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Philosophie de la clope à l'épreuve de la discrimination des fumeurs

Fanny Verrax , mis à jour le 17.03.2014 à 19 h 26

Un essai non politiquement correct, instructif et rafraîchissant sur les subtilités d’une pratique aussi banale que décriée: fumer.

Cigarette / Marius Mellebye / 276ccm via FlickrCC License by

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Fumer tue. Peut-on risquer sa vie? - Guillaume Pigeard de Gurbert

La collection «Antidote» de Flammarion se donne pour but de mettre fin «aux consensus mous, aux fausses évidences, à l’opposition stérile des experts» avec des titres portant aussi bien sur la culture générale -est-ce bien utile (cf. Liliane est au lycée. Est-il indispensable d’être cultivé? de Normand Baillargeon)? -que sur la participation publique –pourquoi faudrait-il se débarrasser des experts (cf. J’ai demandé un rapport. La politique est-elle une affaire d’experts? de Matthias Roux)? Ou encore la société de consommation et le matérialisme (cf.Une Rolex à 50 ans. A-t-on le droit de rater sa vie? de Yann Dall’Aglio).

C’est dans ce contexte mi provoc’ potache mi-sérieux qu’il faut comprendre l’opuscule de Guillaume Pigeard de Gurbert Fumer tue. Peut-on risquer sa vie?

«Métaphysique de la clope»

Décortiquant les discours hygiénistes contemporains comme la machine publicitaire des industries du tabac ayant permis d’en arriver là, l’auteur ne tente absolument pas de réduire le risque sanitaire représenté par le fait de fumer, mais simplement de questionner la place accordée à ce risque, quitte à se faire parfois le chantre d’une «sagesse de l’insouciance» -et de citer La Fontaine: «le moins prévoyant est toujours le plus sage». Introduisant à une «métaphysique de la clope», l’auteur écrit ainsi que :

«la cigarette est en ce sens la métaphore même de la vie dont nous avons non pas la propriété mais tout juste l’usufruit. On vit comme on fume : au jour le jour, bouffée après bouffée.» (p. 93).

Dénonçant les politiques sécuritaires en tous genres, l’auteur dresse ainsi un inventaire osé -parfois un peu trop– des bienfaits du tabac: décider de fumer en toute connaissance de cause, ou plutôt de conséquence, donne à l’individu l’occasion d’éprouver sa liberté, et «signe la revanche de la dimension métaphysique de l’existence humaine sur sa condition physique» (p. 83), tout en nous offrant l’instant et le geste rituel permettant à la pensée de s’épanouir. Même si dans l’ensemble le lecteur est conquis, on suit un peu moins l’auteur quand il affirme, certes poétiquement, que:

«Fumer remplit encore la fonction de bouclier magique qui filtre le réel pour n’en laisser passer que le charme» (p. 89).

De la discrimination de l’objet fumant au sujet clopant

Surtout l’auteur dénonce un glissement ontologique, celui d’une condamnation du pécheur à celle du péché:

«On est en train de glisser subrepticement de la lutte contre le tabac à une croisade contre les fumeurs.» (p. 101-102)

Cette nouvelle discrimination des fumeurs se traduit dans les discours médicaux et politiques comme dans l’espace qui leur est laissé pour exister: «les trottoirs qui sont de nouvelles zones d’exclusion, traditionnellement réservées aux prostituées et aux clochards». (p. 105).

Au-delà du risque sanitaire donc, «voilà le risque qui n’a pas été assez mesuré, écrit l’auteur en conclusion, que chaque personne qui fume se retrouve dissoute dans la population toujours ouverte des étrangers (p. 106). Une population d’exclus qui compterait alors près d’un français sur trois…

Fanny Verrax

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