Monde

Des journaux argentins poursuivis pour avoir écrit sur l'inflation

Temps de lecture : 2 min

 Billets de banque argentins, le 9 septembre 2010. Alex E.Proimos via Flickr CC License by

Pour leur couverture de l’évolution économique de l’Argentine depuis cinq ans, six journaux du pays viennent d’être assignés à comparaître devant la justice. Selon le Washington Post, cette assignation permettra au gouvernement argentin d’obtenir des informations sur les sources de ces journaux, leur ayant transmis des statistiques concernant les taux d'inflation du pays différentes de celles du gouvernement.

Pour les groupes de presse, cette tentative n’est rien d’autre qu’un moyen d’intimider les médias et de censurer la publication des taux d’inflation records de l’Argentine, qui selon certains économistes et consultants indépendants atteignent les 20% chaque année, ce qui fait deux fois plus que les taux officiels du gouvernement (9,8% en août 2011).

En retour, le secrétaire du Commerce intérieur Guillermo Moreno a accusé les consultants indépendants concernés –qui ne sont autres que les différentes «sources» des 6 journaux– d’avoir transmis des chiffres falsifiés dans le seul but d’augmenter les profits de leurs clients, d’après ce qu’explique le site d’information Business Week.

Depuis, ces entreprises de conseil ne publient plus leurs données, mais certains économistes continuent d'envoyer secrètement leurs statistiques au Comité du Congrès pour la liberté d’expression afin qu’elles soient rendues publiques. Le Washington Post précise que ce comité, ainsi que le bureau du FMI à Buenos Aires et la banque centrale d'Argentine ont aussi été assignés à comparaître devant la justice.

Cette bataille des données a plus que des conséquences politiques pour la présidente Cristina Fernandez. En effet, comme une grande partie de la dette du pays est constituée d’obligations indexées sur l’inflation, le gouvernement a intérêt à maintenir un taux d’inflation faible s’il ne veut pas que les montants à rembourser aux détenteurs d’obligations augmentent considérablement.

Pour le groupe de presse ADEPA, cette stratégie d’intimidation a bien pour but de faire pression afin d'éviter que certaines données, pourtant d’intérêt public, soient diffusées:

«Maintenant ils veulent impliquer les journalistes qui publient ces informations, les accusant de vouloir se baser sur plusieurs sources au lieu de n’être que le relais des statistiques officielles qui sont remises en question depuis plusieurs années. Vouloir imposer une unique ligne officielle est une menace pour la démocratie et la liberté d’expression.»

La présidente du Comité du Congrès, Silvana Guidici, accuse même le gouvernement de préparer des «listes noires», comme l’avait fait la junte militaire au pouvoir entre 1976 et 1983:

«D’abord ça été les consultants, puis les journalistes et maintenant ils en veulent aux juristes.»

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