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Les astuces des villes pour chasser les indésirables

Alice Bru, mis à jour le 03.12.2013 à 15 h 30

Comment une ville peut décider du nombre de convives et de l'endroit où l'on peut ou non faire une sieste / Urban Furniture / _rickola via Flickr CC License by.

Comment une ville peut décider du nombre de convives et de l'endroit où l'on peut ou non faire une sieste / Urban Furniture / _rickola via Flickr CC License by.

Face à toutes les petites incivilités dont elles sont victimes, les villes se défendent, écrit le site BBC.com. Alors que l'on pouvait autrefois sans trop de difficulté y faire du skate, s'installer pour refaire le monde... elles deviennent des sortes de porcs-épics inconfortables et hostiles. Il ne faut plus être statique en ville, entre herses, courants d'air chauds ou froids selon la saison et bancs en pente, le citadin est forcé à devenir un passant pressé de rejoindre sa destination.

Plutôt que de rendre la ville inconfortable à tous, ce design, qualifié d'agent silencieux, choisit ses cibles avec soin, comme l'explique à la BBC Helena Savic, étudiante à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne.

«Cela rend les choses désagréables, mais seulement à certaines personnes. D'une manière générale, ça doit plaire aux familles et déplaire aux junkies.»

Tout est donc fait pour rendre la ville non pas inaccessible mais invivable aux «indésirables». Les affiches et les tags, d'abord : de plus en plus, le mobilier est bosselé ou fait de matières sur lesquelles l'encre et la colle n'ont pas de prise. Mais s'il n'y avait que les tags... Unpleasant design a commencé une liste des empêcheurs de vivre en ville. Les bancs publics sont un exemple particulièrement criant: tous ces accoudoirs qui leur ont poussé ne sont pas là pour le confort du promeneur, mais pour l'inconfort du SDF. Idem pour ces gros galets qui décorent le pied des piles de ponts : avez-vous déjà tenté une sieste dessus? Les coins métalliques en travers des arêtes de muret ne décorent rien : leur but est de faire chuter l'impudent skater qui oserait y slider.

Le majeur problème de ces aménagements est leur intransigeance: si un policier peut fermer les yeux, essayez de négocier une nuit à l'abri de la pluie avec la herse tapissant le bas de cette vitrine. Pour Anna Minton, auteure de Fortress Britain, ces innovations n'ont qu'un but, camoufler le manque d'effectifs des forces de l'ordre. Le mobilier n'a plus qu'un seul usage, unique. Face à cela, des artistes se sont mis en tête de lui rendre sa souplesse. WebUrbanist rapporte l'oeuvre d'Oliver Show. Cet artiste allemand, armé de tube flexible jaune vif recrée des bancs, des sièges, des chauffeuses en enroulant son tuyaux sur du mobilier déjà existant. Plus militante, Sarah Ross a mis au point l'Archisuit. Il s'agit d'une sorte de pyjama agrémenté de gros coussins l'isolant des accoudoirs félons des bancs publics.

«C'est fait pour être ridicule et drôle, pour pointer le ridicule de cette architecture agressive. Ce sont des solutions grotesques à des problèmes qui n'ont rien à voir avec l'architecture et tout à voir avec l'absence de protection sociale.»

Alice Bru
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