Culture

Bryan Harvey, chanteur et victime d'une chevauchée meurtrière

Temps de lecture : 5 min

Ricky Javon Gray et Ray Joseph Dandridge ont tué neuf personnes, dont le musicien Bryan Harvey. Un délire sanguinaire resté dans les annales judiciaires de la Virginie.

C'est le batteur du groupe House of Freaks, Johnny Hott (à gauche), qui a contacté les secours en réalisant que la maison de son compère Bryan Harvey (à droite) était en feu. | Capture d'écran House of Freaks via YouTube
C'est le batteur du groupe House of Freaks, Johnny Hott (à gauche), qui a contacté les secours en réalisant que la maison de son compère Bryan Harvey (à droite) était en feu. | Capture d'écran House of Freaks via YouTube

«Non.» Telle est la réponse que donne Ricky Javon Gray lorsqu'un agent du service pénitencier de Greensville (Virgine), aux États-Unis, lui demande s'il a un dernier mot à dire. Ce 18 janvier 2017, il succombe à une injection létale à l'âge de 39 ans. Ray Joseph Dandridge, son neveu du même âge, demeure quant à lui incarcéré dans la prison de Sussex II. Il n'en sortira plus jamais, condamné à la perpétuité sans possibilité de remise de peine. Une autre mort, en fait.

Ensemble, ils ont commis l'une des séries de meurtres les plus atroces que l'État ait connu ces cinquante dernières années. Une chevauchée sanglante, une perte de contrôle et un sadisme terrible qui ont envoyé neuf personnes hors du monde.

On frappe à la porte

Tout commence le 5 novembre 2005, quand la police de Washington retrouve le corps de Treva Gray, 35 ans. Elle présente des traces de lutte, de coups, mais la police, dans un laxisme hallucinant, privilégie vite la thèse du suicide. Pourtant, la famille de la victime n'a aucun doute sur l'identité de ses agresseurs. Pour eux, c'est sûr, il s'agit du mari de Treva, Ricky, et de son neveu Ray.

Les deux hommes vivent dans la même maison à Washington et ont des traces de griffures sur les bras. Les parents de Treva les ont vues. Leur comportement est louche, mais la police ne les inculpe pas. Certainement passés entre les mailles du filet, les deux complices quittent la ville, laissant derrière eux une famille désarmée et haineuse. Ray déménage chez son père à Philadelphie, son oncle Ricky part vire chez sa grand-mère en Virginie, à Arlington plus précisément. Quelques jours plus tard, Ray le rejoint. Le duo malfaisant se reforme.

«Je ne crois pas que “désolé” soit assez fort, osera Ricky peu après son arrestation. Rien de tout cela n'était nécessaire.» Il est vrai que les actes qui vont suivre n'ont aucune explication rationnelle. Le 1er janvier 2006, en début d'après-midi, deux mois seulement après la mort de Treva Gray, un certain Johnny Hott arrive au domicile ses amis, les Harvey. Ils habitent dans un quartier résidentiel de Richmond, toujours en Virginie. Ils doivent passer le Nouvel An ensemble, mais Johnny Hott trouve la maison en feu et appelle tout de suite les pompiers.

Lorsque ceux-ci arrivent à leur tour, ils se précipitent à l'intérieur, fouillent les lieux à la recherche d'occupants. Rien. Jusqu'à ce que l'un d'eux descende au sous-sol. Là, il trouve quatre personnes inanimées: deux enfants et leurs parents. Les Harvey sont extirpés des flammes, mais au moment de pratiquer les premiers soins, les secours constatent qu'ils ont tous été ligotés, frappés et égorgés, et qu'ils sont déjà morts. Les deux filles s'appelaient Stella et Ruby, leur mère Kathryn, et leur père Bryan.

Un déchaînement de violence

Bryan Harvey n'est pas tout à fait un inconnu. Dans les années 1980 et 1990, il a mené une carrière de musicien au sein, d'abord, du groupe Gutterball, puis et surtout en tant que chanteur et guitariste de House of Freaks. Un duo qu'il formait avec le batteur Johnny Hott, officiant dans un style folk-rock tendance americana et qui a préfiguré les formations rock réduites type White Stripes ou The Black Keys.

Les deux hommes se sont rencontrés à Los Angeles au milieu des années 1980 et ont sorti un premier album en 1987, Monkey On A Chain Gang. Mais leur disque de référence, celui qui leur offre véritablement un nom dans la scène effervescente qu'ils côtoient, c'est Tantilla, paru en 1989 sur le label Rhino Records. Entre tradition du son sudiste américain et modernité indie, ils tournent ensemble jusqu'en 1995, sans connaître de succès notable, mais en menant une carrière honorable.

Après cette date, Bryan Harvey monte plusieurs projets confidentiels, mais reste musicien professionnel. En 2006, il tourne encore avec un groupe, NgR Krysys. La veille du Nouvel An, il se produit en concert une dernière fois, avant de rentrer chez lui. Et d'y trouver la mort.

Quelques heures avant l'arrivée de Johnny Hott, deux hommes se sont déjà rendus au domicile des Harvey: Ricky Javon Gray et son neveu Ray Joseph Dandridge. Ils déboulent dans la maison et y trouvent Bryan, Kathryn et leur fille Ruby. Ils les menacent, les font descendre au sous-sol, les ligotent et les bâillonnent avant de commencer à fouiller la demeure à la recherche d'objets de valeur. Ils n'en trouveront que très peu.

Mais au bout de quelques minutes, la deuxième fille, Stella, rentre chez elle, raccompagnée par la mère d'une amie, Kirsten Perkinson. Pour ne pas éveiller les soupçons, Ray et Ricky décident de détacher Kathryn qui, sous la menace invisible de ses assaillants, remercie expressément Kirsten et fait rentrer Stella. Un dernier regard à l'amie qui ne se doute de rien, et la porte se referme.

Stella et sa mère sont ensuite emmenées au sous-sol et entravées. La famille entière est à la merci de Ray et Ricky. Après avoir rassemblé des affaires à voler, les deux hommes massacrent littéralement les Harvey. Ils leurs coupent la gorge à tous les quatre, puis les frappent avec un marteau avant de mettre le feu à la maison. Les parents, 49 et 39 ans, meurent de traumatismes crâniens. Stella, 9 ans, est asphyxiée par la fumée et Ruby, 4 ans, meurt après de multiples coups de couteau dans le dos.

La fuite en avant

Ricky et Ray ne s'arrêtent pas là. Le 3 janvier, à Chesterfield, ils cambriolent le domicile d'un couple qu'ils ligotent également et finissent par épargner. Mais le 6 janvier, dans la même ville, ils prennent pour cible la maison des Baskerville-Tucker. Ce n'est pas un hasard: la fille du couple, Ashley, est la petite amie de Ray et l'ex-petite amie de Ricky.

Ils répètent un schéma similaire: Ashley, 21 ans, et ses parents Mary et Perceyll, 46 et 55 ans, sont ligotés, bâillonnés avant de voir leur maison saccagée. Avant de partir avec leur maigre butin qui ne dépasse pas les 1.000 dollars, ils étouffent leurs victimes en recouvrant leurs têtes de ruban adhésif, rajoutent un sac plastique sur celle d'Ashley, puis égorgent Mary et Perceyll.

Quelques heures plus tard, une amie de la famille s'inquiète de ne pas avoir de nouvelle d'Ashley. Elle connaît bien les Baskerville-Tucker, sait que leur fille a de mauvaises fréquentations. Elle prévient les autorités et leur souffle les noms de Ray et Ricky, qui sont arrêtés le lendemain, le 7 janvier 2006.

Les deux hommes ne tardent pas à avouer les meurtres des deux familles. Ricky concède également avoir battu sa femme Treva à mort pendant que Ray la tenait fermement. Ils donnent aussi le lien qui existe entre ces deux actes terribles: Ashley Baskerville. La jeune femme, intime de Ray et Ricky, les a en fait aidés à tuer les Harvey, à commettre leur méfait à Chesterfield le 3 janvier, puis s'est faite complice du cambriolage du domicile de ses propres parents avant d'être achevée à son tour.

«Les choses ont mal tourné», admettent les meurtriers. Mais ça ne tient pas: Ricky est d'ailleurs inculpé pour un autre meurtre, celui d'une secrétaire juridique de 37 ans, Sheryl Warner, survenu courant 2005. Les choses n'ont pas mal tourné: ils sèment la mort.

Au terme de quatre jours de procès, Ricky Javon Gray et Ray Joseph Dandridge sont jugés coupables par un jury qui n'aura eu besoin que de trente minutes pour s'accorder. Ricky de six meurtres, Ray de trois. Ce dernier échappe à la peine de mort de justesse. Pas son oncle. Après dix ans de vains recours, Ray est exécuté le 18 janvier 2017 et n'aura donc aucun mot à l'égard de ses victimes avant l'injection. Si ce n'est ce «Non».

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