Santé / Monde

Mon Europe à moi: «La pandémie de Covid-19 nous a montré que l'UE peut avoir une politique de santé ambitieuse»

Temps de lecture : 5 min

La santé reste une prérogative nationale pour les 27 pays membres de l'Union européenne. Mais depuis l'achat groupé de vaccins contre le Covid-19, les choses pourraient changer.

«Avant la pandémie, le budget spécifiquement dédié à la santé était très faible: de 2014 à 2020, il était de 450 millions d'euros. Désormais, on est passé à plus de 5 milliards», explique l'enseignant-chercheur Gaël Coron. | Marek Studzinski via Unsplash
«Avant la pandémie, le budget spécifiquement dédié à la santé était très faible: de 2014 à 2020, il était de 450 millions d'euros. Désormais, on est passé à plus de 5 milliards», explique l'enseignant-chercheur Gaël Coron. | Marek Studzinski via Unsplash

Dans le cadre de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, où les citoyens de l'Union européenne (UE) étaient invités à imaginer et à bâtir le futur du bloc, Slate a lancé le projet «Mon Europe à moi». L'objectif: donner la parole aux jeunes Français et Européens, recenser leurs attentes et leurs demandes, et y faire réagir des spécialistes et des membres du Parlement.

La pandémie de Covid-19 va-t-elle donner un coup d'accélérateur à l'Europe de la santé? Sujet largement trusté par les États, les questions de santé publique se sont pourtant retrouvées de manière inattendue au cœur des discussions des institutions européennes à partir de mars 2020. Outre la tentative, à moitié réussie, de coordonner les confinements et mesures sanitaires des gouvernements nationaux, l'exécutif européen a procédé à une étape historique: l'achat de vaccins au nom des Vingt-Sept.

Une initiative que Morgane, Parisienne de 32 ans et «Européenne convaincue», voit de manière «très positive». Celle qui est en reconversion professionnelle trouve particulièrement pertinent l'échelon européen pour «répondre à une pandémie» comme celle du Covid-19, alors qu'elle n'identifiait pas jusqu'alors «de politique européenne de la santé». «J'ai trouvé que l'achat de vaccins en commun était une très bonne initiative, mais j'aurais préféré qu'on lève tout simplement les brevets», confie-t-elle à Slate.fr.

Atteinte d'un Covid long depuis 2021, la jeune femme se désole cependant de ne voir pas avancer la recherche sur sa maladie, qui touche des milliers d'Européens selon des estimations de l'Organisation mondiale de la santé. «Il n'y a aucune harmonisation au sujet du Covid long en Europe, regrette Morgane. Tous les pays ne reconnaissent pas la maladie de la même façon et ne font pas les mêmes investissements.»

Alors que la France «peine à investir dans la recherche contre la maladie», les Français atteints du Covid long regardent avec envie les expérimentations effectuées en Allemagne. «Il faut clairement un effort de coordination fort entre les pays de l'Union européenne (UE) pour partager les connaissance», souffle la jeune femme. Morgane souhaite ainsi que soient données «plus de prérogatives en matière de santé à l'UE» car, «pour combattre une pandémie qui ne s'arrête pas aux frontières», actionner le levier d'action européen «semble plus logique».

«La pandémie de Covid-19 nous a montré qu'il était possible d'agir ensemble sur la santé, alors faisons-le.»
Morgane, 30 ans

Pour comprendre ce que fait et ce que ne fait pas l'UE en matière de santé, Slate s'est tourné vers Gaël Coron, enseignant-chercheur à l'École des hautes études en santé publique et directeur de l'ouvrage L'Europe de la santé.

Slate.fr: Quelles sont les compétences européennes en matière de santé?

Gaël Coron: En fait, cela dépend ce que l'on appelle «politique de santé». Si on pense à une politique de santé comme ce que l'on voit au niveau national, avec un ministère conséquent, avec une administration déconcentrée, avec une unification des dossiers qui ont trait à la santé, là, on peut dire qu'il n'y a pas de politique de santé à l'échelle européenne. Néanmoins, et c'est là où c'est en tension, il y a une influence très forte de l'Union européenne sur les systèmes de santé, sur ce qu'on définit au niveau national comme des politiques de santé.

Historiquement, le premier projet de l'UE, c'était de construire un marché intérieur –qui est devenu un marché unique–, et dans ce marché figuraient les marchandises, les personnes, etc. Or, le médicament est un bien de santé, mais est aussi une marchandise; et les professionnels de santé, ce sont aussi des personnes qui circulent sur un marché du travail. Donc, par ce biais, une européanisation de nos systèmes de santé s'est bien produite.

La deuxième étape européenne, c'est la construction de la monnaie unique. Elle suppose, en contrepartie du fait qu'on ait transféré la monnaie au niveau européen, que des instances européennes surveillent les dépenses publiques nationales. Et cette surveillance des dépenses publiques va bien sûr aussi s'appliquer aux dépenses de santé.

Après, il y a des tentatives d'introduire une cohérence, à l'occasion de changements dans les traités. Parfois après des crises, comme celle de la «vache folle», qui a entraîné une européanisation de la question de la sécurité alimentaire. Très progressivement, le médicament s'est également construit comme une compétence de l'UE, avec une autorisation de mise sur le marché européenne.

L'Union dispose désormais d'une Agence européenne des médicaments, qui délivre des autorisations de mise sur le marché pour les Vingt-Sept…

Pour les médicaments, c'est ça. C'était à la fois une demande des firmes pharmaceutiques et des États, qui se sont préparés en renforçant la crédibilité de leurs institutions de régulation. Avant, en France, c'était une direction du ministère qui délivrait l'autorisation de mise sur le marché, puis, ça a été une agence, et la plupart des pays européens ont fonctionné sur ce modèle afin d'envoyer un signal aux firmes: «Venez faire examiner votre dossier dans notre pays.» Certes, aujourd'hui il y a une agence européenne, mais elle fait donc beaucoup de coordination entre les agences nationales.

Au-delà du médicament, l'unicité de cette politique de santé est un petit peu difficile à trouver. Avant la pandémie, ce qu'on a remarqué c'est que le budget spécifiquement dédié à la santé était très faible: de 2014 à 2020, il était de 450 millions d'euros. Désormais, on est passé à plus de 5 milliards. Mais quand on dit 5 milliards, il s'agit de plans sur six ans, répartis sur vingt-sept pays. Alors qu'un État comme la France, pour vous donner un ordre de grandeur, dépense environ 230 milliards d'euros chaque année.

L'UE ne peut faire qu'avec les moyens juridiques, financiers et humains dont elle dispose. Mais elle peut contourner les compétences. Historiquement, les institutions supranationales, et particulièrement la Commission, ont réussi à contourner les limites présentes dans les traités où on dit «les États restent libres et maîtres de leur système de santé», parce que tout ce qui touche au marché ou à la monnaie est aspiré vers l'Europe. Pour les financements, si le programme santé est faible, les programmes recherche ou cohésion sociale peuvent aussi être mobilisés.

L'UE délaisse-t-elle la question de la santé?

La santé, c'est par définition un champ transversal. D'autant plus que la définition de la santé qui est donnée au niveau européen est notamment contenue dans un article qui dit que toutes les politiques européennes contribuent à une amélioration de la santé. Si on se tenait à une application stricte de cet article, toutes les politiques devraient donc contribuer à penser, par exemple, l'incidence sur la santé. Mais il n'y a pas, pour autant, d'évaluation systématique de toutes les politiques.

Vous mentionniez la question de la recherche. L'UE en fait-elle assez sur ce sujet?

Est-ce que la politique de recherche est suffisante? C'est quand même un pan important de l'activité de l'Union européenne. Pour la période 2021-2027, le principal programme pour la recherche tous azimuts est doté de 95 milliards d'euros, dont une certaine part, suivant les projets financés, ira à la recherche médicale. Ce qui est aussi attendu de ces grands programmes, c'est de renforcer les synergies entre acteurs nationaux de la recherche.

La Conférence sur l'avenir de l'Europe s'est achevée le 9 mai. Les quarante-neuf propositions élaborées sur la base des contributions des citoyens sont à retrouver sur la plateforme dédiée.

Le projet a été cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme de subventions du Parlement européen dans le domaine de la communication. Le Parlement européen n'a pas été impliqué dans sa préparation et n'est d'aucune manière responsable de ou lié par l'information, les informations ou les points de vue exprimés dans le cadre du projet pour lequel uniquement les auteurs, les personnes interviewées, les éditeurs ou les diffuseurs du programme sont responsables conformément au droit applicable. Le Parlement européen ne peut pas non plus être tenu responsable des dommages, directs ou indirects, pouvant résulter de la réalisation du projet.

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