France

Grand Paris: Et si on relocalisait les universités franciliennes?

Laurent Chalard, mis à jour le 09.02.2014 à 8 h 33

La localisation de la plupart des universités de banlieue parisienne apparaît dénuée de bon sens. Il faut repenser cette organisation pour les rendre attractives et créer une métropole multipolaire

Les bâtiments universitaires du site de Neuville-sur-Oise / Jean-Pierre Dalbéra via Flickr CC License By

Les bâtiments universitaires du site de Neuville-sur-Oise / Jean-Pierre Dalbéra via Flickr CC License By

Le rayonnement intellectuel des universités franciliennes constitue un élément primordial pour le maintien de la place de Paris comme ville globale dans la hiérarchie urbaine internationale. Dans le cadre d’une économie de la connaissance, leur excellence repose sur plusieurs facteurs, dont un, totalement négligé par les élites régionales, qui est leur environnement.

Ce dernier en Ile-de-France apparaît malheureusement comme un frein considérable à leur développement, et ce, malgré une étude publiée en 2013 du cabinet britannique QS qui considère Paris comme «la meilleure ville étudiante au monde».

En effet, pour tout observateur attentif, la localisation de la plupart des universités de banlieue parisienne apparaît dénuée de bon sens. En Seine-Saint-Denis, deux universités sont séparées de seulement quelques kilomètres, dont l’une, Paris XIII à Villetaneuse, se trouve perdue dans une banlieue sans âme, éloignée de toute autre forme de centralité.

En Seine-et-Marne, l’université de Marne la Vallée se situe dans la cité Descartes au milieu de la forêt et non dans le centre urbain du Mont d’Est. Dans le Val de Marne, l’université de Paris-Est Créteil est au cœur des grands ensembles de Créteil et nullement dans le centre de la ville nouvelle à proximité du centre commercial.

Dans le Val d’Oise, l’université de Cergy-Pontoise se localise à Neuville-sur-Oise, dans une commune de 2.000 habitants, au milieu des champs. Dans les Hauts-de-Seine, l’université Paris X à Nanterre est à l’écart des pôles de centralité du département. En Essonne, l’université Paris-Sud d’Orsay se trouve partiellement sur le plateau de Saclay, territoire plus agricole qu’urbain. Seules les universités de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines à Guyancourt et d’Evry-Val d’Essonne à Evry présentent une localisation centrale.

Un développement anarchique

Cette situation ubuesque est le produit de l’absence de planification de la gestion du Grand Paris, dont le développement s’est fait de manière anarchique depuis plusieurs dizaines d’années, et ce malgré la politique des villes nouvelles. La fragmentation politique a entraîné une dispersion des équipements, dont ceux universitaires, pour faire plaisir aux élus de chaque composante territoriale de la métropole parisienne, mais aussi parce qu'ils ont été implantés sur des terrains immédiatement disponibles au moment du plan Université 2000.

Il n’y a jamais eu de réelle interrogation sur leur intégration dans le tissu urbain existant et leur fonction potentielle de pôles de centralité en banlieue parisienne. Leur création s’est faite dans la précipitation, répondant uniquement à une logique démographique: l’accroissement conséquent du nombre d’étudiants constaté au début des années 1990.

Or, du fait de leur localisation incohérente, la plupart des universités franciliennes peuvent s’enorgueillir d’une mauvaise desserte en transports en commun. Elles ne sont aucunement source de centralité et d’urbanité du fait de leur éloignement des autres pôles de centralité de la banlieue, déjà peu nombreux. En conséquence, contrairement aux discours de leurs promoteurs, leur attraction apparaît très limitée, ayant juste une fonction de recrutement des étudiants locaux les moins aisés dans le premier cycle.

Ce sont pour la plupart, à l’exception notable de Paris-Sud, des universités de seconde zone. Les campus sont «morts», les étudiants s’ennuient, le recours à Paris est indispensable (trouver une vraie librairie universitaire dans ou à proximité de ces campus relève de la gageure!) Dès qu’ils le peuvent, les meilleurs étudiants cherchent à rejoindre les universités du centre de Paris plus prestigieuses pour effectuer leur deuxième cycle.

Que faire pour changer la donne? Les élites parisiennes, en général composées de personnes qui n’ont plus fréquenté les bancs universitaires depuis bien longtemps, semblent se satisfaire de cette médiocrité et pensent que la construction d’un réseau de transports coûteux permettra de résoudre d’un coup de baguette magique tous les problèmes. Les promoteurs de la politique d’aménagement du Grand Paris espèrent que des centralités se constitueront autour des nouvelles gares desservant les universités, le projet du cluster de la cité Descartes en constituant un exemple-type.

Malheureusement, ils n’ont rien compris, la centralité et l’urbanité ne se décrètent pas. Pour que cette politique fonctionne, il faudrait que les universités soient localisées dans des quartiers qui offrent déjà certains éléments de centralité, ce qui sous-entend leur nécessaire relocalisation. Cette politique a un coût, mais serait gagnante à long terme.

Proposition de réorganisation

Dans ce cadre, nous proposons le regroupement des universités de Villetaneuse et de Saint-Denis en un seul campus dans le centre historique de Saint-Denis qui, rénové, sécurisé et avec une fonction touristique renforcée, pourrait devenir le pôle de centralité périphérique majeur qu’il aurait toujours dû être si l’Etat et les élites locales avaient été plus intelligentes dans leur politique d’aménagement du territoire.

En Seine-et-Marne, l’université de Marne la Vallée doit se redéployer vers le quartier du Mont d’Est à Noisy-le-Grand. Pourquoi ne pas imaginer une transformation du «ghetto» qu’est le Palacio d’Abraxas construit par l’architecte catalan Ricardo Bofill en bâtiment universitaire, ce qui le mettrait mieux en valeur? Dans le Val d’Oise, l’université pourrait déménager entièrement dans le centre de la commune de Cergy pour constituer un pôle d’excellence avec l’Essec, l’ENSEA et l’EISTI.

Dans les Hauts-de-Seine, Paris X doit être rapprochée de la Défense, ce qui permettrait de rapprocher deux mondes qui s’ignorent totalement, essentiellement pour des raisons politiques, et d’animer le quartier d’affaires, en diversifiant son public. En Essonne, il serait plus pertinent d’implanter les nouveaux équipements d’enseignement supérieur à Massy, qui dispose de place à proximité de la gare TGV dans le quartier Atlantis en cours de construction, que de développer des transports coûteux pour desservir le plateau de Saclay, où ne se développera jamais un pôle de centralité.

La politique de relocalisation des universités franciliennes proposée s’inscrirait dans un projet plus global de constitution de vraies centralités périphériques plurifonctionnelles dans la métropole parisienne, avec une réflexion sur les autres éléments à mettre en place à proximité pour créer de l’urbanité, processus qui prend du temps. C’est seulement à ce prix que nous arriverons à rendre la banlieue et ses universités plus attractives.

Laurent Chalard

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