Culture

Succès d'«Apocalypse»: pourquoi n'y a-t-il pas un «Village français» version Première Guerre mondiale?

Temps de lecture : 2 min

Le succès d'audience du documentaire de France 2 est l'occasion de revenir sur les relations compliquées entre ce conflit et les séries made in France.

Apocalypse
Apocalypse

5,9 millions de téléspectateurs, 22,9% des parts d'audiences dixit Médiamétrie: les deux premiers épisodes (sur un total de cinq) de la série documentaire Apocalypse, la 1re Guerre mondiale ont permis, la semaine dernière, à France 2 d'arriver en tête des audiences mardi soir, coiffant au poteau la série américaine de TF1, Person of Interest.

Ecrits et réalisés par le couple Daniel Costelle et Isabelle Clarke, ces deux premiers épisodes –narrés par Mathieu Kassovitz et visibles en replay sur Pluzz.fr– fonctionnent à nouveau sur l'exploitation d'archives plus ou moins inédites, et colorisées. Un procédé qui avait déjà cartonné avec Apocalypse version Seconde Guerre mondiale, mais qui permet de poser une question: à quand une «vraie» série (comprendre, une fiction) autour de ce conflit responsable de plus de 9 millions de morts?

Tranchées, chars, costumes, figurants, décors: on sait, tout cela coûterait bien plus cher qu'un assemblage d'images d'archives, fut-il constitué à partir de 500 heures de films comme c'est le cas pour Apocalypse. Et encore, tout est une question d'échelle, cf le succès d'Un Village Français sur France 3, sur fond de Seconde Guerre mondiale pas vraiment Michael Bay-style.

Certes, il peut paraître assez vain d'opposer deux formats aux objectifs différents –en schématisant grossièrement, instruire pour le documentaire contre divertir et émouvoir pour la fiction– mais l'un n'empêche pas l'autre, loin de là.

Il semblerait que le service public britannique soit pour l'instant le principal fournisseur de drama situé à cette période. En juin dernier, Arte diffusait ainsi la mini-série Parade's End, co-production entre la BBC, HBO et le diffuseur (public) belge VRT. C'est d'ailleurs dans les Flandres qu'avaient été tournées les scènes de tranchées de cette adaptation des romans de Ford Madox Ford, une histoire de triangle amoureux sur fond de conflit, avec cette bonne vieille bouille de Benedict Cumberbatch échappé de Sherlock:

En avril 2014, la BBC récidivera (sans appui de ses partenaires étrangers) dans le genre «grande fiction sur fond de Première Guerre» avec The Crimson Field, série créée par la scénariste Sarah Phelps, dont le CV passe allègrement de la Royal Shakespeare Company à l'écriture d'épisode du soap EastEnders. The Crimson Field se déroule en France (le tournage a néanmoins eu lieu outre-Manche, dans le comté du Wiltshire) dans un hôpital de guerre, et a pour personnages principaux un groupe de médecins, infirmières ou simples femmes volontaires britanniques venus prêter main forte à l'effort de guerre.

Au casting, on retrouve entre autres Oona Chaplin, la petite-fille de Charlie Chaplin aperçue dernièrement dans Game of Thrones. En voici la bande-annonce:

Est-ce à dire que pour des raisons de budget, de scénario ou tout simplement de volonté la Première Guerre mondiale n'a pas sa place, en fiction, dans le paysage audiovisuel français? Pas tout à fait, puisque la société de Luc Besson, Europacorp, développe actuellement pour Canal+ une série fantastique (tournée en anglais) intitulée La Patrouille Perdue.

Son pitch, encore trouvable dans un article du site de Canal (daté de août 2011!) est le suivant:

«Pendant la guerre de 14-18, le capitaine Declerq passe en cour martiale. Il évite la dégradation et la mort en se voyant confier par le Deuxième Bureau une mission qui le conduit au cœur du no man’s land entre les lignes française et allemande. Là, des événements surnaturels semblent se produire et Declerq a l’impression qu’il n’a pas été choisi au hasard.»

Oui, pour Les Sentiers de la Gloire version Canal, on repassera.

La série, développée à la même époque que Les Revenants, a visiblement eu du retard à l'allumage. En juillet dernier, lors des rencontres Série Séries de Fontainebleau, son producteur Thomas Anargyros, cité via le site DailyMars sur Twitter, déclarait:

«Sur La Patrouille Perdue, il y a des scénaristes français, mais le showrunner est anglais, sinon on n'aurait pas pu le faire.»

On doit en effet la série à l'Anglais Jed Mercurio, scénariste de 48 ans et ex-médecin avec pas moins de cinq créations de séries outre-Manche à son palmarès. Ils sont forts, ces British.

Alexandre Hervaud

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