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Mon Europe à moi : «L'Europe devrait passer toutes ses décisions au crible de la lutte contre le réchauffement climatique»

Temps de lecture : 6 min

L'UE s'est fixée des objectifs de réduction des gaz à effet de serre ambitieux. Mais y arrivera-t-elle?

La Commission peut sanctionner un État membre: la France a par exemple été condamnée pour non-respect des niveaux d'émissions polluantes.| Maxim Tolchinskiy via Unsplash
La Commission peut sanctionner un État membre: la France a par exemple été condamnée pour non-respect des niveaux d'émissions polluantes.| Maxim Tolchinskiy via Unsplash

En amont de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, où les citoyens de l'Union européenne (UE) sont invités à imaginer et à bâtir le futur du bloc, Slate lance le projet «Mon Europe à moi». L'objectif: donner la parole aux jeunes Français et Européens, recenser leurs attentes et leurs demandes, et y faire réagir des spécialistes et des membres du Parlement.

L'ambition est là, mais l'Union européenne (UE) y mettra-t-elle des moyens? Le chiffre est gravé dans le marbre: les États de l'UE et la Commission européenne se sont mis d'accord, en avril 2021, pour réduire de 55% les émissions de CO2 d'ici à 2030 et à parvenir à la neutralité climatique d'ici à 2050. Le bloc y arrivera-t-il? En l'état, Olivier Marchand, doctorant en mécanique des fluides de 26 ans et militant de Youth for Climate depuis plusieurs années, n'y croit pas. «Globalement, les propositions de l'UE ne sont pas à la hauteur, juge-t-il auprès de Slate. On le voit sur le green deal, et notamment sur la nouvelle PAC, il y a énormément de choses qui manquent, notamment sur le méthane.»

«Il y a aussi un problème avec les fonds du plan de relance, leur fléchage n'est pas clair du tout, ajoute-t-il. Comment garantir que cet argent sera destiné à des projets écologiques?». Les négociations en cours sur le paquet Fit for 55, qui vise justement à donner les moyens à l'UE d'atteindre ses objectifs, ne rassure par l'étudiant. Pour preuve, la récente décision de la Commission d'inclure le nucléaire et le gaz dans la taxonomie européenne, document qui doit aiguiller l'investissement des États dans les prochaines années. «C'est totalement absurde, balaye le militant. Je ne comprends pas que l'on puisse proposer le gaz comme une énergie de transition, les budgets carbones que l'on doit réduire sont fixés par les lois de la physique.»

Si la politique européenne le frustre, Olivier juge tout de même l'échelon «indispensable» pour lutter contre le réchauffement climatique, «un événement qui touche tous les pays du monde». Le doctorant, qui regrette le peu de place laissée à la biodiversité dans les débats sur le sujet, aimerait un «engagement climatique vraiment contraignant» et que «chaque année, on réduise les gaz à effet de serre à partir de 2020». Surtout, Olivier a une proposition qui doit transformer la façon de faire des lois.

«J'aimerais que toutes les lois européennes soient passées au crible de leur impact sur le climat et la biodiversité, comme on le fait avec l'économie.»
Olivier Marchand, doctorant

Pour mieux comprendre les enjeux liés à la politique climatique européenne, Slate s'est tourné vers Nicolas Berghmans, chercheur senior en politiques climatiques et énergétiques à l'Institut du développement durable et des relations internationales.

Slate.fr: Que peut faire l'UE dans la lutte contre le réchauffement climatique?

Nicolas Berghmans: Les politiques environnementales sont des compétences partagées entre l'Union européenne et les États membres, donc, très concrètement, cela dépend des domaines d'intervention. Mais en tout cas, en ce qui concerne les objectifs climatiques, il y a une chose à savoir: les pays de l'UE négocient, dans le cadre des négociations internationales, de façon commune avec le reste du monde. C'est notamment l'UE qui a le mandat de soumettre dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le changement climatique, les contributions des pays européens. L'UE doit donc mettre en place des objectifs communs.

Ensuite, sur la mise en place de la politique climatique, il y a tout un processus de gouvernance qui est mis en place par la loi Climat. C'est un peu nouveau. Il y a par exemple la création d'un comité de conseil européen scientifique pour donner des conseils à la Commission sur la manière de mettre en place les mesures.

Il y a autre chose qui est très important, c'est l'existence de régulations sectorielles, notamment les règles d'organisation des marchés, les règles d'affichage sur l'efficacité énergétique des produits ou du bâtiment, les règles d'émissions de gaz à effet de serre ou des véhicules thermiques. Elles existent parce que l'on a un marché commun en Europe. On doit avoir des règles communes pour les produits et services qui circulent au sein de cet espace. Le rôle de l'Europe est donc essentiel, par ce biais là sur la question du réchauffement.

L'UE a-t-elle les moyens de ses ambitions sur le sujet climatique?

C'est une excellente question. Je pense que ce qu'il faut regarder, c'est que déjà, il y a une perspective historique à avoir. L'UE a mis en place des politiques climatiques depuis un certain moment. Un exemple: il y a un marché carbone qui existe pour les industriels de l'énergie qui a été mise en place pour la première fois en 2003. Donc, à l'échelle du monde, entre guillemets, l'Europe est plutôt avant-gardiste sur ce sujet.

Après la question de l'ambition c'est vraiment quelque chose de majeur. Ce qu'il faut avoir en tête, c'est que les annonces de neutralité climat ont été adoptées seulement l'année dernière. Et maintenant, l'enjeu, c'est de décliner ça dans les politiques sectorielles et dans la politique de financement de l'Union européenne.

Évidemment, c'est tout l'enjeu aujourd'hui, d'arriver à renforcer l'ambition pour se mettre sur la trajectoire de la neutralité climatique. Est ce qu'on a les moyens des ambitions? J'aurais tendance à dire que ce qui est proposé en termes de régulation au niveau européen, le paquet tel qu'il est construit par la Commission européenne, est déjà une accélération significative du rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La question qui se pose derrière, à mon avis, c'est la question de la justice sociale. Un certain nombre de mesures, notamment la tarification du carbone pour les bâtiments et transports, peut être controversée. Qu'est-ce qu'il faut faire en plus pour aider les gens à s'adapter? C'est aussi là que la réussite des objectifs se joue.

Il y aussi la question du financement de la transition énergétique qui se pose...

Le budget de l'UE ça n'est qu'1% du PIB du bloc. Donc, on ne peut pas tout attendre de l'UE. On peut faire un peu plus, on l'a vu, notamment au moment du plan de relance européen. Mais il va falloir compter sur les États membres, leurs et les politiques fiscales et d'investissement à l'échelle leur échelle pour arriver à un accord. C'est aussi à eux d'être ambitieux.

La Commission pourrait-elle forcer les États membres à accélérer leur transition?

La Commission est en capacité de sanctionner un État membre pour non-respect d'une directive ou d'un règlement européen. De la même manière que, par exemple, la France avait été condamnée pour non-respect des niveaux d'émissions polluantes. Donc, la Commission peut agir comme ça.

Néanmoins, et c'est ça qui commence à être intéressant, il y a tout un mouvement actuellement de judiciarisation au niveau national. Je pense notamment au groupe Notre Affaire à tous, qui vient de mettre l'État face à ses responsabilités devant la justice. Donc, finalement, ça se joue à plusieurs niveaux.

Toute directive européenne devrait-elle être écrite en fonction de son impact sur le climat, comme le suggère Olivier?

Je pense qu'un effort est fait. Il n'y a pas de contrainte absolue à ce stade, mais néanmoins il y a des objectifs très clairs en matière de budget. Aujourd'hui, 30% des dépenses européennes doivent contribuer à la lutte contre le changement climatique. Néanmoins, je pense qu'il reste beaucoup de domaines, de réglementations, notamment économique, on pourrait se poser plus la question de l'impact sur la planète.

Vous aussi, faites entendre votre voix à la Conférence sur l'avenir de l'Europe! Inscrivez-vous sur la plateforme dédiée et participez à la discussion. Faites savoir dans quelle Europe vous souhaitez vivre et contribuez à façonner notre futur!

Le projet a été cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme de subventions du Parlement européen dans le domaine de la communication. Le Parlement européen n'a pas été impliqué dans sa préparation et n'est d'aucune manière responsable de ou lié par l'information, les informations ou les points de vue exprimés dans le cadre du projet pour lequel uniquement les auteurs, les personnes interviewées, les éditeurs ou les diffuseurs du programme sont responsables conformément au droit applicable. Le Parlement européen ne peut pas non plus être tenu responsable des dommages, directs ou indirects, pouvant résulter de la réalisation du projet.

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