Culture

«House of the Dragon», le retour au monde d'avant

Temps de lecture : 5 min

Inceste, pus et mutilations: que vaut le préquel de «Game of Thrones»?

Bien que moins nombreux que dans Game of Thrones, les personnages de ce préquel semblent tout aussi prometteurs, à commencer par la princesse Rhaenyra dont on a tout de suite repéré le potentiel. | Capture d'écran HBO Max via YouTube
Bien que moins nombreux que dans Game of Thrones, les personnages de ce préquel semblent tout aussi prometteurs, à commencer par la princesse Rhaenyra dont on a tout de suite repéré le potentiel. | Capture d'écran HBO Max via YouTube

Bienvenue dans Anaïs regarde la télé. Le principe de cette chronique hebdomadaire est simple: son autrice s'appelle Anaïs Bordages et parfois, elle regarde la télé.

Game of Thrones, la série la plus populaire de tous les temps, s'est achevée en mai 2019 –quelques mois avant l'apparition du virus-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom et notre basculement dans une timeline 100% merdique et déprimante. Coïncidence? Je ne crois pas.

Les attentes autour de House of the Dragon, préquel qui se déroule deux-cents ans environ avant les événements de Game of Thrones, étaient à la fois démesurées et au ras des pâquerettes. D'un côté, comment égaler cette série mastodonte qui avait captivé le monde entier saison après saison, suscité des millions d'analyses et engendré la naissance de tout un tas de bébés nommés Daenerys (les pauvres)?

De l'autre, après sa fin bâclée et décevante, tout le monde en avait un peu sa claque des dragons, du valyrien, des histoires d'inceste et de ce satané trône en ferraille. Y avait-il vraiment besoin de ressusciter, au bout de trois ans seulement, un univers qui avait déjà tourné au vinaigre?

Machine à remonter le temps

Visiblement, oui. Le premier épisode de House of the Dragon, diffusé le 22 août sur OCS en France, a réuni près de dix millions de téléspectateurs, ce qui en fait le meilleur lancement de l'histoire de HBO. Et le succès est compréhensible: HotD est, pour citer Don Draper, une machine à remonter le temps. Elle nous ramène à une époque où les Targaryen régnaient sur Westeros, mais aussi, à une époque où personne ne connaissait Jean Castex et où la planète entière se réunissait dans la nuit du dimanche au lundi pour suivre les aventures sanglantes et incestueuses d'une blonde platine à dos de dragon.

Si d'autres préquels comme Better Call Saul ont réussi à créer un ton unique et à se démarquer de leur série mère, House of the Dragon fait le pari inverse et colle tellement à l'œuvre originale qu'en clignant des yeux, on croirait presque regarder la saison 9 de Game of Thrones. Avec son univers sombre, ses costumes somptueux et sa musique toujours composée par Ramin Djawadi, ce préquel, copiloté par Ryan Condal et Miguel Sapochnik (un des réalisateurs phares de Game of Thrones), nous permet ainsi de nous replonger dans un délicieux bain chaud (si votre bain chaud est généralement rempli de pus et de moignons).

House of the Dragon se déroule en grande partie à Port-Réal et suit, entre deux scènes de tournois et de massacres, une guerre de succession. Violence, trahisons, plaies purulentes: on prend les mêmes et on recommence. Certes, la nouvelle série se veut plus ouvertement féministe, avec un discours immédiat sur les difficultés d'accession au pouvoir lorsque l'on est une femme –ce qui ne l'empêche pas, dès le premier épisode, de revenir à sa toile de fond préférée: les scènes de bordel où les femmes miaulent comme des chatons orphelins.

Eh oui! Dans House of the Dragon, comme dans sa prédécesseure, il y a du sang, des manigances politiques et des orgies. Mais le mieux, c'est quand un personnage se lance dans un discours politique pendant une orgie, ce qui permet de découvrir le plan le plus drôle (et la levrette la plus joliment photographiée) de l'histoire.

Plaît-il? | Capture d'écran OCS

Des dragons en veux-tu en voilà

House of the Dragon, c'est également le grand retour de l'inceste glamour et décomplexé en prime time. Chez les Targaryen, comme dans toute bonne famille royale ancestrale, on fait crac-crac en famille, c'est la tradition. (Même si dans Game of Thrones, ce n'était pas la seule famille à s'y adonner: souvenez-vous de Cersei et Jaime Lannister.) Pour accéder à la couronne, tous les coups sont permis et toutes les alliances sont possibles. Sachez donc que dans cette série, tout le monde peut se marier avec tout le monde.

Qui dit Targaryen dit aussi foire aux perruques. Plus précisément, aux perruques blondes tellement sèches et cramées qu'on dirait des terres agricoles françaises. Forcément, vu que la série se focalise sur des personnages qui ont tous la particularité de ressembler à des paillassons (mais des paillassons très sexys et très méchants) trempés dans de l'eau de javel. Westeros a peut-être inventé les sièges de dragon, mais il lui manque encore une innovation cruciale: l'après-shampoing.

On y retrouve aussi les fameux dragons, qui figurent dans le titre. Ils sont très nombreux et c'est la rentrée donc je m'excuse si je n'ai pas encore retenu tous leurs prénoms. Dans Game of Thrones, qui se déroule deux-cents ans plus tard, l'espèce a quasiment disparue et il n'y en a que trois. Mais dans House of the Dragon, les Targaryen en ont plein leur garage et leur utilisation est très régulée, que ce soit pour une balade occasionnelle, pour partir en week-end à la plage, ou pour brûler le cadavre de sa mère. Ils ont même un petit siège pour s'asseoir dessus: c'est top.

Courbes élégantes, faibles besoins en carburant, sièges rembourrés: les dragons de Westeros vous offriront tout le confort nécessaire pour vos déplacements. | Capture d'écran OCS

Des blagues, s'il vous plaît!

Enfin, les personnages de House of the Dragon, bien que moins nombreux que dans Game of Thrones, semblent tout aussi prometteurs et merveilleusement complexes moralement. Parmi eux:

  • Viserys Targaryen (Paddy Considine): le bizuth suprême. Le roi des sept royaumes a une santé qui décline, des conseillers lugubres et un gros problème d'héritage: il ne sait pas qui nommer comme successeur. Résultat, tout le monde le balade à longueur de série. Le mec est tellement une victime qu'il n'arrête pas de se couper sur son propre trône de fer. Un autre truc que Westeros devrait songer à inventer: les coussins!
  • Daemon Targaryen (Matt Smith): sanguinaire, corrompu, dangereusement ambitieux, bref, profondément détestable. Mais comme il est joué par Matt Smith, on a un peu envie qu'il gagne quand même.
  • Rhaenyra Targaryen (Milly Alcock): malgré son nom qui ressemble à une coquille, la jeune princesse Rhaenyra est clairement l'héroïne de la série. Elle sait conduire des dragons et elle a immédiatement repéré le chevalier le plus BG du royaume (incarné par Fabien Frankel). On sent qu'elle a du potentiel.

Alors, qu'est-ce qu'il manque à ce premier épisode? Quelques blagues peut-être. Game of Thrones avait, dès ses débuts, des personnages comme Tyrion, Bronn ou Arya, capables de nous faire rire même dans les circonstances les plus sombres. Avec son intrigue et son casting épurés, House of the Dragon ne dispose pas d'une écurie de talents aussi large pour nous divertir. En attendant que la série développe un peu ses dialogues, on se contentera de ricaner à chaque fois que le roi dit: «Je passe beaucoup de temps sur le trône.»

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