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Madame la ministre, la transition énergétique pour tous, c'est maintenant!

Près d'Amiens, en 2009. REUTERS/Pascal Rossignol.

Près d'Amiens, en 2009. REUTERS/Pascal Rossignol.

Notre pays a dramatiquement besoin d’emplois, de solidarité, de justice sociale. Il a aussi besoin de réduire les dépenses inutiles.

La transition énergétique, dont les contours ont été dessinés à l’issue d’un débat qui a mobilisé tous les acteurs concernés et des milliers de citoyens, peut être une réponse à ces enjeux. Elle permettra aussi à notre société de sortir par le haut de la conjonction de crises –sociale, économique et écologique– qui paralyse notre pays.

Nous, acteurs de la transition –entreprises, éco-industries, syndicats, associations, collectivités locales, personnes ressources– souhaitons que le gouvernement produise une loi de programmation à la hauteur des enjeux, et qu’il mette en œuvre cette transition sans tarder!

Nécessaire et urgente

La transition énergétique est nécessaire et urgente. Les dommages humains et environnementaux des dérèglements climatiques s’amplifient en fréquence et en intensité.

Avec nos partenaires européens, nous devons diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 en réduisant nos consommations de pétrole. De plus, de nombreuses composantes du système énergétique devront être prochainement remplacées et cette perspective nous impose d’en repenser l’architecture.

Au-delà d’être nécessaire, la transition est souhaitable. Nous devons diminuer nos dépenses et réduire le déficit du commerce extérieur, aggravé chaque année par près de 70 milliards d’euros d'importations de combustibles fossiles et d’uranium.

En engageant un programme ambitieux de rénovation thermique du bâti pour réduire les gaspillages et préserver le pouvoir d’achat des ménages, en diversifiant les transports pour diminuer notre dépendance à la voiture et aux carburants qu’elle consomme, nous réduirons significativement ces importations. Nous garderons ainsi «à la maison» des milliards d’euros qui pourront être réinjectés dans l’économie nationale.

En répondant prioritairement aux besoins des 4 millions de ménages en situation de précarité énergétique, nous apporterons aussi une réponse à la crise sociale, optimisant ainsi la réussite de cette transition. En sécurisant l’hydraulique et en développant massivement les autres énergies renouvelables pour valoriser la diversité des potentiels de nos territoires, nous réduirons encore plus cette dépendance et la vulnérabilité de notre économie.

Ces efforts d’efficacité énergétique et de développement des renouvelables sont aussi bénéfiques pour l’emploi. La rénovation du bâti peut créer plus de 100.000 emplois avant fin 2015. La transition dans son ensemble peut apporter un solde net de plus de 600.000 emplois à l’horizon 2030: ce n’est pas rien!

Sortir le pays de la crise

Cette mutation n’est pas simple, nous le savons. Pour autant elle est possible car nous maîtrisons toutes les technologies de la transition énergétique, et nous faisons le pari qu’elle contribuera à sortir notre pays de la crise. Mais pour réussir, il faut respecter quelques conditions.

D’abord, tenir le cap annoncé par le président de la République à la Conférence environnementale de septembre 2013: diviser par deux la consommation énergétique à l'horizon 2050, ramener la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité d’ici 2025, diminuer de 30% le recours aux combustibles fossiles en 2030. Ces orientations de long terme, adossées à des objectifs ambitieux sur les renouvelables et l'efficacité énergétique, doivent structurer la loi que nous attendons. La France doit se positionner dans le peloton de tête de l’Europe.

Ensuite, proposer de nouvelles responsabilités aux collectivités territoriales et confier aux régions la coordination de la transition sur leur territoire en associant tous les acteurs –collectivités, services de l’Etat, opérateurs énergétiques, gestionnaires de réseaux, société civile et partenaires bancaires– dans une Conférence régionale de la transition énergétique. Cette instance permettra de mettre en mouvement les différentes filières –bâtiments, transports, production et distribution d’énergie– pour optimiser les bénéfices de la transformation du système.

Sachant que les finances publiques sont contraintes, il est de la responsabilité de l’Etat de mobiliser les fournisseurs d’énergie, les investisseurs privés et les banques pour les encourager à financer les réalisations qui permettront, à moyen et long terme, de réduire la facture énergétique des entreprises et des ménages et de produire dans nos territoires l’énergie dont nous avons besoin.

A cet égard, il est urgent d’organiser la Conférence financière de la transition énergétique annoncée par le président Hollande, et de la décliner en région pour canaliser les ressources privées en les adossant à des garanties publiques. C’est ainsi que nous pourrons engager les investissements qui relanceront l’emploi et la confiance de nos entrepreneurs.

Enfin, pour réussir, nous devons mobiliser toutes les composantes de la société: collectivités, entreprises, éco-industries, syndicats, associations citoyennes et acteurs de l'économie sociale et solidaire. Il faut que chacun mesure les bénéfices qu’apporte la transition –pouvoir d’achat des ménages, compétitivité des entreprises, moindre impact environnemental– car c’est à l’aune de ces bénéfices que les acteurs engageront les changements nécessaires dans leur rapport à l’énergie. Cela nécessite une vision à long terme et un effort important de formation et d’information.

La transition doit aussi s’accompagner d'une vraie politique de protection de l’environnement à moyen et long terme. Nous avons le droit à un air respirable et à une nature préservée qui répondent à nos besoins et à ceux des générations futures.

Nous, signataires de ce manifeste, réclamons un sursaut. La transition écologique n’est pas un handicap. C’est une opportunité fantastique pour entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. N’attendons pas qu’il soit trop tard. C'est notre devoir et notre responsabilité. Osons changer d’ère!

Nicolas Garnier (délégué général d'Amorce), Pierre Radanne (président de l'Association 4D), Julien Allix (responsable du pôle énergie de l'Association des responsables de copropriété), Frédéric Utzmann (président de CertiNergy et de France Energie Nouvelle), Madeleine Charru (présidente du CLER, le réseau pour la transition énergétique), Patrick Pierron (secrétaire national de la CFDT), Geoffroy de Vienne (représentant de la CFTC à la Plateforme RSE), Joël Vormus (coordinateur de la Coalition France pour l'efficacité énergétique), Gilles Berhault (président du Comité 21), Patrick Behm (directeur général d'Enercoop), Gérard Magnin (délégué général d'Energy Cities), Thierry Mhuet (président d'Enerplan), Denez L'Hostis (président de FNE), Nicolas Hulot (président de la FNH), Patrick Doutreligne (délégué général de la Fondation Abbé-Pierre), Christophe Février (président de GéoPLC), Allain Bougrain-Dubourg (président de la LPO), Patricia Savin (présidente d'Orée), Alain Tord (président du Refedd), Pierre Perbos (président du Réseau Action Climat), Benoit Praderie (PDG de Soleil du Midi), Bruno Rebelle (directeur général de Transitions-DD, membre du comité de pilotage du DNTE), Saïd Darwane (conseiller national de l'Unsa).

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