Tech & internet / Life

Une appli pour éviter ses «amis»

Temps de lecture : 2 min

Capture d'écran d'une carte de l'appli Hell is Other People
Capture d'écran d'une carte de l'appli Hell is Other People

«L’Enfer, c’est les autres.» Cette célèbre réplique de Huis Clos, de Jean-Paul Sartre a manifestement beaucoup inspiré un développeur américain, Scott Garner, qui a eu une brillante idée présentée sur le site The Verge. A l'origine, l’application FourSquare a été inventée pour permettre aux amis qui se connectent sur le système de géolocaliser tous leurs contacts, dans l’espoir de se croiser plus fréquemment. Du genre, «tiens, Jean-Chri est en terrasse au café des Amis, je vais faire un petit détour pour le saluer».

Or Garner a utilisé l’appli FourSquare pour rendre le service exactement inverse: vous apporter la certitude de ne pas croiser vos amis, en vous indiquant dans quelles zones vous avez le plus de chance de ne pas les trouver...

A partir des données de localisation des «amis» de votre compte FourSquare lors de leurs check-ins, son appli judicieusement nommée «Hell is Other people»L’enfer, c’est les autres», donc) identifie sur une carte Google des lieux qui représentent des «zones de sécurité à distance optimale» des contacts de l’utilisateur!

Les points orange représentent les «check-ins», la localisation de vos contacts. Les points verts sont les lieux situés à distance optimale de vos amis. Capture d'écran d'une zone de sécurité «sans ami» de l'appli Hell is other people

Dédaigneux des réseaux sociaux numériques et ancien «anxieux social», Garner considère son appli comme un projet artistique plus que fonctionnel, précise par ailleurs le site C Net. Mais l’appli pourrait malgré tout avoir une réelle utilité. Le 5 mai dernier, Garner a passé six heures dans certaines de ces zones de sûreté calculées grâce à son programme, et le test s’est révélé concluant: il n’a croisé personne de sa connaissance.

Hell is Other People: Walk One from Scott Garner on Vimeo.

«J’ai vraiment horreur des réseaux sociaux», admet l’intéressé dans la vidéo qui explique et met en scène son projet.

«J’ai dû m’inscrire sur un réseau, parler à des gens, leur demander de devenir mon “ami” simplement pour pouvoir les éviter.»

On sait que depuis la prédiction de Warhol selon laquelle chacun vivra son quart d’heure de célébrité, les choses ont considérablement évolué avec la généralisation de l’utilisation des réseaux sociaux, et que l’exposition sociale en ligne non souhaitée est devenue un problème. «Le quart d’heure risque fort de se prolonger, indéfiniment, et le problème serait plutôt de savoir en quelle mesure il est, et sera encore possible, à l’avenir, d’avoir son “quart d’heure d’anonymat”», comme l’écrivait Jean-Marc Manach en 2010 sur Internet Actu.

De simple «expérience d’anti-réseau social» et «satire», l’idée de Scott Garner pourrait peut-être trouver un écho au-delà des malades d’anxiété sociale à mesure que les préoccupations liées à l’interaction et à la connectivité en flux continu concernent un nombre croissant d'individus (ou que, tout bêtement vous souhaitez avoir une activité que vous préférez garder secrète).

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