ou ne sont pas gérés efficacement et ne sont rien de plus que des «parcs de papier».

Il est également clair que pour infléchir la courbe de la perte de la nature et éviter un changement climatique catastrophique, la protection de nos espaces naturels restants ne suffira pas –nous devons aussi investir à grande échelle la restauration de la nature.


Plusieurs députés européens ont récemment demandé à la Commission européenne de travailler sur un plan spécifique pour lutter contre la perte de biodiversité. Êtes-vous d'accord?

Oui! Le WWF était très heureux de voir le soutien du Parlement européen à la stratégie de l'UE pour la biodiversité. Depuis lors, plusieurs membres du Parlement européen, mais aussi des ministres de l'Environnement d'au moins sept États membres, ont exprimé leur soutien à une loi ambitieuse sur la restauration de la nature promise dans le cadre de la stratégie pour la biodiversité.

«La protection et la restauration de la nature ainsi que la bonne marche des écosystèmes sont fondamentales.»
Sabien Leemans, spécialiste des questions de biodiversité au WWF Europe

La Commission était censée publier une proposition en mars, mais l'a retardée sous la pression de certains groupes d'intérêts. Nous avons maintenant une nouvelle date de publication, le 22 juin [l'interview a été réalisée antérieurement à cette date, ndlr].

Quels doivent être concrètement les objectifs de l'UE sur ce sujet selon vous?

Protéger et restaurer la nature ne consiste pas seulement à sauver la faune. Un nombre croissant de preuves montre que la nature contribue à notre santé et à notre bien-être en général et offre des avantages socio-économiques importants, notamment des emplois durables et des opportunités d'écotourisme. La protection et la restauration de la nature ainsi que la bonne marche des écosystèmes sont également fondamentales pour faire face à la double crise de la perte de biodiversité et du changement climatique.

L'UE doit adopter une loi ambitieuse qui fera de la restauration de la nature à grande échelle une obligation légale pour tous les États membres. Nous nous attendons à ce que la Commission européenne publie une proposition en juin, et nous appelons les États membres et le Parlement européen à montrer leur soutien à cette législation extrêmement importante. En outre, l'UE doit également veiller à ce que les lois existantes sur la nature soient pleinement mises en œuvre et appliquées.

La Conférence sur l'avenir de l'Europe s'est achevée le 9 mai. Les quarante-neuf propositions élaborées sur la base des contributions des citoyens sont à retrouver sur la plateforme dédiée.

Le projet a été cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme de subventions du Parlement européen dans le domaine de la communication. Le Parlement européen n'a pas été impliqué dans sa préparation et n'est d'aucune manière responsable de ou lié par l'information, les informations ou les points de vue exprimés dans le cadre du projet pour lequel uniquement les auteurs, les personnes interviewées, les éditeurs ou les diffuseurs du programme sont responsables conformément au droit applicable. Le Parlement européen ne peut pas non plus être tenu responsable des dommages, directs ou indirects, pouvant résulter de la réalisation du projet.

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