Culture

David Koresh, le gourou qui a défié le FBI et tenté de braquer la folk music

Temps de lecture : 5 min

Si l'incendie de la ferme de Waco est resté dans la mémoire collective, on sait moins ce qui animait le leader de la secte établie au sein du ranch: la folk, cette musique qu'il a tenté d'explorer dans un album boudé par le grand public.

En 1996, un album dont il est impossible de dater l'année d'enregistrement est publié: Songs To Grandpa. | Capture d'écran ABC News via YouTube
En 1996, un album dont il est impossible de dater l'année d'enregistrement est publié: Songs To Grandpa. | Capture d'écran ABC News via YouTube

28 février 1993, au Texas. Ce jour-là, soixante-seize agents du Bureau de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs (ATF) mènent un raid contre la secte des Davidiens de Waco, persuadés que le leader, un certain David Koresh, y stocke une importante quantité d'armes non autorisées. Quatre agents de l'ATF et six membres de la secte sont tués. Le 19 avril 1993, après cinquante-et-un jours de siège, alors que le FBI se décide à lancer un assaut contre le ranch, un incendie se déclare et détruit la bâtisse en une petite dizaine de minutes.

D'après le FBI, l'incendie aurait été déclenché par David Koresh en personne, entraînant sa mort ainsi que celle de soixante-dix membres (dont vingt-cinq enfants) de la secte millénariste. D'autres victimes, qui portaient des traces de balles sur le corps, se seraient quant à elles suicidées ou auraient été exécutées.

Capture d'écran HISTORY via YouTube

Tragique, cet événement a toutefois renforcé la détermination des Davidiens à lutter contre un État jugé totalitaire, qui n'aurait d'autre but que de les priver de leur liberté, citant en exemple ces sept survivants de la fusillade jugés en avril 1994 et condamnés à quarante ans de prison. Les braises de la ferme du Mont Carmel ont surtout fait de David Koresh un martyr. Ses fidèles y voient la mise à mort du dernier prophète et de la manifestation du Christ sur Terre, l'élimination pure et simple d'un homme capable de guider le peuple vers de meilleurs lendemains.

Au diable ses péchés et ses dérives autoritaristes, on ne garde de lui que ses prêches et ce qu'il aimait affirmer: être le fils de Dieu. Ainsi de Sheil Martin qui, dans une interview à Paris Match en 2019, raconte tout le bien qu'elle pense de son ancien gourou malgré la mort de ses enfants et de son mari dans l'incendie de Waco: «David me manque», confie-t-elle. «Je continue à voir en lui le fils de Dieu. Chaque jour, je réécoute un enregistrement de ses prêches. Heureusement, mes enfants et mon mari sont désormais proches de lui…»

Une enfance violente

Pourtant, avant d'emprunter en 1989 le nom biblique de Cyrus le Grand, fondateur de l'empire perse, David Koresh s'appelait plus modestement Vernon Howell. Né en 1959 d'une mère encore mineure (15 ans) et d'un père charpentier qui délaisse rapidement le foyer, le jeune homme est de ces garçons que l'on dit loquaces, toujours curieux de tout.

Problème: Vernon est dyslexique, éprouve de grosses difficultés à l'école et subit les moqueries de ses camarades, qui lui ont même trouvé un surnom, «Mr Retardo» («Monsieur l'attardé»). À la maison, c'est le même schéma de violence: à défaut d'y trouver du réconfort, Vernon est régulièrement battu par le nouveau petit ami de sa mère. Alors, l'adolescent se réfugie dans sa chambre, écoute du rock et triture sa guitare.

Considéré comme «l'élu», David Koresh peut tout se permettre.

Au fond de lui, Vernon rêve pourtant moins d'une vie de rockstar que d'un quotidien pieux, guidé par l'Ancien Testament, qu'il lit, étudie et récite sans difficulté à partir de ses 14 ans. Quand il ne répand pas la bonne parole du Christ, le jeune homme multiplie les petits boulots dans la construction, cumule quelques peines de cœur et intègre le campus religieux du Mont Carmel, situé à une vingtaine de kilomètres de Waco.

On est alors en 1978. Vernon a 19 ans, et ses allures de hippie ne plaisent pas à tout le monde. Les enfants du Ranch se moquent de lui, tandis que sa difficulté à s'exprimer ne l'aide pas à s'intégrer, ni à susciter l'admiration de ses pairs. À l'exception de la cheffe des lieux, Lois Roden, 66 ans, éprise de ce jeune homme discret aux allures d'intello, sans doute mal dans sa peau, mais persuadé d'avoir reçu de la part de Dieu l'ordre d'avoir un enfant avec cette dernière.

Complaintes macabres

Quelques années plus tard, en 1989, soit à peine dix ans après son arrivée chez les Davidiens, Vernon devient David Koresh, rachète le Mont Carmel au gouvernement américain et prend les commandes de la communauté –une bonne centaine d'adeptes, à l'époque. Il promet la vie éternelle à ses plus sérieux fidèles, annule toutes les demandes de mariage, condamne les hommes au célibat, prétend l'existence d'une loi lui permettant de disposer de toutes les femmes et invite les plus jeunes d'entre elles à le rejoindre dans sa demeure: la fameuse «Maison de David», où plus de 140 (jeunes) femmes auraient été invitées afin d'assouvir tous ses désirs.

Considéré comme «l'élu», David Koresh peut tout se permettre, au point d'entretenir des relations avec Rachel et Michelle Jones, 14 et 16 ans, ou encore Kiri Jewell, 11 ans à peine... Au total: il aurait eu dix-sept enfants de quatorze femmes différentes, selon des relations abusives et pédophiles que personne n'ose réellement contester. Personne si ce n'est un certain Marc Bréault, son ancien protégé, qui appelle le FBI en 1989 pour dénoncer les actes de son ex-mentor.

Capture d'écran 48 Hours via YouTube

Outre son amour pour les armes et ses dérives sexuelles, David Koresh n'en oublie pas sa passion pour la musique. En 1996, un album dont il est impossible de dater l'année d'enregistrement paraît: Songs To Grandpa. Sur ce disque, hautement dispensable, on entend l'Américain s'adonner à un folk-rock mièvre, étonnamment porté par une adaptation du Psaume 137:1 («By Rivers Of Babylone») et parsemé de multiples références à Dieu (une des dix chansons se nomme même «Three Angel's Message»).

Son influence sur le paysage musical doit nettement moins à son savoir-faire mélodique qu'à son aura maléfique, visiblement très inspirante.

Irait-on jusqu'à affirmer que sa musique servait à véhiculer ses enseignements et sa philosophie auprès de ses disciples? Rien n'est moins sûr. Tout juste peut-on affirmer qu'il aimait inviter des groupes locaux sur le campus religieux du Mont Carmel pour des séances d'improvisation se déroulant dans la pièce principale, là où se tenaient les offices, et qu'une de ses chansons, particulièrement effrayante, se nomme «Jesus Loves Me».

À parcourir YouTube, on découvre également un tas d'autres morceaux restés inédits. Certains datent des années 1980 et laissent apparaître l'influence lointaine du glam-rock (avec dix ans de retard, donc...); d'autres s'entendent en revanche comme des complaintes qui en disent long sur ses tourments («Waiting On You»).

Autant dire que son influence sur le paysage musical doit nettement moins à son savoir-faire mélodique qu'à son aura maléfique, visiblement très inspirante: alors qu'une photo du gourou est utilisée sur la pochette d'un EP de Boards Of Canada (In a Beautiful Place out in the Country), «Davidian» de Machine Head puise clairement sa sève dans les évènements du 28 février 1993.

Dans le même temps, Korn tourne en ridicule le mode de vie des Davidiens dans «All In The Family», et le hip-hop s'empare de l'imaginaire autour de David Koresh en qui Rick Ross, T.I., Eminem, Nas ou Busta Rhymes voient une figure diabolique, l'analogie parfaite au moment d'incarner un personnage virulent, capable des pires horreurs.

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