Chez les psychanalystes, le divan n'est jamais neutre
Société

Chez les psychanalystes, le divan n'est jamais neutre

Symbole par excellence du psychanalyste, le divan fascine autant qu'il intimide. Qu'il ressemble plutôt à un canapé ou à un lit, qu'il soit confortable, étroit ou complètement recouvert de tapis persan comme celui de Sigmund Freud, le divan n'est jamais vraiment choisi au hasard. Et pour cause: il peut s'avérer aussi important pour l'analysant que l'analyste.

«Ça fait vingt ans qu'il est là», sourit Marie-Pierre Sicard Devillard, psychanalyste et membre de la Société de psychanalyse freudienne. Ce divan, elle l'a choisi avec son mari au moment de lancer leur cabinet dans le IIe arrondissement de Paris. «On voulait un divan qui ne soit pas un lit, ce qui n'est pas évident à trouver. C'est pour ça que j'aime particulièrement ce modèle, c'est plus un meuble de designer.»

 

Plaqué contre le mur d'une pièce lumineuse, le divan est sobre, discret, à l'image de la décoration minimaliste de ce cabinet que Marie-Pierre Sicard Devillard utilise seule désormais. «Il se fond dans le décor. Il est neutre. Celui qui s'y allonge peut facilement se l'approprier.»

 

Tous ne s'y allongent pourtant pas. «Le passage sur le divan n'est pas une obligation», reprend la psychanalyste. «Il y a des gens pour qui ça ne vient pas. Ça ne veut pas dire que le travail n'avance pas, mais plutôt qu'il se fera différemment.» Face à face sur des fauteuils, la psychanalyste écoute alors son patient et repère parfois un moment de bascule, «un moment où je sens qu'il est temps pour lui de s'allonger. Il y a comme une perception commune, ça tombe juste. Je sens que l'échange de regards est en trop, et qu'il faut lui laisser beaucoup plus d'ouverture pour pouvoir aller là où il veut.»

 

Allongé, le patient n'est plus sous le regard, la pression retombe et, avec elle, toute censure. «Ne pas avoir ce contact visuel favorise justement l'intériorisation d'un regard sur soi: c'est la possibilité d'aller chercher avec des mots des choses beaucoup plus enfouies.»
Robin Tutenges

«Ça fait vingt ans qu'il est là», sourit Marie-Pierre Sicard Devillard, psychanalyste et membre de la Société de psychanalyse freudienne. Ce divan, elle l'a choisi avec son mari au moment de lancer leur cabinet dans le IIe arrondissement de Paris. «On voulait un divan qui ne soit pas un lit, ce qui n'est pas évident à trouver. C'est pour ça que j'aime particulièrement ce modèle, c'est plus un meuble de designer.»

 

Plaqué contre le mur d'une pièce lumineuse, le divan est sobre, discret, à l'image de la décoration minimaliste de ce cabinet que Marie-Pierre Sicard Devillard utilise seule désormais. «Il se fond dans le décor. Il est neutre. Celui qui s'y allonge peut facilement se l'approprier.»

 

Tous ne s'y allongent pourtant pas. «Le passage sur le divan n'est pas une obligation», reprend la psychanalyste. «Il y a des gens pour qui ça ne vient pas. Ça ne veut pas dire que le travail n'avance pas, mais plutôt qu'il se fera différemment.» Face à face sur des fauteuils, la psychanalyste écoute alors son patient et repère parfois un moment de bascule, «un moment où je sens qu'il est temps pour lui de s'allonger. Il y a comme une perception commune, ça tombe juste. Je sens que l'échange de regards est en trop, et qu'il faut lui laisser beaucoup plus d'ouverture pour pouvoir aller là où il veut.»

 

Allongé, le patient n'est plus sous le regard, la pression retombe et, avec elle, toute censure. «Ne pas avoir ce contact visuel favorise justement l'intériorisation d'un regard sur soi: c'est la possibilité d'aller chercher avec des mots des choses beaucoup plus enfouies.»

«Dans son divan, il y a l'idée des autres divans», explique Christophe Paradas, psychiatre et psychanalyste, assis sur le fauteuil en cuir noir de son cabinet parisien. «Celui du premier divan, appartenant à Freud, mais aussi ceux sur lesquels on s'est allongé, voire que l'on a côtoyé, comme celui de son superviseur.» Loin d'être un simple élément décoratif, cet objet n'est pas anodin.

 

«C'est un élément qui a une symbolique. Même si le patient ne s'allonge pas, il est là, comme une possibilité. Il symbolise l'analyse dans le cadre lui-même.» La salle est colorée, chacun de ses recoins déborde de livres ou de babioles évoquant l'Orient, sauf l'espace du divan, qui est lui bien plus neutre. «Le divan est un lieu imaginaire, c'est un lieu qui appartient au patient», ajoute-t-il. 

 

Confortable et imposant, son divan évoque un univers aquatique, méditerranéen. «Il est en lien avec la métaphore odysséenne. Allongé dessus, il y a une sorte de navigation. C'est un voyage, une aventure. Il peut y avoir des moments d'exploration, voire de dérive avec des vagues.»

 

Le divan aux nombreux coussins est large, «assez pour ne pas avoir l'impression de tomber. C'est un peu comme sur un bateau: il faut que ça puisse tanguer, sans pour autant chavirer.»
Robin Tutenges

«Dans son divan, il y a l'idée des autres divans», explique Christophe Paradas, psychiatre et psychanalyste, assis sur le fauteuil en cuir noir de son cabinet parisien. «Celui du premier divan, appartenant à Freud, mais aussi ceux sur lesquels on s'est allongé, voire que l'on a côtoyé, comme celui de son superviseur.» Loin d'être un simple élément décoratif, cet objet n'est pas anodin.

 

«C'est un élément qui a une symbolique. Même si le patient ne s'allonge pas, il est là, comme une possibilité. Il symbolise l'analyse dans le cadre lui-même.» La salle est colorée, chacun de ses recoins déborde de livres ou de babioles évoquant l'Orient, sauf l'espace du divan, qui est lui bien plus neutre. «Le divan est un lieu imaginaire, c'est un lieu qui appartient au patient», ajoute-t-il. 

 

Confortable et imposant, son divan évoque un univers aquatique, méditerranéen. «Il est en lien avec la métaphore odysséenne. Allongé dessus, il y a une sorte de navigation. C'est un voyage, une aventure. Il peut y avoir des moments d'exploration, voire de dérive avec des vagues.»

 

Le divan aux nombreux coussins est large, «assez pour ne pas avoir l'impression de tomber. C'est un peu comme sur un bateau: il faut que ça puisse tanguer, sans pour autant chavirer.»

«Ce sont mes analysants qui ont fait de mon canapé un divan», glisse Charlotte Montpezat, psychanalyste et coach qui exerce depuis près de deux ans chez elle, à Paris. «À l'origine, c'est un canapé qui m'a été offert. Quand j'ai commencé à recevoir, je me suis dit qu'il fallait que j'achète un divan pour de bon. Mais mes analysants m'ont prise de court: ils se sont installés sur mon canapé avant même que j'aie eu le temps de le changer.»

 

Ce dernier trône au milieu d'une pièce baignant de lumière, surplombée par une discrète mezzanine cachant les appartements de la psychanalyste. «En bas, la décoration est personnelle mais pas intime.» Autour du divan, de nombreux livres côtoient parfois de petites sculptures. «Ce sont autant de choses sur lesquelles l'analysant peut prendre appui pour ressortir quelque chose, un souvenir. Ça favorise l'association libre.»

 

Sur ce divan, sorte de «porte d'entrée vers le lâcher-prise», les patients ont leurs habitudes. Certains se pelotonnent avec un coussin, d'autres enlèvent leurs chaussures. «L'attitude, la position: tout montre ou dit quelque chose», reprend la psychanalyste. Une fois allongé, les échanges changent parfois totalement de nature. «Les séances y sont souvent plus courtes, plus condensées. Il y a des choses qui ne peuvent se dire que sur le divan.»

 

Troquer son canapé pour un modèle plus classique? Charlotte Montpezat y a pensé, mais souhaite avant tout garder un cadre sécurisant. «Et puis, ce qui fait un bon divan, c'est surtout un bon analyste.»
Robin Tutenges

«Ce sont mes analysants qui ont fait de mon canapé un divan», glisse Charlotte Montpezat, psychanalyste et coach qui exerce depuis près de deux ans chez elle, à Paris. «À l'origine, c'est un canapé qui m'a été offert. Quand j'ai commencé à recevoir, je me suis dit qu'il fallait que j'achète un divan pour de bon. Mais mes analysants m'ont prise de court: ils se sont installés sur mon canapé avant même que j'aie eu le temps de le changer.»

 

Ce dernier trône au milieu d'une pièce baignant de lumière, surplombée par une discrète mezzanine cachant les appartements de la psychanalyste. «En bas, la décoration est personnelle mais pas intime.» Autour du divan, de nombreux livres côtoient parfois de petites sculptures. «Ce sont autant de choses sur lesquelles l'analysant peut prendre appui pour ressortir quelque chose, un souvenir. Ça favorise l'association libre.»

 

Sur ce divan, sorte de «porte d'entrée vers le lâcher-prise», les patients ont leurs habitudes. Certains se pelotonnent avec un coussin, d'autres enlèvent leurs chaussures. «L'attitude, la position: tout montre ou dit quelque chose», reprend la psychanalyste. Une fois allongé, les échanges changent parfois totalement de nature. «Les séances y sont souvent plus courtes, plus condensées. Il y a des choses qui ne peuvent se dire que sur le divan.»

 

Troquer son canapé pour un modèle plus classique? Charlotte Montpezat y a pensé, mais souhaite avant tout garder un cadre sécurisant. «Et puis, ce qui fait un bon divan, c'est surtout un bon analyste.»

«Le divan peut être aussi important pour le patient que pour le psychanalyste», estime Cécile Babel, psychanalyste dans le XIe arrondissement, à Paris. «L'écoute derrière le divan est autre, plus profonde. Nous non plus on n'a pas le regard, on peut fermer les yeux pour se concentrer. Seuls les mots ont alors de l'importance.»

 

Dans son cabinet intimiste, niché au fond d'un passage jonché de fleurs, la psychanalyste reprend. «Allongé, il n'y a plus de mimique, de côté social. Le divan est comme un terrain neutre. Et il permet aussi d'éviter de tomber dans la conversation.»

 

Le sien, Cécile Babel n'a pas hésité en le choisissant. «Quand je l'ai vu, je l'ai pris de suite. Je tenais à avoir un divan qui ne soit pas un lit. Il est sobre, simple, je le trouve finalement cohérent avec ma pratique et avec l'analyste que je suis.»

 

La décoration est elle aussi minimaliste. Une lampe, quelques livres de psychanalyse sur une étagère et deux ou trois tableaux viennent réchauffer la pièce aux murs blancs. Une atmosphère qui permet à chacun de se projeter comme il le veut. «J'aime bien voir les analysants avoir leurs petites habitudes sur le divan, qu'ils changent de coussin ou se mettent dans certaines positions récurrentes. Ça montre qu'ils ont une certaine liberté, qu'ils y sont bien.»
Robin Tutenges

«Le divan peut être aussi important pour le patient que pour le psychanalyste», estime Cécile Babel, psychanalyste dans le XIe arrondissement, à Paris. «L'écoute derrière le divan est autre, plus profonde. Nous non plus on n'a pas le regard, on peut fermer les yeux pour se concentrer. Seuls les mots ont alors de l'importance.»

 

Dans son cabinet intimiste, niché au fond d'un passage jonché de fleurs, la psychanalyste reprend. «Allongé, il n'y a plus de mimique, de côté social. Le divan est comme un terrain neutre. Et il permet aussi d'éviter de tomber dans la conversation.»

 

Le sien, Cécile Babel n'a pas hésité en le choisissant. «Quand je l'ai vu, je l'ai pris de suite. Je tenais à avoir un divan qui ne soit pas un lit. Il est sobre, simple, je le trouve finalement cohérent avec ma pratique et avec l'analyste que je suis.»

 

La décoration est elle aussi minimaliste. Une lampe, quelques livres de psychanalyse sur une étagère et deux ou trois tableaux viennent réchauffer la pièce aux murs blancs. Une atmosphère qui permet à chacun de se projeter comme il le veut. «J'aime bien voir les analysants avoir leurs petites habitudes sur le divan, qu'ils changent de coussin ou se mettent dans certaines positions récurrentes. Ça montre qu'ils ont une certaine liberté, qu'ils y sont bien.»

«Il y a souvent des formes de nuages qui invitent à la rêverie, qui agissent comme des supports de projection», explique le psychanalyste Bruno Secchi en regardant le ciel à travers la fenêtre située juste au-dessus de son divan. «Ici où il est si souvent question du passé, c'est comme une ouverture vers le présent et le futur.»

 

Dans son petit cabinet sous les toits de Paris, cet ancien danseur d'origine italienne, qui exerce la psychanalyse depuis vingt-cinq ans, a choisi un divan singulier, réplique d'un Ludwig Mies van der Rohe datant des années 1930. «Dans cet espace un peu réduit, j'avais besoin de légèreté, de sobriété, d'aller à l'essentiel. La danse m'a aidé dans l'aménagement, avec cette sensibilité à l'esthétique et à l'espace.»

 

De la place, le psychanalyste en avait un peu plus dans son ancien cabinet, qui ne ressemblait en rien à celui où il reçoit désormais. «Le style était plus feutré, ça rappelait un peu la fin du XIXe, avec des couleurs et des matières plus chaudes. Ça correspond à ma première fidélité à Freud.» Son divan d'alors? Un lit en velours, qui commençait quelque peu à fatiguer.

 

Le psychanalyste a bien tenté de le changer, mais s'est rapidement heurté au refus catégorique de ses patients. «Certains étaient dans un moment de travail délicat et c'était trop violent pour eux d'avoir un nouveau divan. Il fait partie du cadre, c'est un support du travail psychique; en le changeant on touche donc à quelque chose qui peut avoir des répercussions.»

 

Aujourd'hui, le psychanalyste se réjouit de son divan. «Je n'ai pas besoin de le réajuster constamment comme celui en velours», sourit-il. «Et puis il est confortable. C'est important selon moi: les gens viennent ici pour prendre un temps pour eux, ce qui est très rare de nos jours. Autant qu'ils soient bien installés.»
Robin Tutenges

«Il y a souvent des formes de nuages qui invitent à la rêverie, qui agissent comme des supports de projection», explique le psychanalyste Bruno Secchi en regardant le ciel à travers la fenêtre située juste au-dessus de son divan. «Ici où il est si souvent question du passé, c'est comme une ouverture vers le présent et le futur.»

 

Dans son petit cabinet sous les toits de Paris, cet ancien danseur d'origine italienne, qui exerce la psychanalyse depuis vingt-cinq ans, a choisi un divan singulier, réplique d'un Ludwig Mies van der Rohe datant des années 1930. «Dans cet espace un peu réduit, j'avais besoin de légèreté, de sobriété, d'aller à l'essentiel. La danse m'a aidé dans l'aménagement, avec cette sensibilité à l'esthétique et à l'espace.»

 

De la place, le psychanalyste en avait un peu plus dans son ancien cabinet, qui ne ressemblait en rien à celui où il reçoit désormais. «Le style était plus feutré, ça rappelait un peu la fin du XIXe, avec des couleurs et des matières plus chaudes. Ça correspond à ma première fidélité à Freud.» Son divan d'alors? Un lit en velours, qui commençait quelque peu à fatiguer.

 

Le psychanalyste a bien tenté de le changer, mais s'est rapidement heurté au refus catégorique de ses patients. «Certains étaient dans un moment de travail délicat et c'était trop violent pour eux d'avoir un nouveau divan. Il fait partie du cadre, c'est un support du travail psychique; en le changeant on touche donc à quelque chose qui peut avoir des répercussions.»

 

Aujourd'hui, le psychanalyste se réjouit de son divan. «Je n'ai pas besoin de le réajuster constamment comme celui en velours», sourit-il. «Et puis il est confortable. C'est important selon moi: les gens viennent ici pour prendre un temps pour eux, ce qui est très rare de nos jours. Autant qu'ils soient bien installés.»

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