Culture

La mort subite de Kami, irremplaçable batteur du groupe japonais de visual kei Malice Mizer

Temps de lecture : 4 min

Le musicien est décédé le 21 juin 1999, à l'âge de 27 ans. Une icône d'un mouvement qui chérissait une esthétique fantasmée de la France, entre ambiance XVIe siècle et pop synthétique.

Après le décès de Kami, les autres membres de Malice Mizer enregistrent les morceaux qu'il avait écrits avant de mourir et les sortent dans un EP nommé Shinwa. | Capture d'écran N. via YouTube
Après le décès de Kami, les autres membres de Malice Mizer enregistrent les morceaux qu'il avait écrits avant de mourir et les sortent dans un EP nommé Shinwa. | Capture d'écran N. via YouTube

Le visual kei ne ressemble à rien d'autre. Cette culture musicale japonaise née au crépuscule des années 1980 s'est mise en tête de mélanger les esthétiques gothiques et glam rock occidentales véhiculées par des groupes comme Kiss ou Alice In Chains aux inspirations pop et manga, typiquement nippone.

Pendant quinze ans, le visual kei a redoublé d'inventivité mélodique, vestimentaire et imaginaire. De nos jours, tout ce qui vient du Japon est absorbé à vitesse grand V par la jeunesse européenne ou américaine, mais il y a encore vingt ou trente ans, l'exportation des tendances était bien plus corsée. Le visual kei, s'il a connu quelques adeptes en nos contrées, est donc globalement resté cantonné au pays du Soleil-Levant.

Parmi les grands représentant du genre, on retrouve des groupes tels que X Japan, Dead End, Luna Sea ou Shazna, mais aussi des formations nommées L'Arc~en~Ciel, Versailles, D'erlanger, Moi Dix Mois, Rouage ou Gilles de Rais. Le raffinement français fait fureur chez les acteurs de cette culture, surtout chez les plus audacieux.

Malice Mizer, un groupe qui
se la joue à la française

Un autre groupe a fait office de fer de lance dans les années 1990: Malice Mizer. En 1999, en pleine gloire, il connaît deux drames: le départ de son chanteur emblématique, Gackt, parti mener d'autres projets artistiques et, surtout, le décès soudain de son batteur Kami à l'âge de 27 ans.

Malice Mizer s'est formé en 1992 et, malgré son nom anglais, fait partie de cette mouvance visual kei hantée par la culture française. Leur premier single se nomme d'ailleurs Sans Logique, hommage à la chanson du même nom interprétée par Mylène Farmer qui, en ce pays lointain, fait des émules par dizaines de milliers.

Le premier album s'appelle quant à lui Memoire, sort sur le label indépendant Midi:Nette et contient des titres tels que «Baroque» ou «De Memoire»... Bref, Malice Mizer, se la joue hexagonal. Au fil des ans, leurs tenues vestimentaires s'affirment dans un style hérité de la cour de Louis XIV. Fracs, jambières, corsages, tissus fleurdelisés, poufs et redingotes sont l'attirail visuel. Les riffs de guitares polyphoniques, les envolées vocales et la batterie massive constituent l'armada sonore.

Ambiance à la cour

Dans cette formation qui repousse les limites du visual kei, Kami se fait particulièrement remarquer. En 1993, il rejoint Malice Mizer en remplacement d'un certain Gaz. Il a alors 21 ans, a déjà officié dans un autre groupe, plus punk. L'écart musical ne lui fait pas peur, sa dextérité derrière les fûts lui permettant d'assurer sereinement la transition.

Au début pourtant, il est un peu déboussolé artistiquement. Il hésite à se plier à l'esthétique grandiloquente de Malice Mizer, à arborer les costumes d'usage, parfois terriblement massifs. Alors, il devient batteur de tournée pendant six mois, n'officiant qu'en concert, avant de devenir un membre à part entière.

Le groupe s'oriente d'emblée vers un son très pop, bien éloigné du rock des tout débuts. Il développe un art scénique inspiré des cabarets, jouant la carte de la francophilie jusqu'à revisiter les valses au milieu des saturations. Le groupe est mixte, les musiciennes ont une belle place aux guitares. Malice Mizer semble être un ensemble très codé, mais libre.

Dans le visual kei, le groupe détonne par son aspect plus abordable et grand public. Au milieu de leurs concerts, les membres peuvent enchaîner des chorégraphies empruntées au XVIe siècle en rejouant des airs classiques sur des synthétiseurs, puis continuer avec des pas de danse simplets, tenant plus des grands campings du sud de la France que des ballets d'antan. Il y a une marque de respect et une appropriation.

Le public est distingué, fasciné par la mode, le style et la mythologie hexagonale qui fait alors fureur au Japon. Pendant quatre ans, Malice Mizer tourne partout dans le pays, parfois devant des dizaines de milliers de personnes. La fièvre du visual kei, si elle reste un objet curieux même en ses contrées, est bien en train de prendre.

Un «frère de sang éternel»
jamais remplacé

En 1998, le groupe atteint son pic de popularité. Il livre des morceaux aux titres qui, lorsqu'ils sont lus par des Français, procurent une forme de tendresse, respirent la naïveté, comme «Claire», «Premier Amour»… Et surtout Merveilles, leur album à ce jour le plus fameux, paru sur la major Nippon Columbia. Les chansons s'appellent «Le Ciel», «Bel Air», «Je Te Veux»… Mais leur tube, c'est «Au Revoir».

C'est à ce zénith de notoriété que le chanteur emblématique de Malice Mizer, Gackt, décide de prendre la tangente. Sans raison officielle, il quitte le groupe subitement, s'envolant vers un carrière solo. Six mois plus tard, Kami est frappé par une hémorragie méningée, à l'âge de 27 ans. Il meurt de façon soudaine, lui qui avait encore tant de chansons dans la besace, écrites et transmises à ses compères qui, après son décès, les enregistrent et les sortent dans un EP nommé Shinwa. Il reste crédité sur tous les albums suivants du groupe en tant que «frère de sang éternel».

Les Malice Mizer continuent leur carrière sans leur chanteur et sans leur batteur. S'ils remplacent le premier rapidement, ils ne s'équiperont plus d'un batteur permanent, faisant de ce poste une plaque tournante pour nombre de musiciens de la scène visual kei, toujours vivace au début des années 2000.

Ce mouvement culturel évolue par la suite, retrouvant régulièrement ses racines très sombres, presque new wave, retournant à des esthétiques gothiques. L'ère des groupes passionnés par la culture historique et la langue françaises se tarie un peu. Mais des groupes comme L'Arc~en~Ciel, Versailles ou encore Moi Dix Mois (fondé par d'anciens membres de Malice Mizer), continuent de résonner dans l'histoire de la musique moderne japonaise.

Newsletters

L'extrême droite indienne boycotte Bollywood

L'extrême droite indienne boycotte Bollywood

La consolidation du nationalisme hindou et de la haine anti-musulmans sous l'égide du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata, a marqué un changement culturel. L'extrême droite s'attaque désormais à la plus grosse industrie de divertissement indienne.

Les théories les plus folles autour de la mort de Rodrigo, star du cuarteto et légende argentine

Les théories les plus folles autour de la mort de Rodrigo, star du cuarteto et légende argentine

En 2000, l'Argentine a perdu l'un de ses chanteurs les plus populaires, Rodrigo Bueno. L'accident de voiture qui lui a coûté la vie à 27 ans est encore aujourd'hui sujet à débat et à fantasmes.

Les mille facettes de la mode africaine

Les mille facettes de la mode africaine

Éternelle terre d'inspiration pour les créateurs occidentaux, le continent africain voit émerger un nombre croissant de talents qui enchantent l'univers de la mode.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio