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La playlist de Thomas Baumgartner


Le journaliste et auteur derrière «Les Bisons ravis», aussi producteur pour Wave audio, dévoile les podcasts qui l'ont marqué.

La playlist de Thomas Baumgartner

Il y a ce qu'on me raconte et comment on me le raconte. La bonne narration, c'est comme l'horizon: plus on s'en approche, plus on s'en éloigne. L'irruption du podcast a été l'occasion de remettre en cause des automatismes, des habitudes, et de s'ouvrir à d'autres manières de faire dans l'écriture du son. Il y a eu le modèle américain, cette incroyable capacité à «faire des histoires», à se raconter, incarner un récit quotidien à rebondissements. Nous, derrière, petit·es Français·es tellement habitué·es au «sujet», à la thèse (antithèse-synthèse) et aux grands principes, il a fallu qu'on se renouvelle.

Je schématise, bien entendu. Il y a toujours eu d'excellent·es conteurs et conteuses dans nos contrées (Charles Perrault, on pense à toi). Mais aujourd'hui ils et elles nous parlent à nous, rien qu'à nous. Et soudain, entres cette «adresse» nouvelle et cette écoute individuelle (je suis seul·e à écouter ce que j'écoute au moment où je l'écoute), un nouveau rapport au son s'établit, une proximité inédite, un lien, une confiance.

Naturellement, de nouveaux talents s'en emparent et d'autres se confirment. Ces dernières années, j'ai été ainsi frappé par la capacité de Julie Beauzac à nous emporter dans son récit, avec la série Vénus s'épilait-elle la chatte?. Autre signature qui me marque: Delphine Saltel. Elle pratique le son à la première personne depuis longtemps, mais son travail est devenu un engagement avec Vivons heureux en attendant la fin du monde. Grande cohérence, grande exigence…

Un autre tournant dans l'histoire de mes oreilles, ce fut Superhéros, de Julien Cernobori. Récits du quotidien, héros au coin de la rue. Si on est tous le chaînon manquant de quelque chose, lui fait le lien avec brio entre les meilleurs rapporteurs d'histoires du service public (c'est un genre en soi) et toutes les possibilités du podcast. Il a bâti un monde à sa mesure et à la nôtre, collectivement. C'est assez admirable. Je veux citer aussi Bookmakers, où Richard Gaitet ne lâche rien: temps longs, sillon creusé dans les coulisses de l'écriture. Je garde un souvenir ému d'Hervé Le Tellier à son micro, écouté en un seul retour Brest-Paris.

Et puis pour finir, un peu d'autopromo avec C'est plus compliqué que ça, série Wave Audio, par Jean-Christophe Piot (avec qui je faisais de la radio associative il y a vingt-cinq ans à Lyon, mais il a plein d'autres qualités) et Charlène Nouyoux. Et je mets en post-scriptum la fiction Les Bisons ravis, que j'ai écrite avec Alexandre Lenot, réalisée par Mariannick Bellot pour Le Labo de la RTS. Que des gens bien. J'y ajoute l'excellent David Lescot dans le rôle d'un Boris Vian revenu du néant. Vian, en matière de narrations multiples, avait aussi pas mal de choses à dire.