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«The Gilded Age», lutte jouissive entre les riches et les encore plus riches

Temps de lecture : 5 min

Cette semaine, une série où les maisons sont belles, les chapeaux gigantesques, et les vacheries délicieuses.

Outrageusement riche, effroyablement ambitieuse et incroyablement bien sapée, Mrs. Russell est jouée par Carrie Coon. | Capture d'écran via OCS
Outrageusement riche, effroyablement ambitieuse et incroyablement bien sapée, Mrs. Russell est jouée par Carrie Coon. | Capture d'écran via OCS

Bienvenue dans Anaïs regarde la télé. Le principe de cette chronique hebdomadaire est simple: son autrice s'appelle Anaïs Bordages et parfois, elle regarde la télé.

2022 a peut-être mal commencé, mais ça y est, nous sommes sauvés. Une nouvelle série jouissive vient d'arriver sur nos écrans, et grâce à elle, je vous le promets, tous vos soucis sont sur le point de s'envoler: votre découvert sera comblé, votre ex oublié, votre peau purifiée et votre dégât des eaux miraculeusement réparé*. The Gilded Age, diffusée depuis le 25 janvier sur OCS, est la saga luxueuse et pleine de rebondissements qu'il nous fallait pour passer l'hiver.

The Gilded Age tire son nom de «l'âge doré» américain, c'est-à-dire le tournant du XIXe siècle, qui a été le théâtre d'une croissance économique et industrielle spectaculaire, notamment grâce au développement des réseaux de chemins de fer. Située dans un New York de 1882 en pleine ébullition, cette toute nouvelle production HBO nous vient de Julian Fellowes, le créateur de Downton Abbey. Globalement, c'est la même chose: jolis garçons, grands chapeaux, costumes somptueux et trahisons incroyablement polies.

À une différence près. Alors que Downton Abbey s'appuyait sur les rapports entre upstairs et downstairs (les nobles et les domestiques, les riches et les pauvres), The Gilded Age fait surtout la chronique de la lutte entre les riches... et les encore plus riches. On y retrouve certes plusieurs scènes avec le personnel de maison, mais au premier abord, la série s'intéresse plus au conflit entre le «vieux New York» et les nouveaux riches.

Littéralement first world problems.

L'ascension des nouveaux riches

Ces affreux parvenus sont représentés par la famille Russell, qui s'installe dans une immense maison au coin de la Cinquième Avenue et de la 61e Rue au tout début du pilote. Lui, George Russell, a fait fortune en construisant des chemins de fer. Ayant soudainement accès à la classe des méga-riches, il dépense sans compter et n'hésite pas à employer des méthodes déloyales pour écraser sa concurrence. Il est incarné par Morgan Spector, qui était déjà extrêmement beau dans The Plot Against America, et prouve toute l'étendue de sa gamme d'acteur en étant encore plus beau dans The Gilded Age.

Mais l'attraction principale, et la seule vraie raison pour laquelle j'ai choisi de lancer cette série, c'est sa femme: Mrs. Russell. Elle est outrageusement riche, effroyablement ambitieuse, et incroyablement bien sapée. Surtout, elle est jouée par Carrie Coon, peut-être (sans doute) la meilleure actrice télé des dix dernières années –si vous ne voyez pas qui c'est, c'est que vous n'avez pas regardé The Leftovers, et si c'est le cas, quelle chance vous avez d'avoir encore devant vous la découverte d'un tel chef-d'œuvre. Dans The Gilded Age, Carrie Coon fait ce qu'elle sait faire de mieux: elle est froide, hautaine, terrifiante, et je veux l'épouser.

Les Russell ne sont pas à proprement parler les héros de la série, mais ils sont certainement ses personnages les plus intéressants. Leurs dents rayent tellement le parquet qu'ils pourraient mettre une famille entière de castors au chômage. Déterminés à se faire une place dans la haute société new-yorkaise, ils ont abandonné toutes leurs anciennes connaissances pour repartir de zéro et gravir les échelons. Comme le dit Mrs. Russell (ou Manuel Valls à chaque fois qu'il change de carrière politique): «Je ne veux pas mes anciens amis, je veux de nouveaux amis.»

Décors spectaculaires

Rien que pour le spectacle des décors plus luxueux les uns que les autres, la série vaut le détour. La maison des Russell, par exemple, fait la taille du Ve arrondissement parisien. Rien que leur entrée contient non pas une mais DEUX cheminées en marbre bleu, et chaque immense porte en bois aurait aisément pu secourir tous les passagers du Titanic. Le lustre est littéralement plus grand que ma salle de bains. Bref, je parie que les Russell, eux, n'entendent jamais leur voisin passer l'aspirateur le samedi matin.

Mais ce n'est pas tout; de l'autre côté de la rue, une diva trône: Agnes van Rhijn, incarnée par la légendaire Christine Baranski. Représentante du vieux monde, elle voit d'un très mauvais œil l'arrivée de ces vulgaires capitalistes dans son quartier. Après The Good Wife et The Good Fight, Christine Baranski nous rappelle qu'elle appartient à la famille royale hollywoodienne, ne faisant qu'une bouchée de ses scènes et humiliant au passage le reste du casting.

Dans le rôle de sa sœur Ada, Cynthia Nixon trouve d'ailleurs le moyen d'être encore plus gênante que dans le reboot de Sex and the City, And Just Like That. Quant à Miss Brooke, l'ingénue fraîchement débarquée de Pennsylvanie qui découvre tout ce beau monde pour la première fois, elle est interprétée par la troisième fille de Meryl Streep. Non, pas Grace Gummer, non, pas Mamie Gummer non plus, mais la plus jeune, Louisa Jacobson Gummer. J'ai l'impression que tous les cinq ans, Meryl Streep sort une nouvelle fille actrice de son chapeau. Mais vu que Louisa Jacobson est tout à fait charmante et compétente dans le rôle, on ne va pas s'en plaindre.

Plaisir pas du tout coupable

Il faut le dire, à part l'art du couvre-chef, The Gilded Age ne réinvente pas grand-chose et reprend sans honte des clichés narratifs bien éprouvés. Dans cette série, tout le monde a un secret: la séduisante nouvelle gouvernante, le mystérieux majordome Watson ou encore Peggy, la nouvelle protégée des Van Rhijn. Sans compter Oscar, une sorte de nouveau Chuck Bass, sombre, caustique et séducteur au possible (en espérant qu'il ne tente de violer personne).

On peut suivre très facilement: chaque réplique ou presque répète un fait d'exposition qui a déjà été établi. Prenez par exemple cet échange entre les deux tantes, Agnes et Ada:

– Agnes, notre frère est décédé!
– Notre frère, avec qui nous n'avons eu aucun contact toutes ces années!

Ces maladresses pourraient être agaçantes, elles sont au contraire réconfortantes. Est-ce que les intrigues sont fraîches ou inédites? Peu importe, quand on peut regarder Carrie Coon être condescendante avec tout le monde! (Et encore, ne ratez surtout pas la scène incroyable de l'épisode 2 dans laquelle elle et son mari humilient tous les vieux riches de l'Upper East Side en quelques minutes.)

Est-ce que la jeune et jolie nouvelle gouvernante va séduire le beau mari? Inévitablement! Est-ce qu'au moins UN personnage est secrètement gay? Évidemment! Mais laissez-moi vous dire une chose: The Gilded Age n'a rien d'un plaisir coupable. À ce stade de la pandémie, et plus globalement de ma vie, j'accueille avec respect et allégresse n'importe quel programme capable de me divertir aussi aisément, surtout avec un pilote d'1h17.

Impossible de conclure sans parler de la plus grande source de joie fournie par cette série: ses costumes. Chaque robe, chaque manteau et chaque chapeau est tellement splendide que j'ai cassé mon clavier à force de captures d'écran. D'ailleurs, dans The Gilded Age, il n'y a que deux types de chapeaux: des grands chapeaux, et des chapeaux encore plus grands.

Quatre des 749 tenues portées par Carrie Coon dans le pilote.

Représentant l'extravagance presque vulgaire du «nouveau New York», Carrie Coon est celle qui en profite le plus. Sa garde-robe est tellement démentielle qu'elle ferait pâlir Carrie Bradshaw. S'il y avait un sport olympique dédié au port de robe, elle remporterait la médaille d'or. À chaque fois que l'on cligne des yeux, la voilà vêtue d'une nouvelle tenue en soie, satin, plumes et dentelles encore plus ridicule que la précédente. OUI! Donnez-lui TOUTES les robes!!!

Vous l'aurez compris, The Gilded Age est pour l'instant le programme le plus agréable de 2022, fièrement soap et délicieusement opulent. Contrairement à toutes les mini-séries prestigieuses au concept périssable et au casting blindé de stars oscarisées, c'est aussi le genre de série qui a le potentiel de durer sur des années. Et je n'attends que ça.

*Promesse non contractuelle.

Retrouvez chaque semaine Amies, le podcast d'Anaïs Bordages et Marie Telling dans lequel elles (re)découvrent des séries cultes.

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