«C'était partir ou mourir»: à la frontière polonaise, les Ukrainiens fuient la guerre
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«C'était partir ou mourir»: à la frontière polonaise, les Ukrainiens fuient la guerre

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a marqué le début d'un grand exode forcé: celui des Ukrainiens fuyant la guerre. En direction de l'ouest, principalement vers la Pologne, des centaines de milliers de familles marchent le pas lourd, traînant derrière elles valises et tristesse. Si traverser la frontière constitue un véritable soulagement, le repos n'est souvent que de courte durée. L'arrivée en Pologne marque le début d'un voyage rempli d'incertitudes, loin de son pays. 

Alors que les températures frôlent le zéro degré, une foule croissante se rassemble à Medyka, à la frontière entre l'Ukraine et la Pologne. Certains font les cent pas, fument des cigarettes à la chaîne ou restent stoïques, emmitouflés dans une couverture. Tous regardent en revanche dans la même direction: vers l'Ukraine, à une dizaine de mètres devant eux, en espérant voir enfin leurs proches arriver. On attend une sœur, une fille, une mère ou un ami, parfois depuis plus de deux jours. De l'autre côté, des milliers d'Ukrainiens sont bloqués et le passage en terre polonaise se fait au compte-gouttes, notamment pour empêcher les hommes qui ont entre 18 et 60 ans de quitter le pays, afin qu'ils prennent les armes. 
Robin Tutenges

Alors que les températures frôlent le zéro degré, une foule croissante se rassemble à Medyka, à la frontière entre l'Ukraine et la Pologne. Certains font les cent pas, fument des cigarettes à la chaîne ou restent stoïques, emmitouflés dans une couverture. Tous regardent en revanche dans la même direction: vers l'Ukraine, à une dizaine de mètres devant eux, en espérant voir enfin leurs proches arriver. On attend une sœur, une fille, une mère ou un ami, parfois depuis plus de deux jours. De l'autre côté, des milliers d'Ukrainiens sont bloqués et le passage en terre polonaise se fait au compte-gouttes, notamment pour empêcher les hommes qui ont entre 18 et 60 ans de quitter le pays, afin qu'ils prennent les armes. 

«Slava Ukraini» («Gloire à l'Ukraine»), lance une femme en bout de file. Les sourires sont crispés. Ce chemin-ci ne mène pas en Pologne, mais en Ukraine. Si quelques-uns l'empruntent pour prendre les armes face aux Russes, d'autres retournent simplement chez eux. Et qu'importe si la guerre fait rage. «L'Ukraine est mon pays», répond sèchement une femme d'une quarantaine d'années, en essayant de se faire une place dans la file malgré ses trois valises. «Rien ne m'en éloignera, même si les bombes tombent.»
Robin Tutenges

«Slava Ukraini» («Gloire à l'Ukraine»), lance une femme en bout de file. Les sourires sont crispés. Ce chemin-ci ne mène pas en Pologne, mais en Ukraine. Si quelques-uns l'empruntent pour prendre les armes face aux Russes, d'autres retournent simplement chez eux. Et qu'importe si la guerre fait rage. «L'Ukraine est mon pays», répond sèchement une femme d'une quarantaine d'années, en essayant de se faire une place dans la file malgré ses trois valises. «Rien ne m'en éloignera, même si les bombes tombent.»

Une fois en Pologne, la tension redescend. «J'ai passé trente heures sur les routes, bloquée par les embouteillages d'abord, puis par la masse de gens devant la frontière. J'ai marché, attendu et attendu encore, mais je suis enfin passée», soupire Hanna, une jeune Ukrainienne tout juste arrivée. D'après les autorités polonaises, plus de 100.000 réfugiés, principalement des femmes et enfants, ont déjà passé la frontière terrestre depuis le début de la guerre, le 24 février. Un chiffre qui pourrait un jour atteindre les 5 millions de personnes, prévient le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
Robin Tutenges

Une fois en Pologne, la tension redescend. «J'ai passé trente heures sur les routes, bloquée par les embouteillages d'abord, puis par la masse de gens devant la frontière. J'ai marché, attendu et attendu encore, mais je suis enfin passée», soupire Hanna, une jeune Ukrainienne tout juste arrivée. D'après les autorités polonaises, plus de 100.000 réfugiés, principalement des femmes et enfants, ont déjà passé la frontière terrestre depuis le début de la guerre, le 24 février. Un chiffre qui pourrait un jour atteindre les 5 millions de personnes, prévient le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Quelques mètres après la frontière, les visages sont pâles, les regards vides. Chaque pas de plus éloigne désormais de l'Ukraine. Si certaines personnes peuvent être accueillies par de la famille et des amis en Pologne ou ailleurs, ce n'est pas le cas de tout le monde. Beaucoup ne savent pas où ils dormiront cette nuit ni les nuits d'après. «De toute façon, c'était partir ou mourir», soupire Christina, une Ukrainienne arrivée la veille, et qui attend désormais une amie. 
Robin Tutenges

Quelques mètres après la frontière, les visages sont pâles, les regards vides. Chaque pas de plus éloigne désormais de l'Ukraine. Si certaines personnes peuvent être accueillies par de la famille et des amis en Pologne ou ailleurs, ce n'est pas le cas de tout le monde. Beaucoup ne savent pas où ils dormiront cette nuit ni les nuits d'après. «De toute façon, c'était partir ou mourir», soupire Christina, une Ukrainienne arrivée la veille, et qui attend désormais une amie. 

En urgence, des bus venus de toutes parts sont réquisitionnés pour répartir les réfugiés dans le pays. Cracovie, Przemyśl et d'autres villes sont desservies, ainsi que des camps improvisés à la hâte dans des gares et entrepôts. 
Robin Tutenges

En urgence, des bus venus de toutes parts sont réquisitionnés pour répartir les réfugiés dans le pays. Cracovie, Przemyśl et d'autres villes sont desservies, ainsi que des camps improvisés à la hâte dans des gares et entrepôts. 

À Przemyśl, une ville polonaise située à une quinzaine de kilomètres de la frontière avec l'Ukraine, la solidarité est impressionnante. Des foules de Polonais –mais aussi d'autres citoyens et citoyennes d'Europe– sont venues dès les premiers jours du conflit proposer leur aide à l'accueil des réfugiés. Pancarte en main, chacun brandit un nom de ville où il peut transporter les nouveaux arrivants. «C'est insupportable de rester chez soi, de regarder les images du conflit et de se sentir inutile», explique Tomasz, un quinquagénaire venu depuis Cracovie en camion pour ramener quatre ou cinq personnes sur son retour. «On a de l'espace chez nous, on peut aussi accueillir une petite famille si besoin.»
Robin Tutenges

À Przemyśl, une ville polonaise située à une quinzaine de kilomètres de la frontière avec l'Ukraine, la solidarité est impressionnante. Des foules de Polonais –mais aussi d'autres citoyens et citoyennes d'Europe– sont venues dès les premiers jours du conflit proposer leur aide à l'accueil des réfugiés. Pancarte en main, chacun brandit un nom de ville où il peut transporter les nouveaux arrivants. «C'est insupportable de rester chez soi, de regarder les images du conflit et de se sentir inutile», explique Tomasz, un quinquagénaire venu depuis Cracovie en camion pour ramener quatre ou cinq personnes sur son retour. «On a de l'espace chez nous, on peut aussi accueillir une petite famille si besoin.»

Nastia, 22 ans, vient tout juste d'arriver sur un parking de Przemyśl, où sont dressées des tentes abritant de la nourriture, des habits chauds et des produits de première nécessité. «Je suis si triste de quitter mon pays. Il y a encore tellement de gens de l'autre côté, beaucoup d'hommes. C'est tellement triste pour l'Ukraine», déplore la jeune femme, qui est accompagnée par sa mère. Toutes deux ont décidé de rejoindre la Pologne «pour un temps», après un voyage de deux jours. Leur périple devrait les mener vers Bratislava, où de la famille éloignée les attend.
Robin Tutenges

Nastia, 22 ans, vient tout juste d'arriver sur un parking de Przemyśl, où sont dressées des tentes abritant de la nourriture, des habits chauds et des produits de première nécessité. «Je suis si triste de quitter mon pays. Il y a encore tellement de gens de l'autre côté, beaucoup d'hommes. C'est tellement triste pour l'Ukraine», déplore la jeune femme, qui est accompagnée par sa mère. Toutes deux ont décidé de rejoindre la Pologne «pour un temps», après un voyage de deux jours. Leur périple devrait les mener vers Bratislava, où de la famille éloignée les attend.

La gare de Przemyśl est une vraie fourmilière. De très nombreux Ukrainiens affluent sans discontinuer depuis Lviv, une ville ukrainienne aux portes de la Pologne devenue le point d'exil des populations fuyant Kiev et les conflits. Les bagages sont éparpillés sur le sol et chacun essaie de trouver un espace pour se reposer quelques instants. 
Robin Tutenges

La gare de Przemyśl est une vraie fourmilière. De très nombreux Ukrainiens affluent sans discontinuer depuis Lviv, une ville ukrainienne aux portes de la Pologne devenue le point d'exil des populations fuyant Kiev et les conflits. Les bagages sont éparpillés sur le sol et chacun essaie de trouver un espace pour se reposer quelques instants. 

Des lits de fortune sont installés dans plusieurs centres le long de la frontière pour accueillir provisoirement les exilés, comme ici, à Hala Kijowska. Dans cet immense hangar, des soldats distribuent soupes et cafés. L'ambiance est calme, presque silencieuse à certains moments. Seuls les volontaires s'activent dans tous les sens, s'empressant d'aider des Ukrainiens épuisés. 
Robin Tutenges

Des lits de fortune sont installés dans plusieurs centres le long de la frontière pour accueillir provisoirement les exilés, comme ici, à Hala Kijowska. Dans cet immense hangar, des soldats distribuent soupes et cafés. L'ambiance est calme, presque silencieuse à certains moments. Seuls les volontaires s'activent dans tous les sens, s'empressant d'aider des Ukrainiens épuisés. 

Tous n'ont pas eu le temps de rejoindre l'un des centres après leur évacuation chaotique, et les bancs de la gare de Przemyśl accueillent les plus exténués. Les femmes et les enfants sont surreprésentés parmi les réfugiés. Une fois la nuit passée, il faudra déjà se remettre en marche vers l'inconnu. 
Robin Tutenges

Tous n'ont pas eu le temps de rejoindre l'un des centres après leur évacuation chaotique, et les bancs de la gare de Przemyśl accueillent les plus exténués. Les femmes et les enfants sont surreprésentés parmi les réfugiés. Une fois la nuit passée, il faudra déjà se remettre en marche vers l'inconnu. 

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