Politique / Monde

Verdi et Nabucco contre Berlusconi

Temps de lecture : 2 min

Nous n'avions pas vu passer la vidéo... Le 12 mars, l'Italie fêtait le 150e anniversaire de la création de Nabucco. Pour l'occasion, l'opéra de Giuseppe Verdi était dirigé à Rome par Riccardo Muti, devant un parterre de personnalités, dont Silvio Berlusconi.

La représentation s'est transformée en tribune politique.

Nabucco est une oeuvre éminemment politique: elle évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et est notamment célèbre pour chant Va pensiero, le chant des hébreux, chœur des esclaves opprimés.

Et c'est ce chant qui aura cristallisé le moment le plus remarquable de la soirée. Riccardo Muti l'a raconté au Times:

«Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l'opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j'ai immédiatement senti que l'atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c'est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s'est rempli d'une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent: “Oh ma patrie, si belle et perdue!”»

Le Choeur arrive à la fin du chant et certains dans le public commence à s'écrier «Bis!», «Vive l'Italie!», «Vive Verdi!». Le chef d'orchestre hésite à accorder le bis («Il fallait une intention particulière»). Puis, il se retourne, faisant face au public, et à Berlusconi:

[Dans le public: «Longue vie à l'Italie!»]

Riccardo Muti: Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais...

[applaudissements]

Riccardo Muti: Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero". Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue".

[Applaudissements]

Muti: Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.

Et le public se met à chanter avec le Choeur des esclaves.

«J'ai vu des groupes de gens se lever. Tout l'opéra de Rome s'est levé. Et le Chœur s'est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l'opéra. Ce soir-là fut non seulement une représentation de Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l'attention des politiciens.»

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