Monde

Notre avenir, notre biodiversité, notre Europe

Sandrine Bélier, mis à jour le 22.05.2014 à 19 h 20

Une tribune de Sandrine Bélier, rapporteure sur le règlement de transposition du protocole de Nagoya adopté en avril 2014 et tête de liste Europe-Ecologie dans le Grand Est.

En Allemagne, en 2013. REUTERS/Lisi Niesner

En Allemagne, en 2013. REUTERS/Lisi Niesner

Aujourd’hui, 22 mai, nous célébrons la Journée Mondiale de la Diversité Biologique, à quelques mois du prochain sommet mondial en Corée du Sud. L’indifférence perdure face à une tragédie silencieuse, la plus grande crise que l’humanité aura à connaître dont elle est pour la première fois dans l’histoire à la fois la cause et la principale victime.

Depuis plusieurs décennies, scientifiques et associations tirent la sonnette d’alarme sur l’état de dégradation croissante des écosystèmes mondiaux sous l’effet de pressions d’origine humaine: artificialisation des terres, changement climatique, diffusion d’espèces envahissantes...

En parallèle, nous assistons à hécatombe: les espèces disparaissent 1.000 fois plus rapidement qu’auparavant, un quart des mammifères connus est menacé, ainsi que 30% des amphibiens, et 70% des plantes.

L’érosion de la biodiversité est une menace fondamentale pour le bien être humain, car c’est notre capital naturel qui disparaît: sans les services rendus par la nature, nous ne pourrions ni nous alimenter, ni nous soigner, ni nous vêtir.

Dans ce contexte, cette Journée Mondiale de la biodiversité revêt une symbolique particulière car elle se déroule trois jours avant un scrutin qui déterminera largement le  niveau d’ambition des politiques environnementales de l’Union européenne pour les cinq ans à venir.

Et d’ambition elle aura certainement besoin car les efforts déployés depuis la création du réseau Natura 2000 en 1992 n’ont pas suffi et que la perte de la biodiversité s’accélère en Europe également. Cet échec, nous le devons à la myopie de certains dirigeants européens, trop lâches pour dépasser les intérêts économiques et électoraux de court terme, et pour écouter les avertissements.

Je défends depuis des années, de la commune au Parlement européen, une approche intégrée de la nature, qui se préoccupe davantage d’éviter la perte de biodiversité que d’essayer naïvement de compenser des écosystèmes détruits. Prévenir, plutôt que guérir. Investir plutôt que subir. Pour ce faire, il faut s’attaquer aux causes profondes de l’érosion de la biodiversité : réduire les quantités de pesticides utilisés dans l’agriculture, réorienter les subventions (dont la PAC) vers des pratiques respectueuses de la biodiversité, interdire les OGM qui n’existent que pour créer une dépendance aux pesticides, et créer un maillage écologique du territoire européen pour stopper la fragmentation des habitats.

Mais aussi reconnaître à l’échelle de l’Union européenne le préjudice écologique. Il nous faut enfin et surtout protéger nos sols, qui accueillent un quart de la biodiversité mondiale, et dont la disponibilité et la qualité conditionnent notre capacité à nous nourrir, nous et nos descendants.

Il faut aussi interroger notre rapport à la nature et au vivant. Pour ralentir l’érosion de la biodiversité, nous devons engager une véritable révolution culturelle dans notre relation à notre environnement.

Nulle espèce vivante ne peut survivre en détruisant son habitat naturel, surtout quand il n’en a pas de rechange. L’espèce humaine doit cesser de se définir comme étrangère, et donc en opposition, à son écosystème la planète.

Nous devons réapprendre, accepter et organiser la cohabitation, le partage de nos espaces de vie et de développement. Des insectes aux grands mammifères. Des abeilles aux loups, ours ou lynx. Objets de peur et de méfiance, pour les uns, objets de fascination pour les autres. Ils ont de commun d’être des indicateurs de la bonne santé  environnementale d’un territoire et de la planète. Et si en France, en Europe, on doit encore s’indigner et agir contre le massacre des éléphants, des rhinocéros, des lions ou des ours blancs sur d’autres continents, on doit aussi agir pour préserver nos grands mammifères européens.

C’est le respect de l’équilibre écologique et le principe de partage de nos territoires qui  doivent guider nos décisions de politiques publiques ou nous courrons le risque de reproduire les erreurs funestes qui ont conduit à la disparition de tant d’espèces précieuses.

Cette énième journée mondiale de la biodiversité est l’occasion de se poser une des questions fondamentales du XXIe siècle: comment assurer le développement économique, social et humain de tous tout en préservant notre capital naturel? Une chose est certaine : nous ne trouverons pas de réponse à cette question dans le statu quo. Et la réponse ne peut-être nationale, elle est au moins européenne.

Sandrine Bélier

Députée européenne, rapporteure sur le règlement de transposition du protocole de Nagoya adopté en avril 2014, tête de liste Europe-Ecologie dans le Grand Est pour les élections européennes.

Sandrine Bélier
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