Economie

La Poste a un grand avenir, si elle le veut

Catherine Malaval, mis à jour le 27.12.2013 à 6 h 53

La Poste a réussi à devenir un leader logistique d’envergure internationale, elle a su créer une banque, elle doit mettre autant d’énergie à se transformer en entreprise de services à part entière, durable et rentable.

En 2008. REUTERS/Regis Duvignau (FRANCE)

En 2008. REUTERS/Regis Duvignau (FRANCE)

La chute du courrier papier est vertigineuse. Ce fut d’abord un petit -0,1% en 2002 du volume, qui a poussé les postiers à mettre en œuvre un grand programme de modernisation. Puis les prévisions sont passées à une baisse 2% par an jusqu’en 2007. Et soudain, après un gros trou d’air en 2008, la chute du volume du courrier s’est accélérée, elle est désormais estimée à 30% d’ici à 2015. La crise économique a poussé la modification des comportements.

Paradoxalement, quasiment plus personne n’envoie de courrier privé (15% du volume total des échanges postaux aujourd’hui) mais tout le monde s’étonne de ne plus en recevoir. L’envoi de factures, est, lui, de plus en plus dématérialisé autant par les entreprises et que par les services publics.

Pendant des années, seul le courrier a compté pour les postiers. Encore en 2000, les colis et les services financiers étaient déficitaires. Créée en 2006, La Banque Postale a su se développer, résister à la crise et à la banalisation du Livret A. Le colis a, lui, bénéficié de la croissance de l’Internet.

Les envois de publicité par la Poste ont finalement bien résisté alors que d’autres médias (la radio, la télévision, etc.) ont souffert de la crise des investissements publicitaires des grands annonceurs traditionnels. Mais aujourd’hui, la Poste dépend encore pour 49% de son chiffre d’affaires de la lettre, un produit en rapide mutation lui-même dépendant de marchés qui limitent leurs investissements, c’est beaucoup trop.  

Si la crise interroge La Poste sur son modèle économique, social et sociétal, elle l’interroge surtout sur le sens profond de son métier et de ses valeurs. Comme d’autres grandes entreprises publiques, La Poste s’est longtemps caractérisée par une forte culture industrielle fondée sur la performance logistique d’une livraison six jours sur sept, à J+1, n’importe où sur le territoire.

En la matière, elle a lourdement investi et a su monter d’importantes capacités d’adaptation à son marché, par exemple en gagnant la confiance des acteurs économiques de l’Internet et de la vente à distance. Elle est devenue un leader logistique d’envergure internationale.

Mais aujourd’hui, La Poste doit trouver dans sa culture de services, le souffle d’un nouvel élan. Il suffit de voir l’attachement des Français à leur facteur avec qui la relation compte autant que le produit qu’il apporte. Le facteur est parfois la seule personne qu’une personne isolée voit dans sa journée. Alors que le courrier se fait plus rare, la transformation du métier de facteur est un enjeu de société fondamental.

Distribuer du courrier d’un point A, le client qui paie l’affranchissement, à un point B, le destinataire: La Poste fait cela depuis des siècles. Mais cela fait seulement quelques années qu’elle s’intéresse à ce qu’elle pourrait faire de ce point B à ce point A, voir ce qu’elle pourrait faire d’autre pour ce point B.

Dans le jargon postal, cela s’appelle la «réversibilité logistique». Pourquoi repartir à vide? C’est surtout l’invention de nouveaux métiers pour les facteurs et les postiers. En se postant ainsi du point de vue du service à des millions d’individus et en cessant de penser seulement au produit livré, d’autres expressions citoyennes de ce métier de service de proximité sont naturellement possibles: portage de médicaments, relevé des compteurs, récupération du papier à recycler, etc. Pouvoir s’appuyer sur une force de 90.000 facteurs est une valeur économique et sociétale concurrentielle majeure.

Par nature, à travers ses facteurs, ses bureaux et sa marque, La Poste a une structure économique, humaine et sociale qui peut en faire l’acteur central d’une grande variété d’écosystèmes de services, publics et privés, économiquement et socialement rentables, des métiers des services à la personne, de l’environnement, de la santé ou de la revitalisation des territoires.

A La Poste de passer plus rapidement de l’expérimentation à grande échelle pour ­­faire émerger un nouveau modèle associant l’économie des services et le numérique. Dans un monde qui tend aujourd’hui à devenir plus collaboratif (open data, etc), elle possède tous les atouts d’une culture du service et de l’échange. Sa dimension multi-métiers est un atout.

Encore faudra-t-il que tous les acteurs, au premier rang les postiers eux-mêmes, l’Etat, les Régions, les citoyens partagent non seulement le même diagnostic mais la même vision pour engager le mouvement. D’autres grandes entreprises françaises sont parvenues à se transformer radicalement et rapidement: Suez de la banque à l’industrie, Danone du verre à l’alimentaire, Zodiac du nautisme à l’aéronautique.

La Poste a réussi à devenir un leader logistique d’envergure internationale, elle a su créer une banque, elle doit mettre autant d’énergie à se transformer en entreprise de services à part entière, durable et rentable.

Catherine Malaval, historienne, auteur de La Poste au pied de la Lettre, Fayard, 2010.

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