Monde

Pourquoi la France et le Maroc devraient former un binôme pour l'Afrique

Ahmed Charaï et Joël Ruet, mis à jour le 06.03.2014 à 15 h 40

Malgré les brouilles récentes, il est évident que les deux pays ont une vision commune pour le continent.

François Hollande et Mohammed VI, le 3 avril 2013 à Casablanca. REUTERS/Bertrand Langlois/Pool

François Hollande et Mohammed VI, le 3 avril 2013 à Casablanca. REUTERS/Bertrand Langlois/Pool

Rabat, Paris. D’une capitale, l’autre… Après quelques jours de basse actualité et la «convocation» en France par la justice du chef du contre-espionnage marocain, dont Laurent Fabius a finalement estimé sur Europe1 que «les choses auraient dû se faire d'une manière plus diplomatique», après que Rabat a dépassé ces «dysfonctionnements», il est temps de revenir à la grande actualité, et même aux convergences objectives entre les deux pays dans la recomposition accélérée du monde. Il est stratégique de viser haut.

Des diplomaties convergentes

Si François Hollande enchaîne les visites en Afrique, le Roi Mohammed VI poursuit lui aussi sa nouvelle tournée africaine. Concurrence? Non, et à bien les lire, les diplomaties de Paris et Rabat portent aujourd’hui sur le continent les mêmes étendards.

Après le Mali, le souverain marocain s’est rendu en Côte d’Ivoire avec un discours fort:

«L’Afrique ne doit pas rester otage de son passé, ni de ses problèmes politiques, économiques et sociaux actuels, et si le siècle dernier a été celui de l’indépendance des Etats africains, le XXIe siècle devrait être celui de la victoire des peuples contre les affres du sous-développement, de la pauvreté et de l’exclusion.»

Bonne gouvernance, progrès par le droit, résolution pacifique, voici pour la vision; créativité, prise d’initiative, partenariats public privé sud-sud, transferts de technologie, voilà pour les outils. Paris n’aurait pas dit autre chose, et idées comme moyens convergent entre les capitales.

Mohammed VI fut d’ailleurs on ne peut plus clair à Abidjan, évoquant une coopération triangulaire dans laquelle «le Maroc est disposé à mettre au service des pays africains frères le capital de crédibilité et de confiance dont il jouit auprès de ses partenaires», comprendre: France incluse.

Quand bien même les symboles des dernières tournées africaines devraient suffire, dans le contexte actuel il nous semble important de rappeler l’interpénétration des stratégies des deux pays que cela soit en Afrique ou dans le pourtour méditerranéen, tant par le poids de l’histoire, les liens séculaires, l’identité des points de vue, la communauté des intérêts et ce sur tous les plans.

Un partenariat de fond

Sur le plan sécuritaire, c’est une évidence. Le Maroc s’est retrouvé aux côtés de la France en Libye, au Mali, en Centrafrique, et participe aux forces de paix onusiennes dans plusieurs coins du monde. Les deux pays soutiennent les aspirants à la démocratie et à la stabilité. Le Maroc a un plus: ses institutions religieuses peuvent s’appuyer sur les relations avec l’islam subsaharien, toutes les confréries qui y sont présentes sont marocaines. Le Maroc peut jouer un rôle dans la lutte contre l’intolérance.

Concernant la Méditerranée, l’axe Paris-Rabat est le principal animateur de l’Union pour la Méditerranée, structure qui tente de faire vivre le fameux processus de Barcelone, qui face à la crise en Europe du Sud et à l’implosion des pays touchés par les printemps arabes, a des difficultés à changer de braquet. Par rapport à l’Afrique, le Maroc a opéré un changement radical de ses options diplomatiques depuis une décennie. Rabat ne met plus les relations politiques ou l’affaire du Sahara comme un préalable.

Affinée, cette stratégie s’appuie sur le soutien aux transitions à la stabilité, mais aussi au développement d’une véritable coopération Sud-Sud. Dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, la présence marocaine sur le plan économique est grandissante. Le secteur privé, en particulier les grands groupes, accompagnés par le système financier marocain dans son ensemble, réalise des projets d’importance. Il est d’ailleurs à noter qu’en majorité, ces entreprises ont des participations françaises dans leur capital.

Le Maroc, «hub» entre Europe, Afrique et Etats-Unis

L’ambition affichée, assumée, du Maroc, c’est de se positionner comme un «hub» pour les investissements en Afrique, en faisant jouer ses différents accords de libre-échange avec l’Europe et les Etats-Unis. Il est le pays le mieux placé en Afrique du Nord pour le faire. L’intégration à l’économie mondiale y est en croissance continue, les différentes réformes menées ces vingt dernières années ont permis de renforcer la confiance des investisseurs.

La France partage avec le Maroc la conviction que l’afro-pessimisme n’est plus de mise, que les taux de croissance réalisés dans les pays stabilisés permettent de dire que le plus gros potentiel de développement est sûrement en Afrique.

Parler d’une rivalité n’a pas de sens, parce qu’il y a l’effet de taille, les deux économies n’ayant rien de comparable. Ce qu’il faut rechercher, c’est plutôt la synergie des efforts au profit du développement du continent.

Un binôme pérenne

Les rapports politiques, excellents malgré les dernières turbulences puisque les deux capitales sont en accord complet sur toutes les questions intéressant la région, doivent faciliter cette synergie. L’exemple du Mali, où Rabat a joué un rôle important dans la stabilisation et la recherche de la concorde est édifiant. La France et le Maroc sont des acteurs importants en Afrique, qui partagent une même vision, les mêmes valeurs et ont les mêmes intérêts, à savoir le développement de l’Afrique au profit de tous. On peut gager que l’importance de l’enjeu, incitera tôt ou tard à la création d’un binôme durable, pérenne. Mieux vaudrait tôt que tard.

Ahmed Charaï et Joël Ruet

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