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Le nouveau camp d'Azraq pour les réfugiés syriens en Jordanie, un moindre mal?

CARE International, mis à jour le 30.04.2014 à 9 h 44

L'ouverture officielle a lieu ce 30 avril. A terme, il pourrait accueillir 130.000 personnes. Sa conception a tenu compte des expériences des réfugiés de Za'atari, l'autre camp géant de Jordanie. Mais est-ce vraiment l'option la plus humaine pour accueillir des femmes, des hommes et des enfants? Une tribune de la responsable des programmes de sécurité alimentaire de CARE International.

Le camp d'Azraq, en Jordanie, le 25 mars 2014. REUTERS/Muhammad Hamed

Le camp d'Azraq, en Jordanie, le 25 mars 2014. REUTERS/Muhammad Hamed

Bienvenue à Azraq…

Situé à une centaine de kilomètres à l'est d'Amman, Azraq a ouvert le 28 avril ses portes à 200 réfugiés (l'ouverture officielle a lieu ce 30 avril). Ces derniers ont reçu des matelas, des couvertures, des lampes à énergie solaire, des seaux et des ustensiles de cuisine. Dans les prochaines semaines, le camp fournira une assistance vitale et une protection à plus de 50.000 réfugiés. A terme, il pourra accueillir jusqu'à 130.000 réfugiés. Azraq deviendra alors le camp le plus important de Jordanie, dépassant celui de Za'atari qui représente déjà l'équivalent de la cinquième ville du pays par sa population (100.000 réfugiés).

Vu du ciel, Azraq semble perdu en plein milieu du désert. Cet endroit désolé, sans arbres ni oiseaux, est entouré de clôtures grillagées.

Timelapse de la construction du camp réalisé par DigitalGlobe et Google

En me retrouvant ici, je ne peux m'empêcher de me demander si ce camp constitue vraiment l'option la plus humaine pour accueillir des femmes, des hommes et des enfants.

Recréer des espaces de vie communs

La conception de ce camp a duré plus d'un an et a pris en compte les expériences des réfugiés du camp de Za'atari. Au-delà de l'entrée principale, des structures en tôle s'étendent à perte de vue et sont regroupées en villages pouvant accueillir entre 10.000 et 15.000 personnes. La création de ces villages doit permettre de décentraliser les services et de créer un environnement plus convivial.

Et en effet, on trouve à Azraq des terrains de football et de volleyball, des aires de jeu. Il y a également des points d'eau, des toilettes pour handicapés, des cliniques, des supermarchés et un poste de police. Il ne faudra pas longtemps pour que les maisons en tôle dotées de fenêtres soient décorées, que les enfants peignent les murs des écoles, que des noms soient attribués aux routes et que les marchés fonctionnent grâce aux commerçants de la localité d'Azraq, située à 35 km du camp. Les routes fraîchement goudronnées brillent. Les panneaux de signalisation et des réverbères seront bientôt installés.

Chaque village comprend également des espaces communautaires dont CARE aura la charge. Ils constitueront un espace privilégié de rencontre pour des rassemblements communautaires, des moments de culte, des formations, du soutien psychologique. Il y aura également une zone d'information où les réfugiés les plus vulnérables seront dirigés vers les soins ou services dont ils ont besoin.

Quel avenir pour les réfugiés syriens?

Un espace de rencontre est prévu pour accueillir les visiteurs, mais afin d'assurer leur sécurité, les réfugiés resteront dans le camp. S'ils devraient être soulagés de recevoir une aide de la communauté internationale, quel sera leur quotidien alors que des militaires feront des rondes autour du camp et que les infrastructures seront gardées par des services de sécurité privés? Les enfants se feront des amis, pourront aller à l'école et jouer sur les terrains de volleyball. Mais qu'en est-il des adultes?

En Syrie, ils étaient médecins, enseignants, plombiers ou musiciens. Ils vont désormais vivre en plein milieu du désert où les opportunités d'emploi resteront limitées. Ce seront majoritairement des postes de volontaires pour soutenir le fonctionnement des cliniques, des écoles ou la maintenance des systèmes de distribution d'eau.

De nombreux Jordaniens de la localité voisine de 10.0000 habitants espèrent également se faire embaucher dans le camp. L'absence d'opportunités pour l'un de ces deux groupes risque d'entraîner des tensions. C'est pour cela que CARE soutient aussi les populations locales.

L'afflux de réfugiés a en effet un impact important sur la société jordanienne. Les services publics du pays sont aujourd'hui saturés. De nombreux Jordaniens vulnérables ont eux-mêmes besoin d'une aide. Alors que seuls 24% des fonds demandés par l'ONU pour soutenir les pays d'accueil des réfugiés syriens ont été promis par la communauté internationale, les Etats doivent renforcer leur soutien à la région.

L'ouverture du camp d'Azraq permettra d'accueillir les populations syriennes mais cela ne résoudra pas la source de leurs souffrances. Combien de temps les réfugiés devront-ils vivre dans ce camp ? Des décennies si l'on se fie aux autres camps de réfugiés en Jordanie et à l'échec des négociations à Genève. Trouver une résolution pacifique du conflit est aujourd'hui une priorité. C'est pourquoi la communauté internationale doit renouveler ses efforts pour aboutir à un tel résultat.

D'ici là, quand on connaît l'extrême vulnérabilité des réfugiés syriens vivant dans les villes jordaniennes, il semble bien que les camps tels que Azraq restent encore l'option la moins imparfaite pour garantir une aide humanitaire aux réfugiés.

Larissa Pelham
Responsable des programmes de sécurité alimentaire, réseau humanitaire CARE

CARE International
CARE International (2 articles)
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