Médias

Faits divers glauques et films érotiques improbables: bienvenue dans les programmes de la nuit

Temps de lecture : 6 min

Cette semaine, on explore les plus sombres recoins du PAF.

Karine Ferri présente «Chroniques criminelles», sur TFX. | Capture d'écran TF1.fr
Karine Ferri présente «Chroniques criminelles», sur TFX. | Capture d'écran TF1.fr

Bienvenue dans Anaïs regarde la télé. Le principe de cette chronique hebdomadaire est simple: son autrice s'appelle Anaïs Bordages et parfois, elle regarde la télé.

Savez-vous ce qu'il se passe, la nuit, quand vous dormez? C'est le moment où les cauchemars surviennent, et où les monstres sortent le bout de leur nez –et par «monstres», je veux bien sûr parler des émissions de télé les plus sordides du PAF.

La nuit, c'est le royaume des insomniaques et des névrosés, ceux qui ont peur de dormir, ceux qui ne peuvent pas dormir, ou encore ceux qui sont très fatigués mais ne veulent pas dormir –ça s'appelle la «procrastination du sommeil», et c'est quand on a tellement la rage de passer 90% de nos moments éveillés à travailler qu'on refuse d'aller se coucher, dans une tentative désespérée de reprendre un semblant de contrôle sur nos vies.

Un soir d'insomnie, j'ai donc décidé de mettre ma fatigue à profit, et de m'aventurer dans un territoire inconnu de la télévision: les programmes de la nuit. Les «programmes de la nuit», c'est l'équivalent télé d'un no man's land, une zone dangereuse et sans règles où tout peut arriver. Globalement, ils sont constitués de rediffusions désordonnées et peu ragoûtantes, un peu comme le fond de tiroir où vous rangez les culottes trouées que vous ne mettez jamais, sauf le jour de lessive.

Mais voilà, la nuit, même votre plus fidèle compagnon, programme-tv.net, ne pourra plus vous guider. Passé 1 heure du matin, impossible de savoir ce que l'on trouvera dans ces «programmes» non spécifiés. Les émissions de la nuit, c'est un peu comme une pochette surprise –sauf que dans les pochettes surprise, on a moins de chances de tomber sur du porno.

True crime et culture du viol

L'expédition commence mal, sur Chérie 25, où l'on trouve une rediffusion de l'émission «CRIMES». Oui, CRIMES en majuscules, parce que les crimes ça fait PEUR, et parce qu'après 1 heure du matin, on a les yeux qui glissent des orbites, alors il vaut mieux que les titres des émissions soient écrits bien en gros.

Ce soir-là, il s'agit d'un numéro SPÉCIAL MEURTRES PASSIONNELS. Une expression très polémique, surtout lorsqu'il s'agit de désigner des féminicides, mais apparemment, Chérie 25 n'a pas reçu le mémo, et de toute façon, tout ce qui se passe dans les programmes de la nuit reste dans les programmes de la nuit. L'épisode en cours s'intitule «L'amour à mort», et parle d'une femme qui aurait poignardé sa rivale. Bon. On va zapper.

Chouette, RMC Story propose quant à elle un vieil épisode de «Faites entrer l'accusé». Alors que j'arrive en cours de route, un expert explique, l'air sérieux: «…les visages ont été grignotés par des animaux nécrophages». Ok, il est encore un poil trop tôt pour ça. Suivant.

À un moment, une femme attrape les fesses d'une autre femme, les soupèse comme si elle était en train d'acheter des melons à Rungis, et les fait… gigoter entre elles?

Aucun changement d'ambiance sur TFX, où l'on trouve la rediff d'une émission intitulée… «Chroniques criminelles». Sur quel sujet, me direz-vous? «L'affaire Gabby Petito: amour, meurtre et réseaux sociaux». Décidément, cette programmation nocturne est aussi fun qu'un frottis. Sachant que cet cet épisode avait au départ été conçu à l'occasion de la Saint-Valentin: le glauque ne connaît décidément aucune limite. Si vous aimez les émissions sordides et légèrement putassières sur les féminicides, je vous conseille fortement de devenir insomniaque, vous allez prendre votre pied.

En zappant, je tombe sur Astrocenter TV, l'occasion de constater que oui, nos petits médiums adorés sont toujours là, en train de lire l'avenir dans les dates de naissance d'inconnus. D'ailleurs, ils ont l'air à peu près aussi frais que moi à 1h38 du matin. Allez, on re-zappe, direction CStar… et là, évidemment, un téléfilm érotique. Comme dirait Denis Brogniart: Ah! Enfin un peu de variété. Certes, on reste toujours sur une thématique culture du viol, mais au moins, il y a des cascades.

Quand tu essaies de t'endormir et que tu repenses à ta pire humiliation.

Au moment où j'arrive, une femme est en train de dire à un homme sur le palier de sa porte: «C'est ma sauce spaghetti qui mijote.» C'est bon, je suis captivée. Est-ce que la sauce spaghetti est une métaphore sexuelle? Est-ce qu'il s'agit d'une parodie porno de «Top Chef»? Je ne sais pas, mais cette fine réplique a piqué ma curiosité.

La scène la moins érotique du monde

Histoire d'être sûre que je ne rate rien de plus intéressant, je zappe à nouveau et tombe sur Bloomberg, la chaîne de l'économie et de la finance. Je constate que je ne comprends pas mieux les histoires d'économie de nuit que de jour, et je repars voir notre apprentie cuisinière sur CStar, qui a disparu, et a été remplacée par quatre femmes au coin d'un feu de camp, en pleins ébats… érotiques? Difficile à dire, car personne n'a jamais couché comme ça dans toute l'histoire du sexe.

J'aimerais me moquer, mais honnêtement, j'ai vu des Oscars du meilleur film moins bien écrits que ça.

À un moment, une femme attrape les fesses d'une autre femme, les soupèse comme si elle était en train d'acheter des melons à Rungis, et les fait… gigoter entre elles? Est-ce que les hommes pensent que c'est comme ça que deux femmes couchent ensemble? (Je ne dis pas ça par simple misandrie, mais parce que le film a été écrit et réalisé par un homme). La femme qui se fait furieusement malaxer les fesses a l'air soucieuse, comme si elle était en train de passer son bac de français, tandis que la femme derrière, la malaxeuse, se secoue en tremblant comme un marteau-piqueur humain.

À ce stade, même vider le siphon de ma douche serait plus érotique. À un moment, alors qu'on lui fait un cunni, une meuf allongée par terre ramasse un bout d'herbe qui était tombé entre ses seins, l'observe et le jette avec nonchalance. Quand même l'actrice principale se tape complètement de la scène qu'elle est en train de jouer, on sait qu'on tient un très grand classique.

Et puis, alors que les larmes de rire obstruent ma vision, une coupure pub. Je veux savoir comment ça finit, moi! Est-ce qu'elles vont attraper froid, après tous ces cunnis à la belle étoile? Est-ce que la sauce spaghetti va être réussie? Est-ce que l'une d'entre elles va enfin trouver où se situe le clitoris? On dit que les hommes ne comprennent pas le corps des femmes, mais à en croire les actrices de ce film, les femmes non plus.

Humain centipède

Le temps que la pub passe, c'est l'heure de zapper à nouveau. Direction Événement, qui diffuse un programme intitulé «La chaîne préscolaire des 3-7 ans». Il est 2h04, je ne sais pas si les 3-7 ans sont une population très active à cette heure-ci? En tout cas, il va sans doute me falloir une minerve pour me remettre du coup du lapin entre cet épisode de Dora l'exploratrice, et le film de CStar, qui vient de reprendre, avec une nouvelle scène ~érotique~ aux dialogues clairement oscarisables.

La femme-marteau piqueur, après avoir joui, expulse de son corps… un centipède maléfique??

Un homme dit à sa partenaire qu'il a faim: «Il faut que je grignote un truc.» Au lieu de lui proposer les fameux spaghetti, la femme défait son peignoir en satin, et lui montre ses seins tout comprimés dans un soutif cinq fois trop petit: «Ça fera l'affaire?» Ravi, le mec réplique: «Hmmm oh oui, zéro calorie.» J'aimerais me moquer, mais honnêtement, j'ai vu des Oscars du meilleur film moins bien écrits que ça (*tousse* Bohemian Rhapsody).

Mais si je reste, c'est surtout pour la formidable trame narrative. Au fil des scènes, je comprends qu'il s'agit d'une sorte de thriller d'espionnage scientifique, à mi-chemin entre un James Bond et un Cronenberg. En fait, la fille qui tremblait comme un marteau piqueur est équipée de capteurs sensoriels, qui sont censés la faire jouir très fort, et faire sortir un truc qui se cache dans son corps. L'actrice qui lui donne la réplique est aussi confuse que moi: «Le professeur Jones est au courant de tout ça??».

Et puis soudainement, tout dégénère. Le professeur Jones, un homme habillé comme un directeur de croisière, arrive, et la femme marteau-piqueur, après avoir joui, expulse de son corps… un centipède maléfique?? Il faut saluer l'inventivité de la réalisation, qui, à l'aide des ombres projetées sur le mur, suggère plus qu'elle ne montre.

Malheureusement, ayant baissé le son pour éviter que mes voisins me jugent jusqu'à la fin des temps, j'ai du mal à suivre l'intrigue de plus en plus complexe. Au moment où le centipède géant décide de s'attaquer aux parties intimes du professeur Jones, je ne sais plus trop si je suis encore éveillée, ou en plein cauchemar. C'est trop pour moi, je zappe, et j'atterris sur une émission «Spéciale lunes de miel fatales». Allez, bonne nuit hein.

Anaïs regarde la télé
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