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Le drame du Rana Plaza, symbole d’une mondialisation perdant-perdant

Les secouristes, le 29 avril 2013. REUTERS/Andrew Biraj

Les secouristes, le 29 avril 2013. REUTERS/Andrew Biraj

Une tribune de Laurent Berger (CFDT), Thierry Lepaon (CGT), Bernard Pinaud (CCFD-Terre Solidaire), Florent Compain (Amis de la Terre), Maïté Errecart (Ethique sur l'Etiquette), Michel Capron (Forum Citoyen pour la RSE), Pierre Tartakowsky (LDH), Michel Grandmougin (Peuples Solidaires), William Bourdon(Sherpa), Janine Forestie (Terre des Hommes).

Il y a un an, le Rana Plaza s’effondrait à Dacca, au Bangladesh, faisant 1.138 morts parmi les ouvriers, majoritairement des femmes, qui travaillaient dans les usines de confection textile de ce bâtiment de huit étages. L’émotion et l’indignation suscitées par ce drame sans précédent dans l’histoire de l’industrie textile, a fait le tour de la planète. Il a mis en lumière une réalité émaillée d’autres drames moins médiatisés, mais malheureusement trop fréquents. En tant que consommateurs, nous nous sommes sentis responsables, nous qui possédons tous dans notre garde-robe des vêtements des marques impliquées dans ce drame. Mais nos décideurs politiques eux, ne semblent pas avoir pris la mesure de leur responsabilité dans cette tragédie.

Pourtant, en France, la crise sociale bat son plein et le chômage continue d’augmenter. Des secteurs industriels entiers, dont celui du textile et de l’habillement, disparaissent.

Quel est le lien entre le drame du Rana Plaza, les conditions des travailleurs des pays du Sud, et la destruction des emplois en France?

L’éclatement de la chaîne de sous-traitance au-delà des frontières européennes a fortement contribué à mettre les travailleurs d’ici et de là-bas en compétition. A l’heure actuelle, les entreprises multinationales ne sont pas tenues responsables juridiquement des violations des droits humains et de l’environnement dans leur chaîne de valeur.

Un vide juridique que nos gouvernants laissent perdurer. Pas surprenant, donc, que ces entreprises décident de délocaliser leurs activités dans les pays les moins-disant socialement, dans lesquels elles bénéficient à la fois d’une main-d’œuvre bon marché, d’une législation peu contraignante et d’une impunité judiciaire pour leurs mauvaises pratiques.

Les grands perdants de ce système, mis en place par les grandes entreprises multinationales bénéficiant d’un cadre mondial dérégulé, sont les citoyens, du Sud comme du Nord.

Les victimes du Rana Plaza n’auront probablement jamais accès à la justice. Ni dans leur pays, ni dans les pays d’origine des grandes marques pour lesquelles elles travaillaient. Et en France, qui paie pour les 230.000 emplois de l’industrie textile détruits ces vingt dernières années?

Profitant d’un cadre dérégulé, échappant à toute possibilité de sanction, les multinationales refusent d’assumer leur responsabilité vis-à-vis des agissements de leurs filiales et sous-traitants. Cette responsabilité, que la France se garde de leur imposer, leur est pourtant officiellement reconnue par le cadre de référence des Nations unies relatifs aux droits de l’Homme: «Protéger, respecter et réparer»!

L’impunité dont bénéficient nos entreprises constitue une distorsion sociale majeure dans l’économie mondialisée actuelle. Ce que l’on appelle pudiquement les «externalités négatives» des entreprises ou encore «dumping social et environnemental» ne sont rien d’autre que des violations pures et simples des droits fondamentaux pour lesquelles les multinationales ne semblent pouvoir être inquiétées.

Pourquoi nos décideurs politiques refusent-ils de voir que le vide juridique actuel constitue une incitation au moins-disant social et environnemental, dont seuls les citoyens supportent le coût? Pourquoi persistent-ils à défendre aveuglément les seuls intérêts de «nos» multinationales, sans proposer d’autre alternative que ce «pacte» «perdant-perdant»?

Des solutions existent pourtant.

Défiant les lobbies, une majorité de parlementaires français ont fait preuve de courage, en déposant une proposition de loi visant à responsabiliser les entreprises vis-à-vis de leur chaîne de valeur en créant un lien juridique entre les maisons-mères et les donneurs d’ordre à l’égard de leurs filiales et sous-traitants.

Siège de près d’un quart des plus grandes entreprises européennes, la France ne pourra pas éternellement se défausser sur l’Union européenne pour justifier son inaction. Elle s’honorerait au contraire à être le premier Etat à porter un discours de vérité et à passer des paroles aux actes, dans la défense de l’intérêt général et non pas de quelques acteurs privés.

La société civile est aujourd’hui unie et mobilisée comme rarement elle l’a été pour demander l’instauration d’un devoir de vigilance pour les entreprises. Une étape essentielle pour une mondialisation juste et solidaire. Car il est dans l’intérêt de tous les travailleurs et de tous les citoyens, au Nord comme au Sud, de mettre un terme à l’impunité des multinationales et de garantir l’accès à la justice pour les victimes.

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