Economie

La discutable conversion économique de François Hollande

Vincent Le Biez, mis à jour le 13.02.2014 à 16 h 39

Le président de la République est un homme trop habile pour être cru sur parole, et il est nécessaire d’aller au-delà du discours général pour débusquer ce qui constitue encore les ambiguïtés et les non-dits de sa politique économique. Une tribune de Vincent Le Biez, de l'UMP.

Francois Hollande et Pierre Gattaz le 21 janvier 2014 à l'Elysée. REUTER/Philippe Wojazer

Francois Hollande et Pierre Gattaz le 21 janvier 2014 à l'Elysée. REUTER/Philippe Wojazer

L'annonce du pacte de responsabilité par le président de la République a provoqué la surprise et le trouble dans la classe politique. En s’affichant clairement du côté de la politique de l’offre, François Hollande a réussi à susciter l’embarras dans sa majorité, dont une bonne partie est plutôt favorable à la politique de la demande, et dans l’opposition, qui ne sait plus si elle doit dire «chiche» ou bien continuer à s’opposer frontalement à la politique du président de la République.

Il serait maladroit, pour ne pas dire stupide, pour la droite, de ne pas se satisfaire d’une victoire idéologique en entendant François Hollande dire qu’il faut baisser les charges pour les entreprises en baissant les dépenses publiques ou encore que c’est la bonne santé des entreprises qui permet de créer de l’emploi. Par cette inflexion de son discours économique, l’ancien premier secrétaire du PS rompt ainsi avec le keynésiano-marxisme qui était encore la base idéologique de la gauche française.

Toutefois, François Hollande est un homme trop habile pour être cru sur parole, et il est nécessaire d’aller au-delà du discours général pour débusquer ce qui constitue encore les ambiguïtés et les non-dits de sa politique économique.

Tout d’abord, on peut penser qu’au-delà du discours de principe, le compte n’y est pas. Les 30 milliards annoncés se révèlent en effet être un effort supplémentaire de 10 milliards par rapport au CICE déjà voté. Il est stupéfiant, à ce titre, de constater que rien dans le discours introductif de François Hollande lors de sa conférence de presse ne soit venu clarifier ce point et qu’il ait fallu attendre une question tardive d’un journaliste de l’Opinion pour avoir un début de précision. Cette confusion savamment entretenue entre 10 milliards et 30 milliards, qui n’a pas semblé émouvoir les commentateurs, illustre à quel point notre pays et sa classe dirigeante ne sont pas sérieux sur les questions économiques.

Habileté, manipulation, cynisme?

Par ailleurs, en fonction des modalités retenues, cet effort supplémentaire de 10 milliards pourrait être à son tour réduit à travers une augmentation des recettes de l’impôt sur les sociétés. Des 30 milliards annoncés, il ne pourrait au final en rester que 5... C’est bien peu face au défi de compétitivité immense auquel doit faire face notre pays. Le Medef et la droite ont raison de réclamer un choc d’une toute autre ampleur, mais force est de reconnaître que le bilan de la précédente majorité en la matière invite, à tout le moins, à l’humilité.

Pour financer cette baisse des charges des entreprises, le Président met en avant une baisse des dépenses publiques de 50 milliards d’euros d’ici 2017 qui a pourtant déjà été vendue à la Commission européenne pour la réduction de notre déficit public.

Là encore, l’habileté le dispute à la manipulation et au cynisme. Surtout, comme la baisse des dépenses publiques est un exercice particulièrement difficile qui demande du temps, cela risque de diluer dans le temps un choc de compétitivité dont l’ampleur est déjà limitée. Au risque de me fâcher avec certains au sein de ma famille politique, il serait préférable de baisser tout de suite les charges de 30 milliards en trouvant le financement par une augmentation du taux normal de TVA (afin de ne pas creuser le déficit) et en réduisant ensuite la fiscalité des ménages et des entreprises à mesure que des baisses de dépenses publiques seront trouvées.

Cette baisse des dépenses publiques, qui est certainement la solution structurelle à nos problèmes de compétitivité, est l’autre point aveugle de la politique économique du président de la République. Ce n’est pas en passant du Secrétariat général de la modernisation de l’action publique (SGMAP) sous l’autorité du Premier ministre au Conseil stratégique de la dépense publique, placé sous l’autorité du président de la République, ou bien en passant de 22 régions à 15 que l’on trouvera les économies nécessaires.

L’Etat doit bien entendu continuer à se serrer la ceinture, principalement en reprenant une politique de réduction du nombre de fonctionnaires et en contenant l’évolution de la masse salariale (le gel des avancements dans la fonction publique proposé par Vincent Peillon est de ce point de vue une bonne idée) mais ce n’est pas là que se situe l’enjeu principal en ce qui concerne la dépense publique. 

Remettons en cause le principe même de pacte de responsabilité

On ne dira jamais assez que ce sont les dépenses des collectivités locales et de la protection sociale qui ont explosé ces dernières années, la part des dépenses de l’Etat dans le PIB restant stable.

De ce point de vue, le gouvernement actuel a déjà laissé passer beaucoup de trains pour réduire sensiblement les dépenses publiques. En renonçant à la fusion des départements et des régions et à la rationalisation du bloc communal, il ne s’est pas donné les moyens de baisser nos dépenses d’administration locale qui sont très élevées en regard de nos voisins européens. En refusant de passer, comme le proposait l’UMP, à la retraite à 65 ans dès 2023, et en proposant une réforme des retraites qui n’en est pas une, le gouvernement s’est privé de plusieurs dizaines milliards d’euros de baisse de la dépense sociale à moyen terme.

A quoi bon dès lors discuter de queues de cerises quand on a laissé s’échapper les milliards? Ce n’est pas l’Etat régalien qui doit principalement faire des efforts, mais bien notre modèle social qui doit être réadapter en profondeur pour être finançable à des niveaux de croissance plus limités.

Au-delà de l’effectivité du changement de politique annoncé par le président de la République, il faut également remettre en cause le principe même de pacte de responsabilité, censé symboliser le renouveau de la pensée social-démocrate. En effet, comme l’a bien relevé l’économiste Pierre Cahuc, ce pacte est inspiré par la défiance qui gangrène depuis de nombreuses années la société française. La création d’emplois est perçue par le pouvoir politique comme une concession arrachée aux entreprises en échange d’un «cadeau» financier. Comme s’il fallait retenir à tout prix les entrepreneurs de faire ce vers quoi leur nature les inclinerait: licencier.

Face à cette vision de l’économie, la droite doit défendre les entreprises en reprenant le discours de l’ancien chancelier (social-démocrate pour le coup) Helmut Schmidt: les marges d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain.

Tout autre discours sur l’emploi est mensonger. Il est donc de la responsabilité de l’Etat de redonner de l’air aux entreprises, sans qu’il ne soit en position d’exiger quelque contrepartie que ce soit.

De toute façon, penser que le patronat, au niveau national, peut s’engager sur un nombre précis de création d’emplois dans le cadre de ce pacte relève d’une conception totalement dirigiste de l’économie totalement déconnectée de la réalité.

Les divergences idéologiques sur l’économie entre la gauche et la droite demeurent donc importantes et doivent être assumées afin de structurer le débat politique. Car, aujourd’hui plus que jamais, ce sont bien la confusion et l’imprécision intellectuelles qu’il faut faire reculer avec détermination.

Vincent Le Biez

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