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Comment Obama a trahi les Saoudiens et relancé la prolifération nucléaire au Moyen-Orient

John Hannah, mis à jour le 22.12.2013 à 15 h 57

L’accord avec l’Iran va relancer la course aux armements dans le Golfe. Et les Saoudiens vont chercher à avoir leur bombe. Imaginez deux puissances nucléaires de part et d’autre du détroit d’Ormuz – avec les tensions religieuses exacerbées, des temps de vol des missiles qui se comptent en minutes et des protocoles de contrôle un peu bancals.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry meets et le roi Abdallah à Riyad, le 4 novembre 2013. REUTERS/Jason Reed

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry meets et le roi Abdallah à Riyad, le 4 novembre 2013. REUTERS/Jason Reed

Les décideurs et les éditorialistes n’ont manifestement pas vu le problème posé par l’accord iranien obtenu par l’administration Obama: son principal effet ne sera pas que l’Iran ne se dotera pas de la bombe. C’est l’Arabie saoudite qui va s’en doter.

Le risque de voir débuter une course aux armements au Proche-Orient –avec une dimension nucléaire– vient d’augmenter considérablement. Comme si, de plus en plus, la guerre annoncée entre sunnites et chiites devait être nucléaire. Deux aspects de l’accord, en particulier, augmentent les craintes saoudiennes de voir la bombe iranienne leur chatouiller les narines de près. 

La première est une concession accordée dans l’accord temporaire: l’accord final, qui doit encore être négocié, donnera quoi qu’il arrive à l’Iran la capacité permanente d’enrichir de l’uranium – la composante clé de tout programme de développement d’armes nucléaires. En une fraction de seconde, et sans s’en être expliqué ni en avoir averti des alliés essentiels qui considèrent que leur sécurité nationale est en jeu, les Etats-Unis semblent avoir rayé d’un trait de plume les exigences d’au moins cinq résolutions du Conseil National de Sécurité des Nations Unies.

Si les Saoudiens avaient besoin d’une confirmation que le refus qui a été le leur de siéger au sein du Conseil de Sécurité le mois dernier – au motif que le recul des Américains a non seulement rendu ce Conseil obsolète mais de plus en plus nuisible aux intérêts saoudiens - était justifié, ils l’ont eu de manière éclatante.

Deuxièmement, l’accord suggère que même la solution «complète» à la crise sera limitée dans le temps. En d’autres termes, quelles que soient les restrictions qui seront imposées au programme nucléaire iranien, elles ne seront pas permanentes. L’implication est assez claire: à un moment donné, qui devra être déterminé (dans trois ans, ou bien cinq, ou dix?) et longtemps après que le régime de sanctions internationales aura été démantelé, le programme nucléaire de la République Islamique d’Iran sera reconnu comme légal et l’Iran pourra donc bénéficier des droits garantis par le traité de non-prolifération, comme c’est le cas de tous les membres signataires.

L'Iran n'est pas le Japon

Voilà qui ressemble à s’y méprendre à une autorisation donnée à l’Iran de se constituer un programme nucléaire industriel, avec une capacité quasi-illimitée d’enrichir de l’uranium et de retraiter du plutonium, comme le Japon.

Sauf que l’Iran n’est pas le Japon – une démocratie stable et pacifique, alignée sur l’Occident. L’Iran est une puissance négationniste, sanguinaire, qui finance des organisations terroristes et cherche à établir son hégémonie sur la région, qui a régulièrement violé ses engagements dans le domaine de la non-prolifération et qui a pour objectif affiché de détruire Israël, de chasser les Etats-Unis du Proche-Orient et de faire chuter la maison saoudienne.

Si le président Obama n’apprécie pas cette différence entre l’Iran et le Japon à sa juste mesure, les Saoudiens, eux, sont parfaitement capables de la faire. Certes, les inquiétudes saoudiennes vont bien au-delà de l’accord signé avec l’Iran. Pour Riyad, la marche de l’Iran vers la bombe n’est que l’élément le plus dangereux – la cerise sur le gâteau – d’une campagne régionale en cours visant à renverser l’ordre existant au Proche-Orient en faveur d’un autre, dominé par Téhéran.

La déstabilisation et l’affaiblissement de l’Arabie saoudite est un élément central de ce projet. Aux yeux des Saoudiens, il s’est manifesté par un effort systématique des Gardiens de la Révolution Iranienne, visant à étendre son influence tout azimut, en encourageant la violence, les sabotages, le terrorisme et les insurrections – à Bahreïn, en Irak, au Liban, au Yémen et, de manière plus terrible encore, en intervenant de manière massive dans le massacre de Syrie et dans le sauvetage du régime de Bachar el-Assad.

Du point de vue, certes partial, des Saoudiens, l’accord sur le nucléaire iranien ignore non seulement ces éléments du défi posé par l’Iran à la prospérité du royaume, mais il menace aussi de les exacerber davantage en augmentant et en légitimant les prétentions de la République Islamique à devenir une grande puissance.

Aussi certainement que l’accord sur les armes chimiques d’Obama avec la Syrie a implicitement donné le feu vert au régime d’Assad pour intensifier ses massacres, les Saoudiens craignent qu’un accord nucléaire avec les Mollahs ne laisse les mains libres – avec, pourquoi pas, l’imprimatur implicite des Etats-Unis – aux Iraniens dans leur quête de la suprématie régionale qui, aux yeux des Saoudiens, ne s’arrêtera que lorsqu’elle aura mis la main sur la Mecque et Médine.

Il faudrait dire que la paranoïa saoudienne, cette crainte d’être sacrifiés sur l’autel d’un accord américano-iranien, n’a rien de neuf. Mais le problème c’est que quelle que soit la direction dans laquelle les Saoudiens regardent, ils ne trouvent que toujours plus de raisons de penser qu’ils sont de plus en plus livrés à eux–mêmes.

Les Saoudiens sont convaincus que Washington va se retirer de la région

Comme le dit le dicton, même les paranoïaques ont des ennemis. Sur chaque dossier qu’ils considéraient comme absolument vital pour leurs intérêts – Bahreïn, Egypte, Irak, Syrie et maintenant Iran – les Saoudiens ont vu l’administration Obama faire preuve dans le meilleur des cas, d’une totale indifférence face à leurs inquiétudes les plus vives et, au pire, se montrer ouvertement hostile.

Dans l’esprit des Saoudiens, la nouvelle donne est aussi claire que dangereuse. Et elle n’est pas belle à voir: il s’agit de l’abandon pur et simple d’alliés de longue date, voire leur trahison. Les Saoudiens ont entendu le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu protester contre l’accord avec l’Iran et réaliser que même Israël, qui demeure malgré toutes les péripéties, le principal allié des Etats-Unis au Proche-Orient, n’est pas à l’abri d’un lâchage. Et ils se demandent donc ce qu’il en est de leur situation. Comment dit-on «les baisés, comptez-vous» en arabe?

La crise de confiance dans la fiabilité, les objectifs et la compétence de la puissance américaine a atteint son plus bas niveau historique. Les Saoudiens ont bien pris note de la déclaration de Susan Rice, Conseillère à la Sécurité Nationale, qui disait «qu’un autre monde existe» en dehors du Proche-Orient et qu’il faut s’en occuper, comme des lamentations de son prédécesseur qui se plaignait que les Etats-Unis avaient «surinvesti» la région.

Le royaume saoudien est de plus en plus convaincu que la folie d’Obama est en fait méthodique et qu’elle consiste à réduire, de manière systématique, l’exposition et l’implication américaines dans les conflits de la région, réduire le rôle et le leadership de Washington et les dépenses avant de se retirer pour de bon.

Quelle qu’en soit la raison – un président aussi faible que dépourvu de principes, une population fatiguée et lassée, une économie en ruine et des politiques qui dysfonctionnent, une indépendance énergétique croissante (voilà quelques-unes des explications avancées par les Saoudiens) – on trouve de plus en plus, à Riyad, que les Etats-Unis ne se sont pas montrés à la hauteur des attentes légitimes de leurs alliés aux Proche-Orient. Obama les laisse tomber. Les accords conclus pour sauver la face, comme ceux avec la Syrie ou l’Iran, ne sont pas conçus pour résoudre les problèmes les plus dangereux de la région, mais pour retarder leur explosion après qu’Obama aura quitté ses fonctions – et au diable les intérêts vitaux saoudiens. Voilà ce que les Saoudiens pensent.

Il convient de noter que cette perte de confiance a pris un tour très personnel. La déception des Saoudiens à l’égard d’Obama et de ses principaux lieutenants est clairement visible. Le Secrétaire d’Etat John Kerry est devenu un sujet de dérision. Au cours des journées qui ont suivi l’attaque chimique syrienne du 21 août, les discussions téléphoniques entre Kerry et les principaux représentants du pouvoir sont allées bon train.

Kerry assurait ses interlocuteurs que les preuves que la Syrie avait franchi la ligne rouge fixée par Obama étaient accablantes. Une attaque américaine pour punir le régime Assad était certaine. Les Saoudiens étaient extatiques, convaincus qu’enfin, Obama était prêt à sortir de sa réserve et à faire clairement pencher la balance du conflit en faveur de l’Occident et contre l’Iran.

On échangea, dit-on, des plans de frappe, des informations sur les cibles. De nombreux indices montrent que les Saoudiens étaient prêts non seulement à appuyer financièrement l’opération, mais à y participer activement avec leurs avions et leurs bombes. Le roi Abdallah aurait même ordonné aux ministres concernés de placer les forces armées saoudiennes au niveau de préparation militaire juste en dessous de celui de la déclaration de guerre.

Et puis, le 31 août, les saoudiens ont allumé CNN, s’attendant à voir le président Obama annoncer la mise en place de ce qu’il avait annoncé en cas de franchissement de la ligne rouge – et l’ont vu faire machine arrière et s’en remettre à une vote du Congrès. Les Saoudiens étaient fous de rage autant que sidérés, convaincus qu’ils étaient que Kerry les avait délibérément trompés et induits en erreur. Quand ils apprirent que Kerry lui-même avait été pris presque entièrement par surprise par la décision d’Obama, les Saoudiens se calmèrent à peine. Kerry était-il un menteur ou un incapable? De leur point de vue, chacune des explications était désastreuse.

Malheureusement, la routine s’est répétée à plusieurs reprises depuis – une question après l’autre, toutes considérées comme critiques pour les intérêts saoudiens. Un exemple: Riyad a appris la signature de l’accord américano-russe sur les armes chimiques syriennes en regardant CNN. Riyad a appris la décision d’Obama de suspendre une bonne partie de son assistance militaire à l’Egypte en regardant CNN.

Lâchés par les Etats-Unis, les Saoudiens peuvent commettre de fort déplaisantes surprises

Il y a un mois de cela, Riyad a appris que le groupe des 5+1 était sur le point de signer un accord temporaire (et de son point de vue, très mauvais) avec l’Iran toujours en regardant CNN – alors que John Kerry s’était rendu en Arabie saoudite une semaine auparavant pour tenter de rattraper ce qui pouvait l’être après le fiasco syrien. Il n’a fait qu’empirer les choses.

Ces derniers jours, on a appris que l’administration Obama avait engagé, tout au long de 2013, des pourparlers secrets avec l’Iran, à l’insu même de ses alliés, des révélations qui – tout en ne faisant que confirmer ce que les Saoudiens avaient appris par leur propres moyens – ne font que confirmer les craintes du royaume saoudien que Washington et les Mollahs soient sur le point de s’entendre dans son dos.

Une telle atmosphère est toxique, pour rester poli. La tentation saoudienne de se lancer dans des actions de préservation que Washington trouvera peu bénéfiques, voire destructrices, est en hausse constante et significative. Acculés, se sentant largement abandonnés par leur superpuissance protectrice traditionnelle, il ne fait pas de doute que les Saoudiens feront ce qu’ils tiennent pour nécessaire afin d’assurer leur survie.

Ce serait commettre une erreur que de sous-estimer leur capacité à commettre de fort déplaisantes surprises: des groupes armés qu’ils se sentiront obligés de soutenir pour livrer leur guerre par procuration à l’Iran en passant par les variations du prix du pétrole ou le soutien (voire le financement) d’une extension du rôle de la Russie ou de la Chine dans la région aux dépens des Etats-Unis. Penser que les Saoudiens vont se plaindre et râler, mais qu’ils ne seront au final pas en mesure de léser les intérêts vitaux des Etats-Unis est bien naïf.

Ce qui nous amène tout naturellement à la question de la bombe saoudienne. Le roi Abdallah ne s’en était pas caché auprès de plusieurs interlocuteurs de haut rang ces dernières années: si l’Iran se dote de la bombe, nous nous en doterons également. L’homme est sans artifice. Il a toujours été clair. Il a toujours été cohérent. Il n’est pas connu pour bluffer. Et je le crois.

Que toutes les histoires d’un arrangement ancien avec le Pakistan et son programme nucléaire soient vraies ou fausses, nous disposons d’assez d’éléments pour que nous ne soyons pas particulièrement surpris d’apprendre, la semaine prochaine, le mois prochain ou l’an prochain que l’armée saoudienne vient de se doter d’un petit arsenal nucléaire. Si l’idée d’un affrontement nucléaire israélo-iranien ne vous donne pas suffisamment de sueurs froides, que diriez-vous d’ajouter un affrontement irano-saoudien dans le mélange?

Imaginez deux puissances nucléaires face à face, de part et d’autre du détroit d’Ormuz – avec les tensions religieuses exacerbées, des temps de vol des missiles balistiques qui se comptent en minutes et des protocoles de commandement et de contrôle un peu bancals. Quand bien même un conflit nucléaire n’aurait pas lieu, que pensez-vous qu’il va advenir du prix du baril de pétrole? Qui a dit «récession mondiale instantanée»?

C’est clairement la direction que nous prenons, et j’ai dans l’idée que l’accord avec l’Iran nous rapproche dangereusement de cette échéance. Je ne sais pas s’il est possible, à ce stade avancé, de convaincre les Saoudiens de faire machine arrière. Mais l’administration Obama devrait essayer.

Ce que doit faire Obama, il doit le faire vite

Je pense que le meilleur moyen pour commencer, et rapidement, c’est avec le prince Bandar bin Sultan, responsable du renseignement et conseiller à la Sécurité nationale saoudienne. Ancien ambassadeur de Riyad à Washington, Bandar est à présent à la pointe des efforts du roi Abdallah pour combattre la menace iranienne dans la région – en plus d’être le principal point de contact dans la relation étroite qu’entretient le royaume avec l’armée et le renseignement du Pakistan. Il a visité la plupart des grandes capitales ces derniers mois – à l’exception notable de Washington.

Tout cela indique clairement à quel point la situation s’est détériorée. Le président Obama doit recevoir Bandar dans le Bureau ovale aussi rapidement que possible pour avoir avec lui une discussion franche sur la situation stratégique dans toute sa complexité – et voir ce que l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, ensemble, peuvent faire pour y remédier. Au point ou nous en sommes, seul le commandant en chef peut encore convaincre les Saoudiens que des mesures désespérées ne sont pas nécessaires.

Ce que devrait dire Obama pour emporter le morceau est une autre question. Sur l’accord nucléaire, il doit garantir que l’accord qui va suivre, quel qu’il soit, obligera l’Iran à revenir massivement en arrière dans ses capacités de production existantes – aussi près de zéro que possible – et qu’il sera soumis à un régime de contrôle extrêmement sévère.

Si l’Iran rejetait une telle exigence, le président devrait également se montrer convaincant sur le fait qu’il ne serait pas prêt à signer un mauvais traité et qu’il serait prêt à utiliser la force pour démanteler efficacement les éléments les plus dangereux du programme iranien.

Si un tel sujet devait être mis sur le tapis, Obama pourrait aborder la question des inévitables contributions saoudiennes à un tel effort – allant du contrôle du prix du baril de brut à la gestion de l’opinion publique arabe, aux droits de survol et de présence au sol des appareils américains, et au financement de l’opération en passant par une participation militaire directe.

Une tape amicale ne suffira pas

Dans le défi posé par l’Iran à l’échelle régionale, la Syrie est centrale pour les Saoudiens. Le président Obama va avoir besoin de dire quelque chose de nouveau et de marquant pour acter un authentique changement de stratégie américaine, qui verrait les Etats-Unis travailler plus étroitement avec les Saoudiens pour changer la donne sur le terrain contre le régime d’Assad et ses soutiens iraniens tout en marginalisant al Qaïda.

Obama serait également avisé d’avoir une discussion sérieuse sur les priorités régionales de l’Arabie saoudite et sur la manière dont Washington serait prêt à coopérer avec Riyad pour servir au mieux les intérêts communs – en affaiblissant le Hezbollah au Liban, la rébellion des Houthis au Yémen, les Frères musulmans en Egypte et l’influence iranienne en Irak.

Les chances que le président Obama soit prêt à entreprendre tout ou partie de cette démarche sont, je l’admets minces voire nulles. Faire ce que font naturellement les dirigeant iraniens – combattre et négocier en même temps – cela n’est pas dans son ADN.

Surtout, cela contreviendrait à son projet stratégique global qui consiste à extraire les Etats-Unis de ce qu’il considère comme le bourbier du Proche-Orient. Obama est persuadé d’être sur le bon chemin. Si cela dérange les Saoudiens, si cela les oblige à changer de position et à prendre davantage les choses en main, qu’il en soit ainsi.

Dans son esprit, ils ne peuvent de toute façon pas faire grand chose sans se tirer une balle dans le pied. Au fond du fond, pense Obama, les Saoudiens savent bien qu’ils ont davantage besoin de nous que nous avons besoin d’eux et se comporteront en conséquence. Une petite tape amicale, quelques vagues assurances de notre part indiquant que nous prenons leurs inquiétudes au sérieux et la promesse que nous les consulterons plus fréquemment sur les questions clés suffiront à les calmer et à éviter qu’ils fassent des bêtises.

J’espère qu’il a raison. Mais je suspecte, hélas, qu’il se trompe et que notre réveil pourrait être bien difficile. Ce que je crains, c’est que dans quelques années, nous regarderons en arrière et nous nous dirons que le président Obama – qui est arrivé au pouvoir avec la noble ambition de restaurer l’image de l’Amérique au sein du monde Arabe et de renforcer le régime de non-prolifération mondial – a, à l’inverse, causé des dommages importants aux deux causes. Qu’il sera difficile, voire impossible, de les réparer à brève échéance et qu’il faudra pour cela verser beaucoup de sang et d’argent et voir nos intérêts en pâtir. Si tel est le cas, la route qui nous attend est parsemée d’embûches. Attachez votre ceinture.

John Hannah

Traduit par Antoine Bourguilleau

John Hannah
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