France

Sacrifier Ayrault pour sauver Schulz

Sauvons l'Europe, mis à jour le 31.03.2014 à 7 h 13

La gauche française peut-elle prendre le risque de faire échouer la prise de Bruxelles par les progressistes européens pour préserver un Premier ministre qui ne restera pas, quoi qu’il en soit, dans les annales?

Francois Hollande et le président du Parlement européen Martin Schulz à Paris, en avril 2013. REUTERS/Philippe Wojazer

Francois Hollande et le président du Parlement européen Martin Schulz à Paris, en avril 2013. REUTERS/Philippe Wojazer

Faut-il craindre pour le projet d’une Europe progressiste au sortir des élections municipales françaises? Oui, certainement, et pour au moins deux raisons.

1. Le poids et la lisibilité de la France en Europe

Notre première crainte concerne le poids et la crédibilité du gouvernement français. Crainte qui sera d’ailleurs amplifiée en cas de bis repetita pour les progressistes lors des élections européennes du mois de mai. Il ne s’agit pas là de considérations d’académiciens ou de politologues éthérés. L’image d’une France « fille aînée des populismes » à la direction politique évanescente est loin d’être une bonne nouvelle pour le fonctionnement du couple franco-allemand.

Déjà, ce couple ressemblait de plus en plus à Laurel et Hardy, nous voilà après ces élections au bord du «Chéri, j’ai rétréci les Français». Au même moment, David Cameron ayant réussi, à lui tout seul, l’exploit de marginaliser la Grande-Bretagne au sein du Conseil européen, il est fort à parier que la Chancelière allemande éprouvera un grand moment de solitude au sortir de ces municipales françaises.

Arrêtons nous un instant sur cette «éclipse française». Le plus paradoxal nous paraît être qu’il tient en grande partie à l’incapacité de l’exécutif à construire un narratif politique cohérent autour d’un projet français en Europe. Ce que justement le couple Mitterrand/Delors avait réussi à faire en sont temps autour de la «désinflation compétitive» et du projet de l’Euro.

Certes, le Gouvernement a su habilement allonger de plusieurs années la consolidation budgétaire qui était nécessaire, mais dont une exécution précipitée aurait aggravé la crise comme on l'a vu en Espagne, en Grande-Bretagne ou au Portugal. Nous l'en félicitons, ayant toujours dit que la politique d'austérité à grand pas était contre-productive. Mais après? Le combat prioritaire de la France se borne-t-il à la réduction de sa participation au pot commun et à la préservation des subventions à ses agriculteurs ?

Le seul allongement du retour à la santé budgétaire ne fait plus une politique car le «désendettement compétitif» du couple Hollande/Moscovici n’est en rien comparable à la «désinflation compétitive» du couple Mitterrand/Delors! Trois questions sont restées trop longtemps en suspend qui conditionnent tout narratif politique crédible au niveau national et local :

  • Faut-il une démocratie européenne dans laquelle les électeurs choisissent l'orientation collective, ou bien faut-il préserver le pouvoir des États – et de la France, secondus inter pares – dans ce petit concert des nations ?
  • Faut-il un budget européen assis sur des impôts directs dans toute l'Europe, ou bien faut-il craindre la censure de l’Allemagne ou d’autres pays « vertueux » sur tout projet de solidarité transeuropéenne à défaut de l’envisager à leur manière ?
  • Faut-il rééquilibrer l'Europe en créant des protections pour les citoyens et un avenir pour sa jeunesse ? Protections qui soient contraignantes pour les États visent une convergence vers le haut sur l’éducation, la lutte contre la pauvreté, l'insertion des jeunes dans le monde du travail et l'accès à la santé ?

2. La présidence de la Commission européenne

Notre seconde crainte concerne cette fois l’affaiblissement de la candidature de Martin Schulz et au travers de sa personne la possibilité de faire élire un candidat progressiste à la tête de la Commission européenne. Ne nous trompons pas : cette conquête se jouera à quelques sièges près. La capacité d’orienter significativement l’Europe vers les plus fragiles de ses concitoyens ne peut souffrir d’un affaissement trop massif des listes socialistes en France, dont la constitution a déjà suscité un scepticisme que nous partageons.

Le succès des autres listes progressistes pourrait en partie permettre de compenser ce risque, et nous pensons notamment aux écologistes, voir à une surprise du côté des listes Nouvelle Donne… mais en partie seulement. Le problème central révélé par les élections municipales n'est pas uniquement un rapport de force relatif entre forces progressistes, mais une abstention des citoyens de gauche dont la répétition aux élections européennes risque de rendre la droite et l’extrême droite largement majoritaires.

En outre, pour constituer une coalition europrogressiste victorieuse au Parlement européen, une force d'attraction centrale est nécessaire que seuls les sociaux-démocrates sont aujourd'hui en capacité d'incarner. La prime au parti arrivé en tête au soir des élections pèsera lourd dans l’attitude des chefs d’État et de gouvernement concernant la présidence de la Commission.

Jacques Chirac avait cru pouvoir conserver Jean-Pierre Raffarin avant le référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005, on connaît la suite… La gauche française peut-elle prendre le risque de faire échouer la prise de Bruxelles par les progressistes européens pour préserver un Premier ministre qui ne restera pas, quoi qu’il en soit, dans les annales?

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