Culture

A Cannes, les films n'ont plus de nationalité

Temps de lecture : 2 min

Keren Yedaya, réalisatrice de «Loin de mon père».
Keren Yedaya, réalisatrice de «Loin de mon père».

A Cannes, jusqu'à cette année, dans le programme remis en début de Festival, chaque film avait, à côté de son titre, sa nationalité. On voyait ainsi le mélange de films coréens, israéliens, italiens, américains ou français. Ou autres, parce qu'il en venait de partout.

Mais depuis cette année, la mention a disparu. A croire que les films n'ont plus de nationalité.

Sur le programme, ne demeure que celle des réalisateurs des films.

Déjà, en 2013, avec le nombre grandissant de coproductions internationales, on se demandait ce qui faisait la nationalité d'un film: celle de son réalisateur, la langue dans laquelle il est tourné ou la nationalité des financements. A l'époque, c'était notamment Jimmy P. d'Arnaud Desplechin, tourné en anglais, aux Etats-Unis et coécrit par un Américain, qui faisait s'interroger, ou Le Passé, d’Ashghar Farhadi, réalisé par un Iranien, produit par un français, tourné en France et en français, avec des acteurs des deux pays. Thierry Frémaux, délégué général du Festival, répondait:

«Dire quelle est la nationalité d’un film est de plus en plus difficile, y compris quelle est sa nationalité juridique, financière, quelle est l’âme artistique, si j’ose dire, des films.»

Du coup, manifestement, on a renoncé à la chercher.

Mais quelque part, ces films sont tous un peu français. Pas par chauvinisme, simplement parce qu'à regarder défiler les génériques des films, depuis seulement deux jours, rares sont ceux qui n'ont pas bénéficié d'une aide de Ciné+, Canal+, du Ministère des Affaires étrangères, de l'Institut français ou du CNC, qui rappelle, dans une brochure publiée à l'intention des producteurs étrangers, que «quand il s'agit de films, aucune autre communauté cinématographique au monde peut s'enorgueillir d'être impliquée dans autant de productions, d'autant de nationalités différentes, que la France». En 2013, il y a eu notamment 116 coproductions internationales avec 38 pays différents.

Projeté à Un Certain Regard, Loin de mon père, de l'Israélienne Keren Yedaya (Jaffa, Mon Trésor) est par exemple dans ce cas. Parmi ses bailleurs de fonds, notamment, le CNC, Canal...

Pendant le générique, un voisin chuchote: «Tous les films sont français, sauf le Ferrara». Welcome to New York, sur l'histoire de la chute de DSK, qui excite déjà tous les festivaliers avant d'avoir été projeté, est un film sur une histoire française, jouée, pour les rôles principaux, par des acteurs français, et produit par un Français. Mais tourné en anglais par un réalisateur américain, il ne bénéficie d'aucun financement hexagonal. Une exception française.

C.P.

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