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Avant les européennes, l'Allemagne débat des signes religieux dans les lieux publics

Temps de lecture : 2 min

Un crucifix dans un tribunal à Munich. REUTERS/Kai Pfaffenbach.
Un crucifix dans un tribunal à Munich. REUTERS/Kai Pfaffenbach.

À quelques jours du scrutin, le débat autour des élections européennes s'est enfin animé en Allemagne cette semaine, d'une façon plutôt inattendue. Car les partis politiques allemands ne se passionnent ni pour le traité transatlantique ni pour le sort des demandeurs d'asile au sein de l'UE, mais pour la laïcité.

Un débat totalement hors-sujet vis-à-vis des enjeux de ce scrutin, déclenché par une intervention du président du Parlement européen Martin Schulz, candidat des sociaux-démocrates européens à la tête de la Commission. Invité à un débat télévisé la semaine passée, il s'est prononcé pour une interdiction des symboles religieux dans les lieux publics en Europe –bien que cette compétence relève des États membres–, ajoutant qu'il voyait se profiler le risque d'un «retour d'un mouvement très conservateur» en Europe.

Dans un pays non-laïque comme l'Allemagne, où il existe un impôt cultuel, où les fêtes religieuses sont accompagnées d'une interdiction de danser dans les Länder particulièrement conservateurs et où il a fallu attendre 1995 et une décision de la Cour de Karlsruhe pour voir les crucifix disparaître des salles de classes, c'est une proposition plutôt audacieuse. Et pour les chrétiens démocrates, un affront.

Sortis de leur torpeur, plusieurs responsables de la CDU/CSU ont donc tiré à boulets rouges sur Martin Schulz. Pour Gerda Hasselfeldt, la représentante de la CSU au Bundestag, c'est l'occasion de relancer le vieux débat sur l'identité européenne:

«Celui qui veut bannir les symboles religieux de l'espace public en Europe renie l'identité de l'Europe. L'Europe est et reste un continent aux racines judéo-chrétiennes. Cela façonne l'identité européenne de manière déterminante.»

Parce que, selon lui, Martin Schulz «stigmatise les symboles chrétiens», le secrétaire général de la CSU Andreas Scheuer l'accuse même d'être «un danger pour la tolérance religieuse en Europe.»

L'avalanche de réactions suscitée par les propos du candidat du SPD dans le camp adverse peine à cacher le vide de cette campagne. Pour le journaliste politique Thomas Sebastian Vitzthum, cette polémique est du bain béni pour l'Union démocrate chrétienne, qui espère ainsi convaincre ses électeurs de venir aux urnes:

«L'Union tient un sujet qui lui permet de se détacher nettement du SPD. Un sujet qui est plus facile à transmettre aux citoyens que ne le serait la problématique d'une politique sociale européenne ou d'un fonds d'amortissement européen de la dette.»

Un avis que partage l'éditorialiste Katharina Schuler sur le site internet de Die Zeit, dans un article moqueur intitulé «L'Union joue la carte de la campagne du crucifix»:

«Il semble que la campagne aurait fini par trouver un sujet émotionnel qui pourrait possiblement avoir un effet mobilisateur. Car il n'y a rien que les partis de l'Union [la CDU et la CSU, NDLR] craignent plus que de voir leurs électeurs n'aller tout simplement pas voter.»

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