Culture

La carrière de R.E.M. en vidéos

Temps de lecture : 4 min

Ils avaient choisi leur nom en référence à la phase du sommeil paradoxal, en anglais rapid eye movement. Pour le sommeil, c’est fait: R.E.M. a annoncé, mercredi 21 septembre, sa séparation après trente-et-un ans de carrière. Le paradoxe, lui, demeure, double: celui d’un groupe qui a incarné pendant une décennie le rock indépendant américain avant de devenir une incarnation, tout aussi passionnante mais contestée, du rock mainstream; d’une musique accessible et chart-friendly portant des paroles cryptiques sous influence Dylan.

Un contraste évident dès les premiers enregistrements du groupe. Chroniquant un de ses concerts, le Washington Post écrit en 1983:

«Le chanteur Michael Stipe tressaute sur le micro, l’empoigne et commence à asséner des paroles surréalistes et confuses sur une pop classique de style sudiste —rauque mais mélodique, plus intéressée par la passion que par la précision».

R.E.M. a alors derrière lui un single (Radio Free Europe, 1981), un EP (Chronic Town, 1982) et un premier album (Murmur, 1983) qui combinent tous trois les arpèges jingle-jangle des Byrds avec une rythmique post-punk anguleuse et un son plutôt maigrelet quand on le compare à la cavalerie FM qui s’apprête à déferler sur le rock.

Le groupe va explorer ce style à raison d’un album par an sur le label indépendant I.R.S., avec déjà un talent immense pour composer des hymnes mélancoliques, comme (Don’t Go Back To) Rockville, sur son deuxième album Reckoning (1984). Ou effrénés, comme It’s the End of the World as We Know It (And I Feel Fine) (sur Document, 1987), drôle de protest-song speedée de la fin des années Reagan mentionnant plusieurs figures disparues de la contre-culture américaine, comme le comédien Lenny Bruce ou le critique rock Lester Bangs.

«C’est la fin du monde tel qu’on le connaît (et je me sens bien)»: R.E.M. en est là, fin 1987, quand il fait la couverture de Rolling Stone sous le titre «Le meilleur groupe d’Amérique». Le guitariste Peter Buck y lâche:

«Je ne dis jamais à personne que je suis dans ce groupe. Ce n’est pas pour cela que je me suis lancé là-dedans. Si les gens me demandent: "Je vous connais?", je réponds: "Peut-être".»

Un «peut-être» qui va se transformer en «sûrement», R.E.M. quittant alors I.R.S. pour une major, Warner. Une «trahison» qui pousse les Butthole Surfers, un groupe de punk hardcore, à reprendre sur scène un de leurs singles les plus connus, The One I Love, en jetant des billets de banque enflammés dans le public.

R.E.M. n’est pourtant pas le seul à quitter les lignes indie pour le camp des majors (Husker Dü et les Replacements l’ont précédé, Sonic Youth et Nirvana suivront), mais va devenir le plus célèbre grâce à son second disque pour Warner, Out of Time. Numéro un partout (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne…) grâce à deux singles-massue, Losing My Religion et Shiny Happy People, il vaut par exemple au groupe un amusant passage chez les Muppets.

REM est-il devenu le U2 américain? Si Out of Time est loin d’être son meilleur disque, le groupe n’y oublie pas ses années indie, y invitant par exemple à la guitare Peter Holsapple, l’un des fondateurs des dB’s, frères d’armes de la scène jangle du début des années 80. Et à ce triomphe succède un disque plus sombre, le deuxième chef d’œuvre du groupe, Automatic for the people, dont seront extraits pas moins de six singles.

Là encore, un tube reste en mémoire, la ballade Everybody Hurts, mais tout le disque serait à citer, de l’entraînant The Sidewinder Sleeps Tonite à la poignée de merveilles qui le ferment: Nightswimming, Find the River et surtout Man on the Moon. Hommage à l’humoriste Andy Kaufman, cette dernière donnera son nom à un des plus beaux films des années 90, signé Milos Forman.

La figure d’autres morts, Kurt Cobain et le comédien River Phoenix, hante l’album suivant, le plus musclé Monster, moins convaincant, tout comme son successeur New Adventures in Hi-Fi. Il faudra un autre drame pour accoucher du troisième et dernier chef-d’œuvre du groupe, Up, en 1998: le départ du batteur Bill Berry, suivi d’une quasi-rupture du groupe.

Enregistré à trois avec une poignée de musiciens de studio par Stipe, le guitariste Pete Buck et le bassiste Mike Mills, Up marque la rencontre entre la production sophistiquée de Nigel Godrich (aux manettes sur le OK Computer de Radiohead l’année précédente) et le songwriting de Stipe, au sommet sur les singles At My Most Beautiful et Daysleeper.

Il y aura encore quelques beaux moments par la suite, comme Imitation of Life, avec son titre tiré d’un mélo de Douglas Sirk et son clip coloré, sur l’album Reveal en 2001. Mais, dans les années 2000, on n’écoute plus les (dignes) disques de R.E.M. que d’une oreille. Même si le groupe ne dort que d’un œil: en 2003, il sort une merveille de single inédit, Bad Day, dérivé d’une chanson composée au milieu des années 80, comme un pont entre sa période indie et son âge «mature».

Le long des quatre minutes du clip, Stipe, Buck et Mills nous regardent dans les yeux pour nous chanter des catastrophes —tornades, inondations, faits divers—, comme une bande-son idéale de toutes celles passées et à venir de la décennie, 11-Septembre, Katrina, crise financière. Publié en mars dernier, leur premier et ultime disque des années 2010 parlait d’effondrement: il s’appelle Collapse Into Now. Adultes, mais toujours inquiets.

Jean-Marie Pottier

A voir chez nos confrères de Slate.com: un best of des reprises amateur de R.E.M. sur YouTube.

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