France

Arrêtez de nous prendre pour des vieux!

Muriel Boulmier, mis à jour le 12.02.2014 à 11 h 18

Référente nationale de l’UDI pour les questions liées aux personnes âgées, Muriel Boulmier combat dans un livre les préjugés liés à cette catégorie. Extraits.

Des personnes âgées à Enghien-les-Bains, en août 2013. REUTERS/Christian Hartmann.

Des personnes âgées à Enghien-les-Bains, en août 2013. REUTERS/Christian Hartmann.

A quel âge est-on vieux?

Pour caricaturer, à peine: dès la classe de troisième, le vieux en puissance ferait bien de se méfier quand il indique ses choix d’orientation.

Celle ou celui qui voudrait devenir mannequin signe, à 15 ans à peine, son arrêt de vieillesse à l’horizon des cinq prochaines années. Oui, un top model vieillit dangereusement dès ses 20 ans.

De même, opter pour le sport de haut niveau et la fièvre des stades revient à se mettre sur la touche à 25 ans. Ainsi la personnalité longtemps préférée des Français, Yannick Noah, a atteint le summum de sa gloire à 23 ans, en même temps que sonnait l’heure de sa retraite. À 31 ans, il saisissait l’opportunité d’un emploi senior, capitaine de l’équipe de France.

Le monde de l’entreprise, finalement le moins cruel, nous classe lui aussi vieux avant l’heure: le service des ressources humaines évoque la deuxième partie de carrière alors que le petit dernier est encore à la crèche et classe en catégorie senior les plus de 45 ans.

Ainsi donc, dans le meilleur des cas, celui d’une grande longévité, nous passons la moitié de notre vie à être vieux. Examen de quelques idées reçues sur cette catégorie d'âge.

1. Soixante ans et vieux dans la tête… des autres

Rolex ou pas, à cinquante ans, on a raté ou réussi que la moitié de sa vie. Afficher cinquante ans au compteur aujourd’hui c’est, statistiquement, avoir encore presque trente années à passer sur cette terre pour un homme, et trente-cinq pour une femme.

Une seconde vie en sorte. Car si vous déduisez le temps passé à apprendre à parler, lire, écrire, savoir vivre et devenir, si vous ôtez ce passage de l’enfance à l’âge adulte, vous vivez autant de 20 à 50 ans que de 50 à 80 ans. Avec une première existence plus fougueuse, c’est certain, une seconde plus sage pour d’aucuns, à n’en pas douter, mais qui n’appartient encore en rien à la vieillesse. Si l’on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, on n’est pas si vieux quand on a cinquante ans.

2. Les vieux sont des nantis

Bien sûr, trois quarts des plus de 60 ans sont propriétaires de leur logement. Mais propriétaire ne signifie pas riche. Le logement est à la fois un bien patrimonial et un bien de consommation, celui qui oblige à réaliser au moins les travaux indispensables.

Encore faut-il pouvoir l’entretenir pour éviter la vétusté, et l’adapter à l’âge pour parer l’inconfort et l’insécurité, antichambre de la dépendance accidentelle des plus de 75 ans. Alors, déménager pour aller où, et à quel prix, demeure une question sans réponse.

3. La femme est un vieux comme les autres

S’arrêter de travailler pendant un an a des conséquences sur le salaire comme sur la carrière. Qu’à cela ne tienne, que leurs enfants le vaillent bien ou qu’elles n’en aient pas vraiment le choix, les mères assument les conséquences.

Ainsi, pour 20% d’entre elles, l’activité à temps complet vire au temps partiel dès la première naissance. Et plus d’un tiers prennent progressivement le chemin de la maison pour les suivantes. Résultat des courses et du ménage: à la fin de leur carrière professionnelle, deux tiers des femmes n’atteignent pas le nombre de trimestres suffisants pour prétendre à une retraite à taux plein.

En 2012, elles perçoivent en moyenne une pension directe de 923 euros contre 1.603 euros pour un homme, 42% de moins! Bien sûr, avec le temps, restera la pension de réversion, mais qui aurait le cœur d’espérer devenir veuf ou veuve? [...] Qui plus est, le Pacs n’ouvre pas droit à la pension de réversion. Alors que deux Pacs se concluent pour trois mariages célébrés! [...] Quitte à vouloir imprégner la loi des mutations sociologiques (le mariage pour tous), le législateur aurait tout intérêt à prendre en compte cette nouvelle forme d’union qui joue jeu égal avec le mariage.

4. Les vieux, ces réacs

Les vieux sont réactionnaires. Voilà encore une idée qui s’entête et mérite intérêt. Comme ils votent, et qu’ils sont de plus en plus nombreux, ils auraient tendance à faire régresser dangereusement notre société. Voire à plomber complètement son naturel progressiste…

Ils voudraient à tout prix, pour reprendre l'expression de Karl Marx, «faire tourner à l’envers la roue de l’Histoire», revenir au bon vieux temps. À l’heure où la France avait ses propres frontières, où chacun vivait chez soi, faisait ses enfants entre soi.

Ce désir de retour en arrière, ce renoncement entre autres à l’Europe, à sa monnaie, à la communauté de ses plus de 500 millions d’habitants  et à la construction de l’espace Schengen, sont incarnés avec quelques différences subtiles par les partis extrêmes de droite comme de gauche. Il est donc intéressant de se pencher sur un sondage mené à quelques heures du premier tour de la dernière élection présidentielle, selon lequel le FN verrait 13% de ses bulletins glissés dans l’urne par des électeurs âgés de plus de 60 ans. Mais 23% émaneraient pour ce même parti des 35-44 ans!

Muriel Boulmier

Muriel Boulmier, Arrêtez de nous prendre pour des vieux!, Balland, 121 p., 9,90 euros. L'article ci-dessous constitue un montage d'extraits de l'avant-propos, légèrement remaniés avec l'accord de l'auteure.

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