Monde / Culture

Révolte américaine contre les scanners corporels

Temps de lecture : 2 min

Alors que Barack Obama a répété que les scanners corporels et les fouilles approfondies étaient les seules solutions actuelles pour empêcher que des actes terroristes se reproduisent dans des avions ou aéroports (tout en disant comprendre la «frustration» des citoyens américains qui subissent ces vérifications), Hillary Clinton est sortie de la ligne officielle lors d'une interview télévisée.

Le 21 novembre, le présentateur de l'émission Face the Nation («Faites face à la Nation») lui demande si elle se soumettrait à une de ces fouilles approfondies:

«Pas si je pouvais l'éviter [rires], non! Je veux dire, qui le ferait? [rires]»

Gênant venant de la Secrétaire d'Etat américaine, surtout alors que de nombreux Américains se plaignent de ces mesures de sécurité, et ont même appelé aujourd'hui 24 novembre –une des plus grosses journées des aéroports américains à la veille de la fête de Thanksgiving– à un «National Opt-Out Day»: quand des voyageurs arrivent à la sécurité d'un aéroport, ils passent parfois par un détecteur de métal traditionnel, parfois par un scanner corporel. Les organisateurs du «opt-out day» encouragent ceux censés passer par un scanner corporel à déclarer «I opt-out» («Je refuse»). Ils seront alors soumis à une fouille approfondie par des agents de sécurité des aéroports. Les organisateurs leur demandent de se faire fouiller en public, pour que tous les autres voyageurs puissent voir comment cette fouille se déroule.

Les Américains s'inquiètent des radiations subies lors d'un passage dans un scanner corporel, et s'opposent aux images créées par ces scanners, des corps dénudés au rayon X de ce genre:

Photo d'un scan sur un ordinateur de l'agence nationale de sécurité dans les transports à Washington, le 30 décembre 2009. REUTERS/Jason Reed

Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls ni les premiers: en janvier, une vingtaine d'Allemands opposés aux scanners avaient organisé une «Fleshmob», une action courte et spectaculaire où ils s'étaient tous déshabillés dans un aéroport de Berlin pour distribuer des tracts contre ces images:

Si quelqu'un refuse de passer au scanner corporel, les agents de sécurité des aéroports proposent une seule autre option: le «enhanced pat down», «fouille approfondie». Mais cette solution ne convient pas non plus aux Américains, qui la trouvent beaucoup trop intrusive parce que les agents touchent ou s'approchent fortement de la région génitale des gens qu'ils fouillent. Des voyageurs se sont mis à filmer ces fouilles approfondies comme celle d'un petit garçon:

Voir ici la réponse officielle de l'agence nationale de sécurité.

Ou cette blogueuse féministe qui a carrément décidé d'enlever ses vêtements pour se retrouver en sous-vêtements avant de passer la sécurité, en guise de protestation:

La peur des Américains qui s'opposent à ces fouilles est finalement bien résumée par cette parodie de la télé japonaise où un vrai-faux agent de sécurité n'opère des fouilles approfondies que sur les jolies filles:

Parmi les anecdotes les plus médiatisées, on notera notamment celle d'une femme qui a porté plainte après que les agents ont enlevé son t-shirt en public, exposant ses seins à tous les passagers. Les Américains restent divisés sur le sujet: 61% soutiennent les scanners corporels et 50% s'opposent aux fouilles approfondies d'après un sondage du Washington Post. Mais d'après un sondage Zogby parut le même jour, 61% des Américains s'opposent aux deux mesures de sécurité.

Et au cas où ce n'était pas suffisamment complexe, certains s'opposent à ces mesures mais condamnent les gens qui ne se rendent compte qu'aujourd'hui des problèmes qu'elles posent, comme l'explique une blogueuse:

«Des femmes se plaignent d'avoir été ciblées à cause de leurs gros seins, d'avoir entendu des agents commenter leur corps, et de s'être fait toucher de manière inappropriée après avoir été sélectionnées pour des fouilles depuis presque 10 ans, mais tout ça n'est devenu viral que cette semaine. Ce n'est pas un hasard si le Conseil des relations islamiques-américaines a identifié le voile comme un déclencheur automatique de mesures supplémentaires dès janvier, mais que ce n'est devenu viral que cette semaine.

Qu'est-ce qui était différent?

Soudain un homme blanc valide est celui qui s'est plaint.»

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