Médias

Comment j'ai survécu à la dystopie rose bonbon de «Barbie Dreamhouse Adventures»

Temps de lecture : 4 min

Cette semaine, vous avez le choix: partir en campagne avec Zemmour ou au spa avec Barbie.

Barbie aussi a une vie difficile en ce moment. | Capture d'écran Barbie Français via YouTube

 
Barbie aussi a une vie difficile en ce moment. | Capture d'écran Barbie Français via YouTube  

Bienvenue dans Anaïs regarde la télé. Le principe de cette chronique hebdomadaire est simple: son autrice s'appelle Anaïs Bordages et parfois, elle regarde la télé.

Difficile de trouver un programme télévisé pas complètement déprimant depuis quelques jours. Résumons un peu: une conférence de presse de Jean Castex annonçant la fermeture des boîtes de nuit, des images nauséabondes de violences pendant le meeting d'Éric Zemmour, un prime inédit de Scènes de ménages d'une durée de deux heures, un épisode de Camping Paradis dans lequel il n'y a pas de camping… N'a-t-on pas déjà suffisamment souffert?

Pour la chronique de cette semaine, j'allais rester dans le thème et vous parler de la série documentaire de TF1, La Bataille de l'Élysée, qui suit en plusieurs épisodes le parcours des candidats à l'élection présidentielle. Niveau souffrance, là, on est servis: au bout de cinq minutes, on a droit à des extraits de la vidéo de campagne de Zemmour, que j'avais pourtant évitée avec autant de soin que les appels de ma banquière. Merci TF1, mes yeux et mes oreilles ne pourront jamais effacer ces quelques secondes de trauma. Plus tard, le fun continue lorsqu'on voit le candidat donner une interview, en français, à un journaliste britannique –l'occasion de réaliser que Zemmour arrive à prononcer les mots «expulser» et «expulsion» plus de fois en vingt secondes qu'un gastro-entérologue dans toute sa carrière.

Certes, j'ai un peu ricané lorsque le révisionniste en chef, en visite à Londres, s'invente une rencontre incroyable avec un Lord qu'il a croisé à peine cinq minutes pendant sa pause clope («visiter le Parlement dans des conditions idéales, avec un guide hors-norme»… On dirait moi quand je m'invente une romance fulgurante avec un mec qui m'a à peine regardée dans le métro). On découvre aussi avec allégresse que même à Tulle, Anne Hidalgo arrive à tomber sur des Parisiens qui la détestent.

Mais après une énième blague de Valérie Pécresse sur son amour du fromage, et un ixième «là, on voit bien la culture woke» d'Éric Zemmour, j'ai décidé de dire stop. Il reste encore cinq mois avant l'élection, et si l'on ne conserve pas nos forces dès maintenant, il n'y aura bientôt plus assez de Xanax pour tout le monde. Alors, j'ai zappé, à la recherche d'un programme un peu plus réconfortant, et je suis tombée sur un joyau. Une merveille. Une oasis en plein désert: Barbie Dreamhouse Adventures.

Des ados de 26 piges???

Cette série d'animation, diffusée sur Gulli (et sur Netflix), suit les aventures de Barbie –oui, la poupée blonde responsable de tous vos troubles du comportement alimentaire. Barbie qui vit avec ses sœurs / amies (?) et Ken dans une immense villa.

Moi aussi je veux un cocotier qui me fait des cocktails.

L'avantage avec Barbie, c'est qu'elle est complètement indifférente aux maux qui rongent notre époque. Barbie n'aura pas à voter à l'élection présidentielle en avril. Barbie n'est pas témoin de la montée inexorable de l'extrême droite. Barbie ne sait pas ce qu'est le wokisme. Barbie n'a pas de taxe d'habitation à payer. Barbie, elle est là, tranquille, à se créer des cocktails directement dans l'arbre de son jardin de banlieue américaine, sur lequel poussent inexplicablement des noix de coco. Je tuerais pour avoir sa vie. Mais j'ai vite déchanté. Déjà, en découvrant que la Barbie de 2021 est YouTubeuse.

Dans cet épisode, Barbie, Ken et leurs potes partent passer le week-end dans un spa, parce que «la vie d'ado est parfois très stressante». La vie d'ado???? Je pensais qu'elles avaient 26 piges, moi. Pourquoi vivraient-elles toutes seules dans une villa de 28 hectares sinon? Où sont leurs parents? Et pourquoi Ken a-t-il décidé de passer un entretien d'embauche pour être maître-nageur dans ce spa s'ils sont ados?

J'espère qu'elle fait des tutos «comment ne pas ressembler à un porc-épic après vous être fait couper les cheveux par votre propriétaire de 5 ans».

Oui, parce que l'intrigue principale de l'épisode, c'est le fait que Ken (beaucoup moins musclé que celui que j'avais en maternelle d'ailleurs) essaie à tout prix... de décrocher un job. Même dans Barbie Dreamhouse Adventures, on ne peut pas échapper au marché de l'emploi. Et ce n'est que le début: rapidement, le voyage au spa de Barbie et ses amies va vite virer au cauchemar.

Un capitalisme tout rose

Lorsqu'ils arrivent, la potentielle employeuse et directrice du spa annonce à Ken qu'en fait, la piscine n'est pas terminée, et qu'il devra juste surveiller... un bac rempli d'eau. Quand il se montre perplexe quant à cette offre d'emploi mensongère, elle lui dit «tu es très observateur, ça me plaît». Dans quelle dystopie rose bonbon suis-je tombée? Pourquoi on dirait un épisode de Start-up nation, la série? Finalement, Ken se retrouve à babysitter un enfant monstrueux et psychopathe, sans être payé. Le jeune homme accepte sa nouvelle mission à contrecœur: «Je dois montrer que je sais m'adapter si je veux travailler ici.» Ça aurait dû s'appeler Barbie Exploitation Salariale Dreamhouse en fait.

Pendant ce temps-là, les copines de Barbie se font masser entièrement habillées (ne montrez pas cette série à Zemmour, il va nous dire que c'est encore un coup de la culture woke), et mangent des frites (pour nous faire oublier les décennies de dysmorphie corporelle occasionnées par Mattel). Et puis, tout dégénère. Les potes de Barbie se font chier dessus par des chauve-souris. L'enfant gardé par Ken essaie de le découper avec une scie (pour un tour de magie, je précise quand même). Puis le gamin s'échappe, et finit coincé dans un canyon, avant d'être secouru par hélicoptère… Moi qui pensais trouver un programme moins stressant, si j'avais su, je serais restée sur Élysée Dreamhouse Adventures.

Retrouvez chaque semaine Amies, le podcast d'Anaïs Bordages et Marie Telling dans lequel elles (re)découvrent des séries cultes.

Newsletters

Affaire Boyard: le plateau de Cyril Hanouna est un trou noir qui dévore tout

Affaire Boyard: le plateau de Cyril Hanouna est un trou noir qui dévore tout

L'échange sur le plateau de «Touche pas à mon poste» ne peut plus être cantonné à un dérapage isolé, c'est une sortie de route de tout le système médiatique, une débandade collective de tous ses acteurs.

Le podcast de Binge Audio «À bientôt de te revoir» s'arrête définitivement

Le podcast de Binge Audio «À bientôt de te revoir» s'arrête définitivement

Après cinq saisons de ce podcast à succès, Sophie-Marie Larrouy a tiré sa révérence lors d'un ultime enregistrement en public.

Les médias ont un problème avec les gens du voyage

Les médias ont un problème avec les gens du voyage

Un récent reportage diffusé sur M6, appuyant sans vergogne sur tous les préjugés, pose une fois de plus la question du traitement médiatique de cette communauté.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio